Sur la vérité et la paix

 

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Pourquoi nous attacher à la vérité ? Pourquoi ce jeu de l’erreur ? Le mal germe de l’ignorance, terreau fertile autant pour le bon grain que pour l’ivraie. Quelle fleur cueillir ? Quelle graine semer ? L’harmonie d’un jardin chatoyant vient de l’équilibre des couleurs, du mélange des parfums, et de la disposition des plates-bandes. Il nécessite parfois de se piquer les doigts pour ajuster une rose.

 Il fallu toute la philanthropie du diable pour libérer Eve du poids de Dieu. Connaitre, c’est se libérer, se libérer, c’est faire la paix.  Qui connait le monde apprend à se connaitre, qui apprend à se connaitre fait la paix avec lui-même, et qui fait la paix avec lui-même fait la paix avec le monde.

 Platon confondait le Bien avec le Beau. Je confonds le Bien avec la Vérité. La vérité ne blesse que l’ignorant. Comme le vent, elle souffle, invisible en elle-même mais non point sur le monde. Les arbres se penchent et le feuillage chante. Comme le vent, elle n’est pas coupable de ses désagréments. Les seuls responsables sont les hommes, ceux qui ont mal construit, et la catastrophe naturelle n’a de catastrophe que notre orgueilleuse ambition à vouloir nous approprier le monde. Là où l’homme vie la nature meurt.

 C’est l’ignorance qui fait le mal, et la religion est ignorance. Longtemps elle a considéré comme très important que les gens croient en des vérités non établies. Ce mensonge des faits a faussé la pensée et la morale de tout un monde. La race humaine s’écroulerait sur elle-même que les religieux viendraient nous bassiner avec le mariage homosexuel ou la longueur des jupes. Ils s’en moquent, pour eux l’essentiel n’est pas dans cette vie ni sur cette Terre. Mais je ne voudrai pas quitter la Terre sans avoir aimé la vie.

 Avoir besoin d’une religion pour faire face à la vie, écrit Russell, c’est faire preuve de lâcheté face à cette même vie. Tous devrions pouvoir faire « face à la vie » avec nos moyens, sans avoir besoin de ceci, sans avoir besoin de cela. Si Achille avait prié les dieux au lieu de faire avec ses moyens, ses bras, sa tête, sa phalange, son sang couvrirait le sable de Grèce sans jamais avoir connu les murailles de Troie. Dieu n’a pas aidé les hommes par le passé, il ne les aidera pas d’avantage à l’avenir, il ne sert donc à rien ni de l’attendre, ni de l’espérer.

 Nul progrès intrinsèque à l’espèce humaine, seul un progrès techniques, un affutage des connaissances. C’est par la vérité que l’on soigne de la rage. C’est par la vérité que l’on marche sur la Lune, et c’est par la vérité que l’homme se sauvera s’il le peut encore. La vérité amène la paix, et qui s’attèle à la rechercher ne s’occupe point de tuer ses voisins.

27/11/2018

Sur la cohérence et la foi

 

« Pourquoi toujours raisonner, dit le croyant, pourquoi s’embêter d’une rigoureuse cohérence ? Il faut parfois se laisser emporter par l’inexplicable, par ce qui te prend au cœur. » Voici le pseudo argument de la foi et des mystères, l’argument du dernier secours ; imparable, incontrable, un argument de curé qui sachant le débat de rationalité perdu l’entraine sur un autre pan, un pan de l’esprit où tout est possible et envisageable, là où les contraires se tiennent dans un même lieu et dans un même instant. C’est que la croyance ne résiste pas à la raison, et plus d’une foi se retrouva ébranlée par les coups de pelle d’une raison qui déblaye le vrai de la vraisemblance.  C’est qu’il est plus facile de croire que de juger, surtout quand il s’agit de se croire et de se juger soi-même.

Tous les moyens sont bons pour fuir le débat, silence et retranchement, prétendre que l’autre ne peut pas comprendre tant qu’il n’a pas été traversé par une mystérieuse force spirituelle. On place l’idée en dehors de la rationalité, en dehors de la pensée, sur un pan mystique où l’on peut construire sur du vide. C’est le choix de la facilité. Seulement la réalité ne trompe pas et les idées s’y butent.

