Sur l’écologie

TERMINATO.PNG
Terminator Renaissance

L’écologie n’est pas une histoire de mesures politiques appliquées ici et là, l’écologie est un projet social. Il ne suffit pas d’un ministère pour régler question écologique car cette dernière concerne autant l’éducation, le travail, la santé, la culture que l’agriculture et l’économie.

Le premier obstacle à l’écologie est qu’une politique écologique concrète et réalisable n’est pas compatible avec une politique libérale productiviste et commerciale. Il s’agit de deux modes de penser le monde assez différents. Elle nécessite de repenser les valeurs sociales qui fondent notre société et participent à construire les individus. Or le libéralisme ne s’intéresse à la question écologique que du seul point de vue commerciale, c’est-à-dire en rendant les produits de l’écologie rentables.

Le problème écologique tel que présenté par les médias tourne autour de la question énergétique, c’est-à-dire du comment produire en polluant en moins, alors que l’enjeu majeur de la question est en vérité d’abord un enjeu éthique, autrement-dit : comment vivre en limitant au mieux les impacts négatifs de mon action sur l’écosystème ?

On ne peut se prétendre écolo quand l’on rejette une bonne dose de CO2 dans l’atmosphère à chaque fois que l’on prend sa voiture pour aller faire ses courses, question de choix, de sacrifices et de moyens. Penser l’écologie demande donc de penser la question des distances, la question du temps, la question de la nécessité des besoins et aussi, d’un retour à la terre, et c’est pourquoi je parle de projet social. Tout déplacement rapide sur de longues distances est nécessairement coûteux en énergie. Que choisir alors ? Peut-on accepter de ne pas parcourir le monde par soucis pour la planète ?  Et si on le parcours, comment le parcourir ?

Le pédagogue ne peut pas se contenter de prêcher la bonne morale sur les questions écologiques. Sensibiliser est une chose, mettre en pratique en est une autre, et un petit groupe d’individus isolés ne pèse pas face à une organisation sociale fondamentalement opposées dans son fonctionnement à l’idée d’écologie. Cependant une question d’une telle ampleur permet-elle de légitimer la violence ?

Comment rendre les individus soucieux de l’environnement ? D’abord en créant une proximité entre eux et leur environnement, c’est-à-dire avec le monde proche, le monde ambiant, le monde des sens. Apprendre à voir, apprendre connaitre, c’est aussi apprendre à respecter la chose que l’on connait, à prendre soin, et ce respect sera d’autant plus grand que l’individu sera en mesure de situer sa connaissance dans l’harmonie du monde qu’il côtoie.

Un retour à la nature ne nécessite pas d’abandonner l’ensemble du confort auquel nous nous attachons tant et que le monde nous envie, cela signifie d’abord questionner la portée de nos gestes et leur impact sur l’environnement ainsi que les moyens pour y remédier.

L’enjeu écologique ne se limite pas seulement à la question eschatologique de la fin du monde, mais aussi à la question du bonheur. Les troubles existentiels modernes sont en partie provoqués par la structure même de la société de consommation et médiatique. Le message de la publicité de manière générale est que consommer = bonheur. Les modèles de réussite que l’on nous présente sont toujours des chimères, l’information médiatique n’est même pas le reflet de la réalité, une publicité ne vous montrera jamais la vraie valeur d’un homme. Les médias présentent le monde comme une chose à porté de main, nous donnant à croire que tout est possible, tout est réalisable, et que nous pouvons devenir d’autres hommes que ce que nous sommes, ce qui est dans 99% des cas de l’humanité improbable. On n’échappe pas à un système qui nous fait en même temps qu’on le fait.

Qui aspire à être heureux devra se passer du bavardage médiatique, en même temps qu’il devrait autant que possible se passer des biens de consommations qu’on lui présente comme essentiel. Le bonheur n’est pas dans la possession, le bonheur n’est pas dans la réalisation, et le bonheur n’est pas pour demain, il est maintenant où il n’est pas, dans le fait d’être bien avec soi-même et le monde qui nous entoure.

