Sur l’après Covid19

Chevaux de travail à la campagne Peintures à l'huile
Keathley, chevaux de travail.

Je n’aurais jamais pensé écrire ces quelques lignes sur ce blog, blog qui se veut intempestif, car l’on apprend bien à penser qu’en dehors de l’actualité, mais après tout, à situation d’exception, texte d’exception.

Certains voient le Covid19 comme une aubaine pour repenser l’organisation sanitaire de notre pays, et ils auraient raison. Mais mettons les en garde dès aujourd’hui, repenser le domaine de la santé ne signifie pas intensifier une politique de contrôle des corps, politique à l’œuvre depuis un demi-siècle maintenant, mais qui risquerait de s’embarquer vers une dérive totalitaire sans précédant. Imposer, obliger, contraindre le citoyen à subir une batterie d’examens annuels au nom de la santé publique, serait de la même connivence que de laisser l’armée déferler dans les rues, au nom de la sécurité, avec un barrage de contrôle où il faudrait montrer pattes blanche tous les cent cinquante mètres. C’est là restreindre des libertés individuelles au nom d’un bien commun qu’on nous ferait miroiter comme fondamental à l’organisation sociale. Le cas d’exception ne doit pas imposer ses mesures d’exceptions aux jours ordinaires.

Il y a pourtant là une aubaine pour les idées sociales, solidaires et écologiques, car améliorer le système de santé ne pourra pas se faire en injectant seulement davantage de liquidités et de seringues dans les hôpitaux, mais bien en proposant une politique globale, une politique d’avenir, c’est-à-dire non pas conçue pour nous seuls, mais pour nos petits enfants, leurs enfants, et les arrières petits enfants de leurs enfants.

Il existe des moyens de solidarité très simples, comme la mise en place d’une caisse de cotisation commune prévue pour les cas d’exceptions pareille à une pandémie de ce genre, chose qui n’arrive qu’une fois toutes les cinquante ans, de la même manière que fut pensée la caisse de solidarité pour les familles victimes du terroriste. Mais c’est là bien peu. Il faudrait aussi redonner vie au monde rurale, en ré ouvrant, par exemple, des petits hôpitaux de campagne dans les petites villes et les villages, des établissements à hauteur d’homme où l’on ne surchargerait pas le personnel de travail, et encore moins de la paperasse. Mais aussi réorganiser la production sur l’ensemble du territoire, cesser de penser économie, délocalisation. Mon avis est que le changement se fera, mais pas dans le bon sens, plutôt en approfondissant davantage les politiques néolibérales. Sécurité et efficacité passeront avant la liberté, l’égalité, et la fraternité, en somme, avant la démocratie, tout en brandissant leur étendard usurpé.

L’esprit français est sauvé de par ses origines méditerranéennes. Nous avons le soleil d’Italie dans notre culture et la contestation dans les veines. Nous sommes tiraillés entre la paresse à l’ombre des oliviers et et le jugement d’une rigueur de brume allemande (qui montre en passant que perdre deux guerres mondiales en moins d’un siècle n’est pas ce qui détruit une culture, un pays, ni ses prétentions). L’homme qui fera taire la contestation en France ne pourra le faire que dans un bain de sang, mais il détruirait par là même son pays, car si le français est chiant, ce caractère reste et demeure un moyen de sauvegarder ses libertés. Il faudra néanmoins faire preuve d’une rigueur toute teutonne le jour où le gouvernement et les gouvernements qui suivront se laisseront emporter par des idées totalitaires, car ils le feront, c’est dans la nature même du pouvoir, même s’il sait se diluer dans une organisation administrative sans nom en dépersonnalisant les hommes. La démocratie est un effort de tous les jours, comme une maison, abandonnez là, et elle finira par s’écrouler. L’important étant que pendant les uns gouvernent, les autres puissent contester.

03/04/2020

Sur la loi du plus fort

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Nous pouvons nous entendre sur des faits, mais ne pas partager la même interprétation au sujet de ces faits. C’est l’épineux problème du darwinisme et de sa théorie de l’évolution. Darwin dépeint la sélection naturelle, en scientifique, il en présente des aspects et des constances. Mais de ce décryptage a découlé, à la suite de sa révolution conceptuelle, des idées dominantes qui ne sont pas non plus véridiques, telle que celle de « loi du plus fort » comme matrice du monde vivant, ou de la nature comme terrain d’un conflit de force.