Il est étonnant de se voir attribuer des arguments que l’autre pourrait retourner contre lui. Tu affirmes que je pense depuis ma famille ? Et toi donc ! N’as-tu jamais remis en cause les pratiques et croyances de tes parents ? Tu me demandes de faire appel à mon vécu et à mon ressenti, tu me demandes d’écouter mon cœur et mes rêves ? Mais en matière de vérité, il faut bien pouvoir dire les choses, les prouver, les expliquer, et retrouver la cohérence pour ne pas les faires reposer sur rien.  Justement, voila que je mets ma raison de côté, voila que je prête l’oreille à mon instinct. Que me dit-il ? Il me conseil de me méfier  des prêcheurs de bonnes paroles, des discours incohérents, de ceux qui font appellent à mes émotions pour me convaincre, de ceux qui ont des discours tous faits, de ceux qui pensent bien, trop bien ; puis des beaux parleurs, de ceux qui citent leurs connaissance comme s’ils ne pouvaient pas penser par eux-mêmes et qu’ils avaient absolument besoin de l’autorité des grands auteurs pour convaincre, de ceux qui ne parlent que d’eux et de leurs petits problèmes que vous ne pourrez pas résoudre pour eux, tant bien même vous leur montreriez la marche à suivre, bref mon instinct me conseille de me méfier de beaucoup d’homme, et à ma raison de décider quand que je peux faire confiance.

Tout discours repose sur des incertitudes et des incohérences, cela ne signifie pas pour autant que tout discours est faux ou qu’il ne faille point rechercher à les corriger. La croyance est primaire, toute raison qui se développe finit par en douter, au mieux se dira-t-elle agnostique pour ne pas choquer, pour ne pas renier. Plus les hommes raisonneront, moins les croyances théologiques survivront. Seulement les hommes d’aujourd’hui ne raisonnent ni plus ni moins que les hommes d’autrefois. La superstition a encore de très beaux jours devant-elle.

12/11/2018

 

Sur le sens caché des signes

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Toi zé moi

La nature ne se cache pas. D’ailleurs, pourquoi le ferait-elle ? Elle ne se cache pas, c’est nous qui peinons à la déceler. Comprenez qu’il y a une différence entre quelque chose qui « se cache » et quelque chose qui « ne voit pas ». En effet il n’y a pas d’intention dans la nature (essence) des choses, mais seulement des limites à la compréhension humaine. Or « se cacher » voudrait dire « avoir l’intention de ».

La sémiologie est l’étude des signes, non pas des signes superstitieux tels que l’astrologie, la théologie, ou la psychanalyse, mais l’étude des signes du langage, c’est-à-dire des mots et de la communication. Par exemple, qui interprète l’arrivée de la pluie en regardant le vol des hirondelles n’est pas un sémiologue, quoi qu’il peut y avoir un rapport de causalité, et qui prédit l’avenir en regardant les lignes de vos mains n’est pas non plus sémiologues, il est charlatan. Pour qu’il y ait communication il faut qu’il y ait intention de communication. Le chien communique à son maître son envie de sortir, mais la foudre qui s’abat n’est pas un message divin que la keraunoscopie peut s’empresser d’interpréter. La nature n’a pas l’intention de se cacher car elle n’a pas d’intention. L’intention nécessite une conscience, et la conscience est chose vivante, du moins animale, voir réservée à quelques êtres privilégiés. Ce n’est pas le sujet du jour.

Cette envie d’interpréter les signes comme des signes du destin s’appelle la « pensée magique », et cette pensée guide bien des actions de bien des hommes. C’est croire en la répétition nécessaire d’une causalité qui n’a pourtant aucune raison d’être. C’est croire que l’on peut forcer le destin à se répéter magiquement. Mais les forces de l’esprit sont veines et l’on ne transforme pas l’avenir par sa seule pensée.

Un signe peut ne référer à rien d’effectif. Par exemple le mot « chimère ». Ce signe écrit est un nom commun qui a une signification (un signifié dirait Saussure) mais qui en dehors de son concept ne réfère à aucun contenu (sauf si vous désignez une statue représentant une chimère, en ce sens la métonymie donne un contenu effectif au concept). Le signe de « le chien à envie de sortir » est que ce dernier remue la queue et s’agite dans tous les sens. Le signe que « quelque chose ne va pas » est que vous vous sentez patraque ou malade. Bref, le signe est toujours quelque chose de visible, mais pas nécessairement quelque chose qui a un sens en lui-même. Ce sens dépend de l’interprétation.