Or les modes de vie les plus écologiques sont aussi des modes de vie qui participent le plus à la sérénité. Il faut accepter de rompre avec la vitesse et les contraintes de la montre, accepter de vivre avec le temps que nous offre la terre et non pas avec le temps imposé par l’économie productiviste. La seule pression qui mérite de nous contraindre est la pression atmosphérique, certainement pas celle du travail. Car admettez le, non seulement le travail moderne presse, mais de plus il presse dans le vide, car combien d’hommes peuvent réellement se venter de se sentir participer à la production d’un projet commun ? Qui peut réellement prétendre voir le fruit de son travail et le sens de ses actions ? Les artisans, les artistes, les producteurs, les enseignants, les médecins, les coiffeurs ? Mais celui pour qui l’augmentation du chiffre d’affaire est le sens du travail celui là n’est certainement pas prêt à respecter la planète, car l’écologie nécessite de s’intéresser au monde concret et réel, et non pas au fictif et virtuel, et elle nécessite donc de redéfinir la valeur des choses, travail de titan.

22/09/2019

Sur les caricatures

Résultat de recherche d'images pour "caricature religion"

Les religions ne doivent point pouvoir imposer leur loi au domaine public, ni plus qu’aux domaines artistique, philosophique, ou idéologiques. Souvenez-vous de l’affaire des caricatures de Charlie Hebdo en 2007. Le journal satirique publiait les dessins en guise de soutient du caricaturiste danois qui avait reçu des menaces de mort. La publication provoqua une polémique en ce que les caricatures représentaient le prophète des musulmans, elle conduisit inexplicablement sur les attentats de 2015. Comment de simples dessins sans haine aucune pouvaient-ils amener à un acte de guerre aussi barbare digne du Moyen-Age ?

Ce débat faisait émerger deux questions d’importances : la place du religieux dans l’espace public, ici représenté par le point de tension humour/sacré, et l’autocensure de la presse nationale au nom de ce même respect religieux, mais en vérité, animée par la crainte de représailles terroristes.

En ce qui concerne le second point, le problème ne fut pas que Charlie Hebdo publia des caricatures comme à son accoutumée mais que l’ensemble de la presse ne soutinsse pas le journal satirique. Pour la première fois depuis des lustres, les journaux français muselaient la liberté d’expression terrorisés par l’idée d’en subir les conséquences, isolant ainsi le travail de Charlie et donnant à croire aux fanatiques religieux qu’ils avaient raison, la politique de la terreur fonctionnait. Pourquoi était-ce une erreur de la part des journalistes et non pas de Charlie, c’est ce que nous allons voir en revenant sur le premier point ? Mais c’est bien la liberté d’expression et le droit à la caricature que l’on remettait en cause en s’imposant le silence, voire en faisant son beurre sur la polémique, polémique qui jamais n’aurait été telle pour une quelconque caricature d’une autre religion. Inversement, si les journaux français et internationaux avaient réagi avec raison au lieu de subir leur passion, la publication aurait été noyé dans la masse, voire atténuée, ne faisant plus de Charlie une cible isolée et à abattre.

La laïcité nécessite l’acceptation de la caricature quelle qu’elle soit, et si les propos racistes, antisémites, ou incitant à la haine, doivent être proscrits, la caricature religieuse ne peut être considérée comme sujette à l’interdiction pour les raisons que nous allons développer.

La question de la représentation de Mahomet concerne les adeptes de l’Islam, et uniquement les adeptes de l’Islam, car s’il fallait écouter l’interdiction d’une religion sur un sujet précis, alors il faudrait étendre ce droit d’interdire à l’ensemble des religions. Pourquoi accorder un droit à l’une et point à l’autre ? La laïcité garantie la multiplicité des opinions religieuses au sein de l’État, et la seule garantie de toutes est la réglementation de chacune par une même règle. Le religieux est relégué à la sphère privée.

Rentrons plus amplement dans le cœur du problème. L’anathème de la caricature de Mahomet vient de ce que l’Islam considère que l’on ne peut représenter le prophète, règle construite au cœur des débats religieux qui ont fondés la religion. Outre l’aspect historique de cette règle, de nombreux musulmans ont souligné le caractère blasphématoire des représentations et se sont posés en victimes d’un irrespect envers leur religion. C’est ne pas prendre en compte la diversité des opinions. Le blasphème ne concerne que le religieux ; en outre, libre à qui le veut d’injurier Dieu comme bon lui semble. Dieu n’a pas besoin des hommes pour faire justice lui-même. Mais ces dessins n’étaient ni injurieux, ni n’incitaient à la haine ou à la violence, pas plus qu’à l’irrespect de l’Islam et de ses adeptes, ni même ne visaient un individu en particulier.