Que la force soit un des critères que l’on retrouve dans la sélection naturelle, c’est une chose, mais dire qu’il est le critère, et que de cette interprétation on pense le monde comme un jeu de force, c’en est une autre.

Que signifie être « le plus fort » ? Prenons une espèce que nous connaissons bien, l’homme. Un individu est-il le plus fort parce qu’il possède une certaine force physique pouvant contraindre ses congénères, comme deux buffles se martèlent le crâne à coup de joute pour séduire la femelle la plus désirable ? Une femelle sélectionne-t-elle le père de ses enfants sur ce seul critère physique ? S’il est indubitable que l’instinct joue son jeu dans la séduction, d’autant plus quand l’homme se fait davantage animal et moins humain, ce critère n’a pas non plus le monopole de l’accouplement. Comment expliquer que cet homme si fort, qu’il est capable de déplacer un camion, soit par la même occasion subordonné à cet autre homme qui semble avoir un peu plus de cervelle. Quel est donc le plus fort entre les deux, celui qui obéit ou celui qui ordonne ?

De la même manière, comment se fait-il que celui qui a su apprendre toutes les encyclopédies du monde et tous les manuelles de manipulation se retrouve contraint de se soumettre aux lois imposées par des hommes ignares au porte-monnaie aussi large que la panse de Crésus ? Qui est le plus fort, celui qui à l’or, le pouvoir, le cerveau ou les muscles ?

Mais voilà que l’enjeu de la sélection naturelle est de se reproduire pour perpétuer l’espèce, et que l’on découvre un homme pas si malin, un peu svelte, peu prompte à donner des ordres comme à en recevoir, avec une bourse correcte mais point remplie, et qui aurait à son actif une vingtaine d’enfants de quatre ou cinq femmes différentes. Ne serait-ce pas là la marque du cador ?, de celui qui aurait le mieux réussi à brasser et propager sa génétique ?

Non point, la réponse n’est pas ici, car à l’évidence, pour l’espèce humaine comme pour toute espèce vivante, l’individu n’est jamais le plus fort tout seul. Toute la force de l’homme réside dans la collectivité et l’organisation qui régie cette collectivité. Le roi à beau se croire au-dessus de la masse, il suffirait que tous renoncent à lui obéir pour qu’il s’en retrouve bien sot entouré de son or et ses châteaux.

Les Lumières ont pensé l’individu pour le libérer des tyrans, mais se libérer d’une contrainte ne signifie pas se libérer de sa nature. On a théorisé l’individu et ses droits, mais on a oublié de le réintroduire dans son milieu naturel, le groupe. Nous pensons l’homme hors-sol et voilà un monde gouverné par la pensée de cette espèce d’homme, ce mythe du self-made-man, alors que toute l’histoire est la preuve même qu’un homme seul ne peut jamais s’en sortir sans les autres, il ne pourrait même pas exister.

Croire que l’on peu se faire tout seul, c’est croire que l’on peut devenir qui l’on veut, mais c’est aussi rendre malheureux ceux qui n’y arrivent pas, soit la totalité des hommes à quelques exceptions près. Combien échouent pour qu’un seul réussisse, l’évolution est un brouillon, le chemin qui se maintient est l’exception. C’est aussi croire que le monde est un terrain mis à notre disposition pour réaliser notre projet, notre dessein, au-lieu de comprendre que si l’individu n’est rien sans son espèce, son espèce n’est rien sans le monde, et que la symbiose nécessite que chacun puisse avoir sa place pour exister. Tout un monde se retrouve chambouler à cause d’un virus qui en six mois fera bien moins de mort que la pollution en trois jours, on en tuerait des libertés fondamentales, on en priverait les hommes du soleil en disant que c’est pour leur bien, mais le problème, ce n’est pas le virus, c’est les hommes qui organisent le monde. Le remède est à chercher par là. Malheur à une collectivité qui n’est gérée qu’à l’avantage de quelques-uns.

On parle de la vie, mais on la pense comme si elle était multiple. Il apparaît pourtant, jusqu’à preuve du contraire, que la vie est une, est qu’elle est sur ce monde et sur cette terre. Et quand bien-même elle serait ailleurs, elle serait toujours une, comme l’ensemble de tous les vivants.