C’est là-dessus que la psychanalyse fonde sa supercherie. Non pas que tout soit faux dans cette matière, ni même qu’elle n’ait rien découvert, mais qu’elle présuppose que notre propre corps nous cache des informations sur nous-mêmes. Que la conscience et la raison ne soient que des infimes parties de ce que nous sommes, c’est là une chose connue depuis très longtemps, mais que l’on ait une sorte de moi interne caché qui chercherait à se révéler en nous envoyant des signes sur nous-mêmes et à nous-mêmes, voilà une idée qui demanderait à être analysée avec rigueur.

En vérité ce n’est pas que la chose se cache, c’est que l’individu ne veut pas la voir parce que se sentant incapable de l’assumer et de la prendre en charge. Il le sait et la comprend très bien, mais il préfère la mettre de côté une peu comme ce conducteur qui au volant de sa voiture vous force le passage en faisant semblant de ne pas vous voir et en croisant les doigts pour éviter la casse, toujours tête baissée fixant droit devant lui car craignant la réaction des autres usagés de la route. Il en va pareil avec notre propre conscience. C’est par faiblesse ou par lâcheté qu’on se recouvre VOLONTAIREMENT l’esprit, et non point notre corps qui hiérarchiserait les informations selon qu’elles lui paraîtraient plus utiles ou non.

Voici où je voulais en venir : il n’y a rien d’autres à interpréter dans les rêves que ce que les rêves disent d’eux-mêmes et de la manière dont ils se révèlent à vous. Les rêves n’ont pas de significations qui seraient cachées parce que votre moi n’a rien qui ne vous serait inconnu. Tout ce que votre conscience sait, vous le savez. Votre inconscient n’a pas eu d’existence en dehors de vous et de votre propre expérience du monde. Vous n’avez pas de secret pour vous-même car vous êtes un et entier. Et non seulement il n’y a pas de sens cachés à vos rêves, mais en plus il n’y a rien en vous qui voudrait communiquer avec vous. Vous êtes votre corps, un et indissociable et si le psychisme ne va pas, c’est que le corps est physiquement déstabilisé.

Faire une psychanalyse, autre que le besoin de rehausser son égo narcissique, n’a aucune utilité. Et s’il arrive que cela fonctionne, (comme il arrive qu’un homme soit guéri en allant à Lourde, évènement qui statistiquement n’a rien d’extraordinaire si on le met en rapport à l’échelle du pays), cela vient du fait qu’à vos propres yeux vous vous ressentez revaloriser. En vérité vous perdez votre argent car la psychanalyse ne vous guérira pas.

Petite aparté pour conclure. Je sais bien que mes lecteurs les plus indulgents me diront que chacun est libre de pratiquer les disciplines que bon lui semble. Mais je reste perplexe. Croyant ou non croyant, admettez avec moi un instant l’hypothèse suivante : « Dieu n’existe pas, pas plus que toute la magie qui va avec ». Si vous admettez cette hypothèse ne serait-ce que deux secondes, la vie de ceux qui se sont consacrés à cette cause ne vous paraît-elle pas absurde ? N’est-il pas absurde d’organiser toute son existence autour de quelque chose qui n’est pas vrai ? De la même manière, n’est-ce pas une bêtise de participer à des pratiques pseudo-médicales, chamaniques, superstitieuses, qui fondamentalement ne reposent que sur le mensonge et la croyance ? Nos sociétés sont certainement organisées autour d’idées absolument fausses, mais il y a des hommes qui sont morts pour/a cause de ca. Peut-être des millions. Peut-être des milliards. Je suis sûr qu’une société construire autour de la recherche de la vérité épargnerait bien des souffrances et bien des destructions.

21/10/2018

Sur le lien entre magnifique et divin

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Aivazovsky, Mer noire de nuit

L’âme pieuse met en garde contre la mort de Dieu suivant cette idée que la morale divine, en resserrent les mœurs et en contrôlant les âmes, garantie un havre de paix. L’histoire, à l’inverse, nous révèle qu’aucune morale religieuse n’a jamais su imposer la paix entre les hommes, et plus encore, que le nom de Dieu a trop de sang sur les mains pour être un Dieu de paix et d’amour. Je ne veux point d’un Dieu vengeur et colérique, et encore moins que l’on m’impose une morale que je n’aurai pas choisie en mon âme et conscience. Ma première certitude est que la morale peut se passer de religion et de révélation divine, parce que les fondements de la morale ne sont pas spirituels et humain mais naturels et animal.