La caricature concerne un symbole, ici le symbole, c’est l’image de Mahomet, symbole de l’Islam, comme Jésus est symbole de la Chrétienté. N’est pas concerné un ensemble d’individu mais un ensemble de croyances représentées par cette image, c’est de cette ensemble dont la caricature se moque, et plus que l’Islam, c’est le fonctionnement de toute religion et de leurs absurdités qui est visée. Si à chaque dessin de français ivrogne au gros nez rouge portant sa baguette sous ses aisselles chacun se sentait concerné, il faudrait alors arrêter toute œuvre artistique au risque de choquer tous ceux qui s’y identifient un peu. Il est bon de savoir rire de soi, y compris de ses opinions et de ses croyances.

L’affaire des caricatures a mis en lumière l’intolérance de certains religieux et leur manque d’autodérision, ce qui n’est pas rendre hommage aux premières générations d’émigrés qui ont fait l’effort de concilier les valeurs la République avec leur croyance dans une époque où le racisme était omniprésent. J’ai cette idée d’homme borné qu’il suffit de concéder un peu pour concéder toujours. Or s’il est juste de concéder des libertés, droit au mariage selon sa sexualité par exemple, cela n’est possible que si cette concession ne lèse personne. Le problème des religions est qu’elles rentreront nécessairement en conflit avec des pensées divergentes, et plus, les monothéismes chercheront encore à s’imposer par le glaive si la foi ne suivait pas.

Tolérer, c’est aussi accepter que certains puissent se moquer de nous, c’est chercher à comprendre pourquoi ils se moquent de nous, et c’est pourquoi pas, accepter de rire de nous même. Imaginez si les Français ou les Américains rentraient en guerre à chaque fois que quelques ignorants brûlent leur drapeau, ce serait un conflit sans fin. Au nom de quoi ?

01/04/2019

Sur les adultes

Le monde des adultes est un monde décevant. Les responsabilités et l’expérience de la vie font la différence entre une vision d’enfant et une vision soi-disant mature, l’adulte peut s’appuyer sur elles pour construire ses connaissances, mais telle est la limite.

Enfant nous imaginions l’univers des lycéens comme un univers de gens sérieux et intelligents. Devenus lycéens nous relevions l’inintelligence de nos camarades pour des choses futiles et espérions trouver une plus grande sagesse chez nos confrères de trente ans. Force est d’admettre qu’il en n’est rien et que les bavardages de bureaux n’ont pas plus de hauteur que les bavardages de récréation.  Mais là où l’enfant a la chance d’être naturel, le monde des gens responsables est un monde superficiel où l’apparence est reine, un monde où des ignares peuvent avoir le pouvoir et la reconnaissance, un monde où, comme chez les enfants, chacun croit important tout ce qu’il dit et tout ce qu’il fait.

Les hommes sérieux se tirent dans les pattes pour des histoires de postes et de finances, les enseignants enseignent des valeurs qu’ils n’appliquent même pas, et la moindre bourrasque de vent est sujette à polémique. Je ne vois ni plus ni moins d’intelligence de vie dans ce monde là que dans l’autre.

Un homme comme Donald Trump a pu être élu président des Etats Unis, président des Etats Unis. Imaginez que nous élisions Cyril Hanouna ou Arnaud Lagardère pour faire les lois de notre pays. La richesse mène à tout.

On me dit que les Américains respectent et admirent les hommes qui gagnent de l’argent, et ce peu importe le moyen pour y arriver. Admirer quelqu’un parce qu’il est riche, penser que réussir sa vie c’est réussir à multiplier la taille de son compte en banque, n’est-ce pas la marque des plus basses valeurs de l’humanité ? La dignité et la noblesse est dans l’homme, pour ce qu’il est, et non pas pour ce qu’il a. Joindre la valeur d’un homme à la valeur de son porte monnaie, c’est accorder à l’avoir plus de mérite qu’à l’être.

Vouloir gagner toujours plus que le nécessaire, c’est participer à cette idée que l’argent fait le bonheur, c’est-à-dire que le bonheur est dans la possession des choses. C’est aussi participer à cette idée que l’argent fait le pouvoir et qu’il suffit d’acheter pour décider. Mais c’est aussi rabaisser toute idée de grandeur, la vertu en somme, a peu de chose. Pourtant la qualité d’un être n’est pas dans ce qu’il a, je ne choisi pas mes amis pour ce qu’ils ont mais pour qui ils sont. On peut être pauvre et être un vrai salop comme être le plus respectueux des hommes, et on peut être riche et le plus généreux des individus comme le plus grand des égoïstes. Mais un homme qui participe à détruire la planète, qui participe à maintenir dans l’ignorance et dans la pauvreté les hommes qui ne sont pas de sa situations, qui participe à rabaisser et à chosifier les autres, cet homme là ne peut pas être un homme bien.