Concevez la vie comme un être organique unique, détruisez une espèce, et vous détruisez la flore intestinale qui lui permet de transformer sa nourriture en énergie. Détruisez une forêt, et vous la privez d’un poumon, jetez-y vos déchez, et vous condamnez ce corps à la maladie qui, s’il ne guérit pas, entraînera la mort d’un être difforme. Il est malheureux que les hommes qui se croient sur le toit du monde ne remarquent pas qu’ils piétinent toute la fourmilière, et que si celle-ci s’écroule, ils s’écrouleront avec en écrasant dans leur chute tout ceux qui ont payé de leurs efforts pour élaborer l’édifice. Ceux grimpent hauts par-dessus les autres aplatissent tout le reste.

Hélas, la mémoire d’un homme ne dépasse pas une vie, et les erreurs d’hier seront les erreurs de demain.

24/03/2020

Sur penser la catastrophe et l’individu

des pommiers , Coucher du soleil , Eragny de Camille Pissarro (1830-1903, United States) | Reproductions D'œuvres D'art Camille Pissarro | WahooArt.com
Des pommiers, coucher du soleil ; C. Pissarro

Tant que la catastrophe ne s’est pas produite, l’alarmiste pourra répéter cinquante mille fois, « attention, attention, attention » ; et le jour où la catastrophe arrivera, il saura vous rappeler « je vous l’avais bien dit ».

Comment penser la catastrophe? Comment vivre avec l’idée de catastrophe ? Car si l’on ne s’en occupe pas, la voilà qui peut arriver (on se rendra blâmable de n’avoir rien fait), et que si l’on s’en occupe, s’évertuant à l’anticiper, à la prévoir, à l’éviter, nous vivons chaque jours avec l’idée d’une épée de Damoclès comme suspendue au dessus de nos tête pour un risque qui pourrait ne pas arriver.

Nous faisons un effort sur nous, prenons garde à notre consommation, au métier que l’on veut faire, à minimiser notre pollution, et voilà que notre journal préféré révèle un nouveau scandale sanitaire et environnemental. Nous adaptons alors autant que possible notre mode de vie, faisons davantage attention, quand soudainement les médias nous alertes de nouveau sur un éventuel danger cataclysmique d’une ampleur sans précédente, images à l’appui. Le danger nous suit comme une ombre et nous avons l’esprit point tranquille.

Nous avons l’impression d’être la cause des maux du monde, et sans doute le sommes nous un peu, mais aussi ne le sommes nous pas complètement. Le drame existe, partout, en tout temps, et alors que les chrétiens craignaient la fin du monde en l’an mille, coup de colère d’une apocalypse divine, nous craignons la fin du monde sous les ogives nucléaires et le désastre écologique. Le vrai enjeu n’est pas de savoir si le monde va disparaître, il est de savoir quand il va disparaître, demain ou dans un milliard d’années?

Peut-on dire « STOP ! Je n’en peux plus de me sentir coupable de simplement essayer de vivre dans le monde que l’on m’a fourni ». L’économie verte et le cycle court n’inventent rien, il suffit de retenir nos ambitions et de nous inspirer de la vie de nos arrières grands parents, plus proche de la nature et des hommes.

Les stoïciens nous incitent à vivre guider par cette pensée que JE vivrai de la même manière si JE devais mourir demain ou si JE devais mourir dans quarante ans. L’homme serein, guidé par la raison philosophique, a chaque jour le sentiment d’exister pleinement ; au chaud, derrière son bureau, la mort ne l’impressionne guère. Peut-être en serait-il autrement sous une pluie de balles, assourdi par les détonations et la mort de proches ; toujours est-il qu’à l’instant, je n’ai pas envie de m’encombrer l’esprit de mauvaises pensées. Quoi qu’il arrive demain, j’aurai bien vécu aujourd’hui.

Le problème avec la mort n’est pas tant notre mort (résolu par Epicure) que la mort des autres, ou, pourrait on dire, des êtres innocents : animaux, enfants, plantes, parents ; êtres rares car singuliers. Tout le drame est de vivre parmi les morts, or beaucoup sont morts pour que nous puissions vivre, mais il y a un ordre logique, les anciens doivent laisser leur place, et non l’inverse. La vie, c’est un peu comme une mouche sur un tas de crottins. Le vivant est plus précieux qu’un lingot d’or, et, il faudrait refuser, coûte que coûte, de lui accorder un prix.