Et quand bien même je saurai remonter par l’observation de la nature à un Dieu suprême, je ne puis deviner de cette observation qu’elle serait les attentes divines, car d’un effet je ne peux que conclure à une cause proportionnelle et non point rajouter à la cause des attributs qui n’apparaitraient pas dans l’effet. La simple contemplation d’un tableau de Zeuxis, écrit Hume, me permet seulement de deviner que Zeuxis était un peintre, et point qu’il était aussi habile architecte et talentueux sculpteur.

Certain crient au « désenchantement du monde », suivant la formule de Durkheim. C’est mal comprendre le sociologue. Désenchanter le monde ne veut pas dire que le monde perd en beauté et en magnificence, mais seulement que l’on n’y voit plus de démons et d’anges là où les causes nous échappent. Non, le vent n’est pas le souffle d’Eole, ni l’éclair la colère de Zeus. Pourtant nous restons émerveillés devant un bel orage, comme suspendu dans les airs devant un ciel orangé au soleil couchant.

La science n’enlève pas des mystères ni de la beauté, plus encore, elle en rajoute. Il est plus merveilleux de comprendre le fonctionnement d’un système ou l’enchainement des causes à effets que de rester ignorant en prenant pour acquis une explication tout faite qui entrave tout questionnement. Quand je regarde un film, je trouve plus de satisfaction à en comprendre le déroulement qui aboutit à la résolution que de simplement en ressortir émerveillé par les images sans n’en avoir rien saisi du sens.

Je me souviens d’un camarade qui pour justifier l’existence de Dieu regardait le ciel et se contentait de me dire, « c’est beau n’est-ce pas, c’est impossible que ce soit aussi beau sans créateur infiniment puissant ». Déjà que ce n’est pas là une condition suffisante, mais pour sûr que la nature est magnifique, mais elle encore plus belle et plus précieuse si l’on considère justement qu’elle ne résulte pas de la volonté d’un créateur paysagiste céleste à ses heures perdues. La fragilité et le hasard rajoutent à mon sens plus de beauté que ne l’est l’acte volontaire. Mais enfin, à défaut de pouvoir argumenter sur l’essence-même de cette beauté avec mon camarade, je me plaçais au même niveau que lui et utilisait sa pseudo rhétorique visuelle à mon avantage.  Il en reparti colérique et l’âme point tranquille.

13/10/2018

Sur les miracles

 

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Hume définit les miracles comme la transgression des lois de la nature, soit par volonté divine, soit par l’intervention de quelques agents invisibles. Nul témoignage, écrit Hume dans son Enquête, ne peut servir de preuve à un miracle. Est-il plus probable que la personne qui raconte un miracle me trompe ou se trompe elle-même ou est-il plus probable qu’un fait hors du commun ait transcendé la  causalité naturelle ?

Peut-on prétendre dans l’histoire qu’un seul miracle fut attesté par un nombre suffisant de personnes de bon sens, de bonne éducation et avec un savoir incontestable, telle une communauté scientifique qui suivant sa rigueur morale refuserait de tromper le monde ou de s’illusionner elle-même ? Dans aucune source de Ponce Pilate, pourtant préfet de Judée, il n’est fait mention de miracles christiques. Sans oublier que les faits bibliques furent écrits des années après avec pour sources quelques témoins oculaires gâteux.

Pas besoin de miracle pour comprendre que l’homme aime l’émerveillement et les discours qui sortent de l’ordinaire. Les ragots et les rumeurs en sont la preuve. Cette passion des discours merveilleux est si forte que cela-même qui n’ont pas eu la chance d’assister aux faits racontés, ni d’y croire un instant, aiment pourtant partager le plaisir d’entendre ces belles histoires, et parfois se moquer avec délice en excitant l’admiration d’autrui. On écoute toujours avec passion le vieux marin qui raconte ses rencontres épiques avec les monstres des abysses. Le seul problème avec toutes ces histoires miraculeuses et ces faits improbables c’est qu’elles se déroulent toujours sans nous, dans des époques et des lieux lointains. Les témoins nous demandent de nous fier à leur parole. Nous prennent-ils pour des guignols ? Laissez moi voir de mes propres yeux un seul miracle s’accomplir, et montrer moi qu’il n’y a aucune explication rationnelle pour démontrer le fait, alors seulement j’accorderai mon opinion à la votre.