Et alors, si tous les moyens sont bons pour devenir vertueux, faut-il ériger l’actrice porno célèbre ou la prostituée du roi en modèle de réussite, en exemple à suivre ? Suis-je bête, c’est déjà le cas en Amérique, la péripatéticienne de luxe est admirée par des milliers de fans parce qu’elle est de luxe. Ce sont donc ces valeurs que l’Amérique étend sur le monde, les valeurs du médiocre, de la bêtise et de la destruction.

L’Empire Romain s’est écroulé quant il se croyait maître du monde, trop certain de lui-même. Les Etats-Unis n’auront pas eu un dixième de la longévité romaine, car cette puissance est déjà sur le déclin en ce que les valeurs qu’elle prône effraient le reste du monde, quand bien même ce dernier est entrain de s’y conformer. Mais c’est parce qu’il s’y conforme qu’il en voit toute la pourriture.

Il y a une occasion pour l’Europe de briller, mais la condition est qu’elle le fasse avec ses valeurs à elle, c’est-à-dire d’abord animée par la paix, la culture et le respect du vivant, sans jamais vouloir s’imposer, et non pas en reprenant à son compte les valeurs du capitalisme anglo/américain qui ont déjà fait tant de mal au monde.

On nous dit que la Terre va mal, depuis plus de trente ans on mesure et observe la catastrophe, mais l’urgence n’est toujours pas priorité. On nous dit que l’on ne peut pas changer du jour au lendemain, mais enfin, trente ans, c’est un tiers d’une bonne vie, pourtant peu de chose ont changé. Et alors, faut-il continuer à détruire la vie et l’humanité pour sauvegarder quelques emplois ? Ce que ne comprennent pas ceux qui nient la catastrophe écologique c’est que, comme une guerre nucléaire, il y a là un point de non retour, une irréversibilité. Une espèce qui disparait, c’est une espèce qui disparait à jamais, plus de marche arrière possible. L’argument de l’enjeu économique sur le court terme ne pèse pas face à l’argument de l’enjeu social sur le long terme. L’écologie est l’économie de l’avenir, s’il y a un avenir, et les Etats auraient pu former et créer des emplois en privilégiant ce tournant structurel plutôt que de persévérer sur leurs acquis en continuant de creuser leur tombe.

Qu’en est-il ? Les décisionnaires politiques ne veulent-ils pas changer ou ne peuvent-ils pas changer ? La vérité est qu’ils ont peu de vision d’avenir pour leur pays parce qu’ils ont davantage soucis de leur propre image. Ils ne savent pas s’oublier et faire leur devoir animés par une plus haute condition qu’eux-mêmes. Ils ne marqueront jamais l’histoire alors qu’ils en rêvent secrètement.

03/03/2019

Sur cacher son visage

Claude Lemand

La question du niqab est un thème épineux aussi bien en théorie qu’en pratique. La liberté absolue voudrait qu’un citoyen ait le choix de son accoutrement dans l’espace public, mais la loi restreint cette liberté à la sphère privée en encadrant les extrêmes vestimentaires. Un homme n’est pas autorisé à se promener torse nu dans la rue pour des questions de pudeur. De même se recouvrir intégralement le visage est matière à débat, mais quand les problèmes de légèreté vestimentaire sont sujets à la rigolade, les questions de niqab et burqa font polémiques à la une des médias. La différence vient de ce que l’un relève des bonnes mœurs et de la morale quand l’autre relève du religieux quoi que, comme nous allons le voir, elle concerne aussi la politesse et le vivre ensemble.

Le principe de laïcité doit permettre à l’ensemble des opinions religieuses et athées de cohabiter ensembles. Pour se faire la loi restreint le domaine religieux au domaine privé, l’exclut des décisions d’État et l’encadre sévèrement dans la sphère publique avec une certaine tolérance.