La misère du monde nous est livrée sur un plateau repas, c’est plus que je ne peux en supporter ; mais j’ai cette idée qu’une société est faite d’hommes, et que la force de la collectivité peut absorber plus de coups que ne peut en subir un individu isolé. L’espoir n’est donc pas dans un homme, il est en nous tous. Un des plus grands génies de son temps, Descartes, peut aller se rhabiller. Le cogito n’est qu’un mythe, tout homme est homme du monde, personne n’est en mesure de créer sa pensée ex nihilo et à partir de lui-même, comme personne n’est en mesure de se faire « soi-même », ébranlant tous les fondements de nos croyances modernes sur le sujet et l’individu. Il ne faudrait pas dire « je pense donc de je suis », mais « nous pensons, donc nous sommes ».

09/02/2020

Sur la pénibilité du travail et le risque de l’investisseur

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Dupré

Nous avons cette vieille et fausse idée que les femmes, longtemps, restaient cloîtrées à la maison, à s’occuper du foyer, à récurer les casseroles, ou à nourrir les marmots ; pendant que les hommes travaillaient à l’usine, à la chaleur des fonderies, au fond de la mine, le visage noirci par la suie ou aux cadences des machines. Cette idée, entendez bien, est partiellement fausse. Lire Zola, Hugo, ou regarder les toiles de Dupré, de Millet, ou de J. Breton, montre que non seulement les femmes partageaient le labeur des hommes, en plus du ménage, mais que, en outre, c’est le propre de la misère que d’envoyer toute la famille trimer pour quelques sous. La retraite n’existe pas pour les classe laborieuse, ni même la scolarité des enfants. Beaucoup grandissaient dans les mines, les champs et les usines, et y finissaient leur vie. Encore aujourd’hui, cette vérité est la vérité de ce que l’on peut appeler le tiers monde. Être durablement une femme au foyer, c’était un privilège, nonobstant les valeurs que cette condition engage.

Le travail, du point du vue du salarié, est le moyen d’obtenir un salaire pour subvenir essentiellement aux nécessités de la vie. Du point de vue du capitaliste, c’est-à-dire de celui qui investit des fonds dans les moyens de production, le travail est le moyen de réalisation d’un projet, projet dont le but est l’accumulation d’un pécule, le profit ou bénéfices.

Le problème contemporain de la relation travail/capital, n’est pas qu’il y ait un retour sur investissement, mais que la marge de ce retour soit démesurément importante vis-à-vis des salaires versés aux travailleurs de bases, c’est-à-dire à ceux qui permettent à la machine de tourner.

Le capitaliste utilisera, entre autre, deux arguments pour justifier les profits. Le premier, qui ne nous intéresse pas ici, consiste à faire glisser le champ des bénéficiaires du capital vers une entité indéterminée, les « fonds de pensions », puis par digression, l’ « Etat Français », et donc l’ensemble de ses citoyens. Premier déni de réalité dont je laisserai l’analyse à la charge d’une économie critique et chiffrée.

Le second argument est celui du risque que prendrait l’investisseur. En mettant cette somme d’argent, dira-t-il, l’investisseur peut ne pas renflouer son porte-monnaie. Il prend donc un risque, c’est-à-dire qu’il encoure un danger.

Permettez-moi de ne pas croire  à la philanthropie du capitaliste. Qui investit ne le fait pas dans le but de donner du travail à ses concitoyens, mais bien en espérant avoir un retour sur investissement sans avoir à travailler soi-même.

Premier constat, observez-vous beaucoup d’individus autour de vous ruinés parce qu’ayant investi dans des actions ? Inversement, les emplois précaires et sous-payés, vous pouvez les voir dès que vous sortez dans la rue. La vérité est que les hommes qui engagent de l’argent dans les actions engagent généralement un surplus, c’est-à-dire une somme dont ils peuvent se passer pour survivre. Plus encore, quand vous investissez, vous êtes au courant du « risque », ce qui vous donne le droit de ne pas le prendre. Inversement, on ne travaille pas d’abord pour le plaisir, on le fait parce qu’on n’a pas le choix, et le risque du travail n’est pas seulement monétaire ; le travail use, il use la tête, use le corps, et use du temps. Qui va travailler n’a pas de temps pour lui, et au capitaliste de croire que la majorité des travailleurs s’épanouit dans son boulot.