L’homme raisonnable à plus de mal à convaincre que l’homme qui sait manipuler le merveilleux. C’est la force du discours en politique. On ne vote pas pour les idées d’un homme, son argumentation et son raisonnement, on vote pour l’image plus ou moins sympathique qu’il nous renvoie. Il est difficile de produire un discours sérieux et raisonnable qui ne soit pas un minimum ennuyeux. Mais non, les politiciens, dans l’ensemble, s’y connaissent en politique, et en rien d’autre. Et encore, si on entend par politique la gestion de la cité, alors on peut dire que les politiciens n’y connaissent pas grand-chose dans leur domaine. La cité pourrait se gérer sans eux.

Le plaisir de dire une nouvelle est si intéressant que la rumeur se propage mille fois plus rapidement que la vérité et chacun voudrait être le premier à la divulguer. Y-t-il un seul miracle pour lequel tous les témoignages convergent, et dont aucun ne viendrait se poser en contradicteur, des témoignages partagés par des hommes de différents milieux ? Aucun. Il est plus facile de se laisser croire que de vouloir savoir. Seulement les hommes de raison laissent filer ce genre de sornette quand les crédules se jettent dessus avec gourmandise. Aussi j’appelle les hommes de raison à prendre le temps de montrer en quoi ces sornettes sont des sornettes, telles les philosophes qui s’engageaient dans les universités populaires afin d’éclairer les esprits et d’éloigner le diable de la foule, ou ce groupe de youtubeurs français qui cherchent démontrer les faits par la raison et qui piégea bon nombre d’adeptes des crop-circles par une expérience filmée de grande ampleur.

Le Defakator :
https://www.youtube.com/channel/UCU0F…

AstronoGeek :
https://www.youtube.com/watch?v=XtO_K…

Hygiène mentale :
https://www.youtube.com/watch?v=iB6gc…

Un monde riant :
https://www.youtube.com/watch?v=VrXnZ…

La tronche en biais :
https://www.youtube.com/watch?v=-CK4p…

et sans doute d’autres.

Sur les propositions divines

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Cabu

Voici trois propositions englobant absolument toutes les possibilités autour de la question de Dieu. Une seule désigne la vérité, c’est-à-dire qu’une seule est réelle et trouve une concordance entre la pensée et les faits, plus encore, dans les faits indépendamment de toute pensée.

1)      Soit qu’il existe plusieurs divinités aux formes de dieux, de muses, d’âmes animistes, d’esprits surnaturels et autres forces d’énergie spirituelle.

2)      Soit qu’il n’existe qu’un seul Dieu au dessus de toute la création, un roi des dieux s’il en est, tel que le Dieu des trois religions monothéistes.

3)      Soit que ni Dieu ni les dieux n’existent et ne sont.  

Je ne trouve pas d’autres alternatives à ces trois propositions qui suffisent à répondre entièrement au sujet. Une seule de ces trois propositions peut-être vraie quelque soit le point de vue que l’on adopte et ce même en disant que la vérité est relative. En effet si je dis que le monde est crée par un Dieu suprême, alors j’exclu toutes formes de polythéisme, même en accordant la présence d’anges et de sous-dieux ; je ne peux donc pas dire que dans le même temps et dans le même moment ils existent plusieurs divinités ordonnatrices du monde à la manière des religions romaines ou orientales, bouddhisme compris. Et si je dis que Dieu n’est pas, c’est de manière absolue, en tout temps, tout lieux et de toute éternité. Suivant le principe de non contradictions, ces trois propositions s’excluent mutuellement les uns des autres. Et comme à elles seules elles englobent toutes les possibilités autour du thème de Dieu et des arrières monde, une seule d’entre-elles dit nécessairement la vérité alors que les deux autres sont des fictions.