Faisons un premier aparté pour relever une forme d’hypocrisie. L’État cherche à limiter l’étendue des organisations sectaires en ce qu’elles peuvent nuire à l’organisation sociale. Cependant il tolère les grandes religions et leur accorde un droit différent. Néanmoins la structure sectaire d’une petite organisation ne diffère de la structure des grande religions monothéistes que de part la taille, le nombre des adhérents, et son encrage dans l’histoire d’un pays. Doit-on accorder le droit à toutes sectes d’exister comme aux USA, doit-on les encadrer suivant un principe d’équité ou doit-on admettre une inégalité entre la légitimité des différentes sectes ?

La cohabitation religieuse est source de conflit. Il arrive que la chose fonctionne, mais l’histoire montre que les minorités sont souvent persécutées pour leur croyance, parfois au sein d’une même religion. Plus, la femme n’y est pas l’égal de l’homme, et si les États religieux peuvent tolérer d’autres doctrines que la leur, toute forme d’athéisme est sévèrement réprimée. La religion n’est pas un outil de lien entre les hommes, elle est un outil de contrôle des foules.

Le niqab pose problème en ce qu’il n’est pas un simple accoutrement, il est un accoutrement religieux au même titre que la soutane ou la kippa, mais il et aussi le symbole de l’asservissement de la femme. Le bât blesse précisément en ce point en ce qu’on ignore qu’elle motivation pousse une femme à cacher son visage. Est-ce un choix libre ou est-ce une contrainte ?

La question d’un simple voile paraît moins problématique en ce que le visage de la femme reste visible, l’on reconnaît la personne, et même si elle exprime ses convictions religieuses à travers ses habits, sans prosélytisme de sa part la tolérance est de mise, comme l’on tolère aux femmes d’église leur habit de religieuse momentanée.

Au contraire la burqa prive votre interlocuteur de votre visage. Interdire autrui de vous dévisager, c’est refuser de faire société, or en public, celui qui refuse de faire société fait acte d’impolitesse et manque de courtoisie. Au delà de l’aspect religieux, si l’on tolère le niqab, il faut alors tolérer que chaque homme puisse se couvrir le visage à sa guise, se cagouler, et donc priver les individus de la singularité de leur visage et de la reconnaissance par autrui, car autrui à le droit de savoir avec qu’il partage son espace. Imaginez l’absurdité d’une rue rempli de passants voilés de couleurs sombres. Ce serait un morne carnaval au regard des couleurs de Rio ou de Venise.

28/02/2019

De l’admiration à la déception

« Ôte-toi de mon soleil ! » (Alexandre et Diogène) - Jacques Gamelin
Gamelin, Diogène

La philosophie serait salvatrice. Des penseurs médiatiques signalent leur attachement à cette discipline en nous expliquant que la philosophie leur a « sauvé la vie », je pense ici à Michel Onfray et à Philippe Val. D’autres auraient pu dire la peinture, l’écriture, la musique, le sport, mais il en va pour eux de la philosophie. Qu’est-ce à dire ?

 La philosophie les a sauvés, mais elle les a sauvés de quoi ? Quel était ce grand danger qui faisait planer sur eux son immense ombre au point de les mettre en péril ? Était-ce la misère, elle fut alors pour eux le moyen de subvenir à leurs besoins ? Où étaient-ils dépressifs, bipolaires, mal dans leur peau, se sentant laids, inintéressants, incompris parce-que trop intelligents, trop sensibles, si bien qu’ils ont trouvé leur place en se refugiant parmi l’élite de la pensée, pouvant enfin discuter avec leur miroir ? Etaient-ils sur le point de pendre au bout d’une poutre, portant l’existence comme un fardeau suite à de difficiles épreuves de vie ? N’ont-ils pas reçu l’amour de leur proche, ou ont-ils perdu parents, frères et sœurs alors qu’ils avaient quinze ans ? Peut-être ont-ils étaient victimes de la misère et de leur petit ventre criant famine, devant se priver des plaisirs d’enfants pour vivre un peu ? A moins qu’ils aient été tripoté par des curés pédophiles. Bref, ils devaient être sur le point de se foutre intentionnellement en l’air quand soudainement, retentant leur main, un philosophe tel un ange est venu leur apporter sa lumière et à réchauffer leur cœur, jetant un nouveau rayon dans un monde ténébreux, enfin un phare leur indiquait bon port, une discipline qui répondraient à leur angoisse et à laquelle ils pourraient consacrer leur vie. Mais auraient-ils seulement eu le courage de se tirer une balle dans la tête ?