 Comme de cette vérité d’écoule une morale, une éthique, des valeurs, des lois, etc., le plus grand drame intellectuel que l’on puisse rencontrer est de tenir pour vraie une de ces propositions alors qu’elle ne serait pas la bonne proposition, c’est-à-dire la seule réelle.

 Deux d’entre-elles ont eu leur moment de gloire. La dernière ne s’est pas encore imposée à travers le monde et l’histoire mais est « peut-être » en cours de réalisation. Cela lui est difficile car des trois propositions la dernière est la seule qui par ses intermédiaires n’impose pas de morale et n’énonce pas de lois éthiques. C’est la seule qui ne dicte pas aux hommes la vie qu’ils doivent mener et qui ne demande pas de compte à rendre. Elle ne dit pas non plus contrairement à la seconde que l’homme est supérieur à la femme, supérieure aux animaux et comme maitre de la Terre. Elle ne dit pas que cela soit bien ou mal que deux femmes ou deux hommes copulent ensembles, élèvent des enfants ensembles, ni ne condamne l’infidélité. En faite la proposition athée n’apporte pas de morale par elle-même. Toute sa morale reste à construire sans jamais s’établir définitivement quand dans les autres possibilités la loi est transcendante et directement contenue dans les conséquences des propositions (dans les conséquences effectives et non logiques, car dire que Dieux existe ne dit pas analytiquement qu’elle morale il en découle). La proposition athée ne dit pas non plus que Dieu n’existe pas, elle dit que s’il existe c’est uniquement par et dans la pensée, relativement à l’homme, et non pas dans le monde et dans les choses.

 Je voudrai tout de même soulever un dernier point. La violence serait-elle toujours présente dans un monde entièrement athée ? Je crains que oui, car si les religions ont fait beaucoup de mal, la violence trouve sont fondement dans d’autres secteurs, comme l’économie, les jeux de pouvoir (voir l’histoire de la papauté), mais aussi peut-être, dans la biologie humaine. Je pourrai même défendre l’idée que les actions terroristes de ces deux dernières décennies n’ont pas pour véritable fondement la religion, qui n’est que l’apparat idéologique des terroristes, mais bien plutôt dans la misère existentielle produite par un modèle économique qu’est le monde capitaliste de la surconsommation.   

28/09/2018

 

Sur la croyance, l’athéisme et la foi.

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Michel Ange, La création d’Adam

La science est neutre et ne se soucie point des croyances. Aussi parmi les grands hommes qui ont fait la science l’on trouve de grands croyants tels que Pascal et Descartes. C’est que la science en tant qu’organisation de la connaissance s’appuie sur l’expérimentation empirique. Or cette expérience offre un même visage à tous. Tous, nous voyons la courbure du bâton dans l’eau. C’est ensuite une question d’interprétation et c’est à ce moment qu’entrent en discussion la croyance et la raison.

La question se complexifie quand l’on recherche à placer l’athéisme dans un système de croyances. L’athéisme est le fait de nier l’existence d’un surnaturel divin. Je me souviens d’une discussion entre un athée et un croyant, où le croyant répondait à l’athée qu’il était « croyant » dans la mesure où il croyait en la « non existence » de Dieu. Remarquez que la discussion était fermée. En effet le croyant définissait par « croyance » l’ensemble des opinions non fondées, en résumé : pas de preuve = croyance. Or c’est mal comprendre l’athéisme. Pour l’athée, la croyance est une vision du monde dans laquelle on accepte la présence de forces surnaturelles. L’athée ne se considère pas « croyant » en ce qu’il est convaincu de la « non existence » de Dieu. Il s’agit pour lui de LA vérité. Le terme de croyance sous entend justement qu’il y a un flou au sujet de la vérité, car si le croyant est certain de l’existence de Dieu, peut-on parler de « croyance » ? On parle de croyance dans la mesure où l’on ne peut pas prouver ce en quoi l’on croit. Alors que l’athée n’a pas à prouver la « non existence » de quelque chose. C’est pourquoi l’athéisme n’est pas une croyance. Il m’est arrivé de penser qu’athée et croyant pouvaient entamer de longs dialogues de sourds parce que leur conception initiale du monde, leur système de valeurs, entrainaient des regards très différents sur l’existence.

Un athée ne comprend pas un croyant dans le sens où le sentiment du croyant ne lui parle pas, et le croyant ne comprend pas l’athée en ce que le ressenti de l’athée ne lui parle pas non plus. Comme si la raison et le dialogue étaient impuissants pour partager ces deux visions du monde. Cela trouve une explication en ce que la vérité est une. Il ne faut pas se priver de rechercher la vérité sous prétexte que cela pourrait nuire au vivre ensemble, c’est-à-dire au fait d’accepter et tolérer les croyances de chacun. Or parmi toutes ces opinions et croyances, il n’y a qu’UNE vérité. Et c’est pourquoi deux croyants de deux religions différentes se comprennent mieux qu’ils ne comprennent l’athée. Car même s’ils interprètent le message divin différemment, ils reconnaissent ensemble qu’il y a un Dieu. Aussi considèrent-ils que les autres religions se sont trompées dans leur interprétation. Par contre l’athéisme est pour eux une position incompréhensible. Il n’empêche qu’a la question y ‘a-t-il un Dieu, des divinités, où rien de tout cela ?, il ne peut y avoir qu’une seule réponse vraie. Dieu ne peut pas être et ne pas être en même temps. Dans un même lieu et sous un même rapport, la vérité est une, et cette vérité, pour l’athée, c’est la fiction de Dieu. Donc dans son système de valeurs, l’athée ne peut pas être « croyant ».

La religion est un ensemble de mêmes croyances institutionnalisées (même implicitement) qui relie les croyants entre eux. Mais la religion n’est pas la foi. La foi est le rapport intime qu’entretient directement un individu avec des forces supérieures. Attention à ne pas se laisser duper par la différence linguistique entre avoir « la foi » et « avoir la foi en quelque chose». « Avoir la foi en quelque chose » est une métaphore qui signifie croire en quelque chose par-dessus tout. Un athée peut avoir la foi en en son travail ou dans sa femme, mais il n’a pas « la foi », c’est à dire le sentiment d’être lié intimement à un Dieu. Aussi un croyant, en exagérant à peine, peut se passer d’une religion, même s’il est fort à parier que sa croyance prend naissance dans le cadre d’une religion organisée.

Seulement l’argument de la foi est souvent utilisé pour justifier l’injustifiable, quand la raison et le discours échouent à justifier la croyance. Aussi entendons nous souvent dire que la foi est un sentiment qui dépasse la raison et que l’on ne peut comprendre que lorsqu’on la vécu. N’est-ce pas un peu court du point de vue de la justification, non satisfaisant, et n’est-ce pas ostraciser une grande partie de nos concitoyens ? Aussi j’appelle ce procédé un argument de facilité en ce que vous ne pouvez rien répondre à cette idée, si ce n’est que vous n’avez pas eu la chance d’être touché par ce sentiment, argument que j’utilise moi-même quand il s’agit de parler d’amour. Aussi l’argument de la foi est un tour de passe-passe permettant de ne pas remettre en cause sa croyance alors que notre raison tend à nous montrer l’inverse.

La philosophie est infestée de problèmes théologiques. De nombreux philosophes, des plus connus, ont recherché à justifier leur croyance sous couvert du raisonnement philosophique. Toutefois ce qui les différentie d’une théologie pure, c’est la progression de leur raisonnement et la remise en question de leur propos, autrement dit, ils essayent tant bien que mal de fuir le dogmatisme. Descartes et Kant sont décevants en ce point. Entendons nous bien, je parle d’esprits brillants, de génies de la pensée que nul n’atteindront jamais. Mais l’on voit bien chez Descartes, dans ses Méditations Métaphysiques, qu’il n’a pas su mettre sa croyance de côté, contrairement à ce qu’il affirme,  lorsqu’il procède au doute philosophique. En ce qui concerne Kant, alors qu’il libérait la raison de toute influence divine, ce dernier s’est senti obligé de retrouver un lien vers un démiurge suprême, fort similaire au Dieu chrétien. Ces philosophies perdent en rigueur et deviennent fumeuses dès l’instant où elles quittent la raison pure et l’observation rigoureuse pour essayer de justifier l’injustifiable.  De manière générale la philosophie devient pompeuse quand elle quitte l’analyse pour rentrer dans le domaine de la spéculation, et tout le génie de bien des philosophes se concentre dans leur premier chapitre. Le reste n’est que remplissage.

14/08/2018