 Dire que la philosophie leur a « sauver la vie », c’est aussi insister sur le rapport  qu’ils entretiennent à la discipline, sous entendu un rapport plus authentique que celui qui ne s’intéresserait à la philosophie que par pur plaisir de la connaissance. Faut-il avoir était un adolescent boutonneux, mal aimé et dépressif pour prétendre entretenir se rapport intime à la matière ? En quoi les a-t-elle sauvées, de quoi les a-t-elle sauvées ? De la mort, de la folie, de la tristesse ? N’auraient-ils pas pu vivre sans elle ?

 J’ignore les souffrances qu’ont pu endurer Philippe Val et Michel Onfray, mais je n’ignore pas leur talent, d’autant plus que je leur doit beaucoup, car quand l’un ma montré la poésie de la vie, l’autre m’a donné des armes pour vivre en philosophe. Cependant force est d’admettre, qu’aujourd’hui, les deux personnalités ont un terrible fardeau commun, autant dans leurs ouvrages que dans leurs passages médiatiques, qui est de parler essentiellement d’eux-mêmes. Dès que je les lis où les entends, il arrive ce moment où ils racontent leur vie comme s’ils étaient des paradigmes de vertu, des hommes exemplaires et sans reproches. Je devine pourtant des faiblesses non avoués d’hommes qui, comme tout homme, ont subit la vie plus qu’ils ne l’ont pris en main, d’hommes qui ont été lâche à un moment donné dans leurs histoires sentimentales ou qui on fait des choix qu’ils ont cherché à justifier rationnellement et après coup au lieu de se faire honnête en face de la vérité.  

Michel Onfray rêve-t-il d’être l’Epicure de notre temps, l’homme au cent ouvrages qui nous raconte son enfance un chapitre sur deux ou qui aime publier des pamphlets à excès contre toutes les grandes idoles de notre culture, mêmes quand ils sont sans intérêts ? Comment un homme qui est ultra présent médiatiquement, tous les quatre matins et depuis de nombreuses années, peut-il se poser en victime d’un embargo médiatique imaginaire. Se rêve-t-il d’être Voltaire, écrivant des lettres ouvertes aux hommes de pouvoirs, défendant la juste cause des plus faibles, pouvant donner son avis sur toute l’actualité ? Un homme critique du monde médiatique et de la société de consommation toujours présent là où s’élabore cette même société de consommation médiatique. S’est-il rêvé poète ? Des poèmes d’une grande médiocrité écris à trois lettre par pages et vendus vingt euros en librairie. Il faut que l’artiste du tragique puisse vivre. 

Michel Onfray est un grand travailleur et un homme bien, je n’en doute pas, mais il n’a ni le génie de Montaigne, ni le marteau de Nietzsche, ni la modestie de Camus. Ses découvertes et ses créations personnelles se résument à peu de chose, si bien que ses livres sont conceptuellement pauvres. Peu importe pour les concepts, ce n’est pas son but, mais ses récent ouvrages ont plus du travail d’historien  ou du résumé d’auteurs que d’œuvres apportant une nouvelle pierre à l’édifice philosophique. Même son style est parfois pompé, pour ne pas dire pompeux ; lisez Proudhon et vous y retrouverez ces mêmes énumérations d’adjectifs séparés par des virgules tant présents chez Onfray. On sait d’où Onfray pense, et il le revendique en tant que généalogiste, mais on ne sait pas ce qui, dans sa pensée, est de lui, ni même ce qui est extraordinairement génial. Si je parle de Descartes vous pensez au « je pense donc je suis », si je parle de Socrate vous pensez à « je sais que je ne sais rien », et si je parle de Nietzche on se remémore que « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Mais en évoquant Onfray, je peux juste vous dire qu’il a travaillé dans une fromagerie étant adolescent, ce qui l’a conduit à une forme de rébellion.

 J’ai tant aimé ces hommes, pourquoi suis-je tant déçu ? Comment-peuvent-ils devenir des caricatures d’eux-mêmes et de leurs idées, comment-ont-il pu perdre autant en crédibilité ? Comment Michel Onfray a-t-il pu se plier aussi facilement au jeu médiatique au point de faire des apparitions ridicules dans certaines émissions, participant à des débats d’idiots faits pour faire de l’audience, réagissant comme un chien à qui l’on pique son os dès qu’une remarque le touche personnellement. Il voulait la légèreté de Sénèque mais a eu l’ambition de Platon, le génie en moins.

 08/02/2019

Sur les illusions du langage en politique

franquin.jpg
« Il ne faut pas confondre se perdre dans la masse et se passe dans la merde » Franquin

Méfions nous de ne pas confondre les mots avec les choses. Cette confusion n’est pas un problème quand la discussion se restreint au domaine de la spéculation et des discours philosophiques. En revanche elle le devient quand la force des mots opère sur la transformation du réel, comme c’est le cas en politique. Le vainqueur d’une élection présidentielle se targue d’avoir était élu par la « volonté du peuple », par la « volonté générale », ou du « plus grand nombre ». Voyons de quoi il en retourne.

Le concept de « volonté du peuple » est une métonymie métaphorique qui ne réfère à rien de réel ni de concret. En fait les deux termes de la proposition sont contradictoires. Le « peuple » peut se définir simplement par l’ensemble des individus. Quand à la « volonté » elle peut se définir de deux manières, soit une définition nietzschéenne qui ne nous intéresse pas ici, soit comme étant la faculté qu’a  l’homme pour se déterminer et pour choisir. Or cette faculté ne concerne concrètement que les individus particuliers, car le « peuple, en lui-même, n’a pas de « volonté ». L’expression « volonté du peuple » est une abstraction, c’est-à-dire la somme des volontés singulière, mais c’est uniquement une métaphore en ce que concrètement le peuple n’est ni un être organique doué de volonté, ni même en ce que nous ne pouvons observer l’addition de « volontés » particulières. La volonté ne s’extirpe pas du corps, au mieux est-elle la cause d’un effet.

On pourrait faire la même analyse avec l’idée de « suffrage universel ». Le problème de cette proposition étant le prédicat « universel » qui signifie « qui concerne tous le monde ». La terre entière est loin de voter pour le président de la République Française. Le suffrage est universel dans certaines limites. On ne sort pas du paradoxe logique. Seulement ce genre de terme employés quotidiennement et de manière répétée en arrive à se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas, des choses. C’est ce que l’on appelle une illusion.

On dit que la démocratie est la décision du « plus grand nombre ». Mais là encore tout dépend de quel point de vue on se place. Prenons l’exemple de l’élection présidentielle française de 2017. Je tiens à préciser que les chiffres qui vont suivre proviennent du site internet du ministère de l’intérieur et de l’Insee. La France compte environs soixante-sept-millions d’habitants. De cette population en compte approximativement cinquante-deux-millions de personnes en âge de voter. Sur ces cinquante-deux-millions, quarante-huit-millions sont inscrits sur les listes électorales, c’est-à-dire ont l’autorisation de voter, soit environs 92% de la population en âge en de voter à l’autorisation de voter, ce qui concerne 72% de la population totale. Retenez qu’au premier tour il y a eu 22% d’abstentionnistes, c’est-à-dire que le système politique permet d’élire un chef de l’Etat avec 1/5ième de la population inscrite sur les listes qui décide de ne pas participer à l’élection.

Maintenant, le président élu à reçu 18% des suffrages au premier tour, c’est-à-dire, qu’au mieux, huit-millions-et-demi de personnes, sur les quarante-huit-millions autorisées à voter, soutiennent et adhèrent au programme ou à la personne du candidat. En un sens on peut dire qu’au moins 82% de la population inscrite, soit quarante-millions de personnes, ne soutiennent pas d’abord le président élu. Or le président élu va établir une politique nationale suivant l’opinion de 18% des électeurs et sans le soutient effectif et premier des 82% restant. Et ce dans l’idéal. C’est pourquoi on parle de démocratie représentative.

En ce sens la démocratie n’est pas l’expression de la « volonté générale », mais l’expression de la « minorité la plus grande ». Et en ce sens la Vème République n’est pas une démocratie, c’est-à-dire un régime politique où les citoyens sont maitres des décisions politiques. Une minorité d’individu prend des décisions pour une majorité d’individu. Voter est une condition nécessaire de la démocratie mais pas suffisante, et en ce sens le vote tel qu’il est conçu actuellement est « l’opium de la démocratie ». La question sous-jacente ici est : peut-on organiser une politique démocratique à une échelle nationale de quarante huit millions de votant ? La réponse est non. La démocratie est une organisation politique qui ne peut exister qu’à l’échelle de la cité état, c’est-à-dire de la ville et des terres avoisinantes. Essayons d’appeler les choses par leur nom au lieu de les faire passer pour ce qu’elles ne sont pas.

25/10/2018

Mea-culpa

 

RED-BELLIED-BLACKSNAKES-1_WEB.jpg

J’ai conscience de cette mauvaise moraline qui souvent ressort de mes propos. C’est un péché d’orgueil qui éloigne mes écrits de leur but initial : être lu par tous et de manière apaisée. L’auteur sait pourtant qu’il n’est personne et qu’il n’est pas en mesure de faire la morale. Je voudrai toutefois rappeler que les propos ne sont pas un travail de recherche universitaire, et que par conséquent la raison est parfois dépassée par la passion, à mauvais titre peut-être. L’auteur écrit autant avec sa tête qu’avec son cœur. Aussi comme je l’ai déjà évoqué ailleurs, les idées ont ici autant d’importance si ce n’est moins que le cheminement qui les amène. Les propos sont comme le reflet d’une pensée en mouvement, parfois contradictoire, parfois paradoxale, mais une pensée qui essaye au mieux de se justifier. Aussi, s’il est clair que j’attache une grande importance du rapport entre la parole et l’acte, et que je considère que dire engage à agir, j’averti toutefois le lecteur qu’il faut mieux éviter, pour construire une vraie conversation philosophique, de produire une argumentation ad hominem, c’est-à-dire d’attaquer celui qui énonce une idée sur sa propre vie, et préférer une argumentation ad rem, c’est-à-dire qui porte sur les idées elles-mêmes, et qu’il est plus productif de s’intéresser à ce que peut valoir telle idée indépendamment de l’auteur qui l’énonce. C’était toute la démarche socratique, et je m’en veux de trahir ce maitre. Evidemment que la vie de l’auteur n’est pas toute rose, évidemment qu’il y a des contradictions entre l’acte et la parole, néanmoins l’écrit permet aussi d’orienter son éthique et de partager ces idées noires, ces nébuleuses passions qui nous animent, de montrer qu’il s’agit là de choses humaines, bien humaines, et qu’il faut mieux les voir et les combattre (si besoin) que de faire comme si elles n’existaient pas et de se laisser gouverner par elles. Et comme il arrive de se tromper dans ses choix, ils arrivent de se tromper dans ses idées. L’important est d’apprendre de ses erreurs.

Je constate aussi que l’on peut tenir deux propos totalement différents selon la situation à laquelle on l’applique. Par exemple : oui voler est moralement condamnable, mais oui voler peut aussi être moralement acceptable. C’est pourquoi la philosophie ne prétend point dire la vérité universelle, elle prétend juste la rechercher, et j’essaie autant que possible de la mettre en lien avec des situations de vie qui parleront à chacun.

L’auteur a aussi conscience que ses propos chocs n’atteignent pas le but escompté. En effet la provocation plaira et suscitera l’adhésion de ceux qui pensent déjà de la même manière alors qu’elle produira le rejet de ceux que l’on voudrait convaincre. Il y a une forme de condescendance dans la provocation, mais d’une certaine manière elle atteint aussi son but quand elle amène une réaction, même s’il s’agit là d’une réaction de colère, en ce qu’elle pointe et au oblige à réfléchir sur un sujet, le point de départ pour se remettre en cause. Le premier mouvement est souvent de colère et d’indignation, mais quand les passions se calment et que la raison redevient reine, l’on finit par voir le vrai dans ce qui d’abord nous contrariait. Je voudrai pourtant des propos plus sage, et je sais parfaitement que je n’atteindrai pas le cœur en visant la raison. L’amour ne se convainc pas pour mon plus grand malheur.

Pour terminer ce mea-culpa, j’ai conscience de la répétition excessive de mes marottes et du retour des mêmes exemples, notamment en matière de sentiment. J’ai aussi conscience que si j’éprouve le besoin ici de réexpliquer les propos et de justifier ma démarche c’est que ceux-ci ne sont pas clairs par eux-mêmes et qu’ils ne résisteraient pas longtemps à la critique construite d’un grand philosophe. C’est pourquoi je continue d’écrire, pour m’améliorer pour me corriger, et croire qu’un jour je parviendrai à atteindre une forme de pureté qui inspire le respect. Le chemin est encore long mais si dans dix ans je me retourne sur mon propres travail, sans doute le trouverai-je ridicule, mais peut-être, aussi, que je n’aurai pas à en rougir.

05/10/2018