13/12/2019

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Millet
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J.Breton

Sur le veganisme comme idéologie

L’ignorance des nécessités est un terreau pour les morales hors-sol. Il faut ignorer ce qu’il en coûte de labeur et de sueur pour transformer une friche en terrain nourrissié et que germent sans lumières des théories puériles, puériles car coupées du déterminisme naturelle et des pulsions de vie, puériles car reniant jusqu’aux lois du cosmos qui permettent à la Terre de tourner sur elle-même et aux hommes de vivre. Quiconque a une connaissance minimum du monde, c’est-à-dire quiconque a observé quelques secondes le cours de la vie avec ses yeux et son nez, quiconque a sué quelques gouttes pour exister un temps, comprend alors que peine et souffrance sont nécessaires, il en va de l’existence même. Exister, c’est être sûr de disparaître, et il faut que quelques-uns meurent pour que beaucoup vivent.

Le mal de l’homme moderne n’est pas de manger de la viande, il est dans le fait de tuer plus que nécessaire, dans le fait de manquer de respect au vivant en général. Défendre les animaux et les plantes, défendre les êtres sans voix, voilà une belle cause. Penser la nature, vouloir la comprendre, c’est un noble projet, mais encore ne faut-il pas inventer une nature qui n’existe pas, encore ne faut-il pas projeter ses propres passions sur le monde.

Il y a dans le veganisme une morale d’inquisiteur, une morale dangereuse qui juge et condamne selon sa sentimentalité, affectée par les croyances qui l’anime. L’homme qui juge d’après ses sentiments se nomme enfant, c’est-à-dire un être humain contraint de croire sans savoir, et il n’y a que l’animal en l’homme pour agir d’après ses seuls désirs, c’est-à-dire pour n’écouter que son ventre sans essayer de peser le vrai et le faux. Le ventre des vegans est bien rempli, trop rempli, car il faut ne pas savoir ce qu’est la faim pour penser vegan, il faut ne pas savoir ce qu’est la nature et ignorer l’ordre du monde. Sauver la nature ne signifie pas la remplacer, ni la fantasmer, respecter le monde ne signifie pas le changer. Commençons par comprendre ses règles avant de vouloir lui imposer les nôtres. Quelques hommes ont maudit le monde, ils inventent des musées et y entassent à prix d’or cette nature qu’ils ont aux préalablement pris soin de détruire.

Tout à chacun est en droit de recourir aux pratiques qu’il croit juste, de débattre pour montrer en quoi cette pratique est authentique et noble, et de justifier son action. Mais l’extrémiste ignore la limite entre le partage d’une idée et sa volonté de l’imposer aux autres. Dire à un homme qui ne partage ni vos valeurs ni vos principes qu’il est un abruti ne le poussera pas à adhérer davantage à votre cause. Détruire sa boutique, celle qu’il s’applique à faire vivre en même temps qu’il se fait vivre ne le convertira pas davantage. On ne peut vouloir préserver une paix universelle en recourant à la violence. La violence est chose de nature, la paix durable est-elle un artifice, artifice qu’il nous faut entretenir.

L’idéologie vegane appliquée avec rigueur, suivant sa logique avec cohérence (oxymore), ne sauvera pas la nature, pire, elle sera une cause supplémentaire d’extinction d’espèces, à commencer par les espèces domestiques, car l’idéologie vegan elle est une pensée virtuelle qui imagine une nature coupée de l’humanité et une humanité coupée de la nature. Doivent-ils cesser de se guérir au risque de tuer les microbes et les bactéries si nécessaires à leurs symbioses, doivent-ils cesser de chasser ces poux et ces morpions qui les démangent au fond de leur lit, doivent-ils accepter de vivre avec ce ténia plus long que leurs intestins, veulent-ils condamner tous ces animaux qui n’existent que par l’homme ? Il faut lutter contre ces idées qui entendent gouverner le monde, car à chaque fois qu’elles s’y essaient, c’est de la matière que l’on détruit, et le jour où il n’y aura plus de matière pour porter les idées, il n’y aura plus d’idée.

31/10/2019

Petite analyse d’internet

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Ethel Clayton

Internet a mis à genou la télévision. Le contenu d’internet n’est pas nécessairement plus médiocre que les programmes télévisuels, et si on y trouve matière pour s’abrutir, on y trouvera également du contenu de grande qualité, voire supérieur aux médias traditionnels. Non seulement de mettre le savoir à portée de main, d’offrir des réponses rapides et d’ouvrir sur une grande diversité de contenu, internet permet aussi à qui le désir de produire. Là où la télévision est encadrée par de grands pontes qui dominent les diffuseurs depuis des années,  de nombreux néophytes, et des plus experts, se lancent dans la créativité du web avec une réelle chance de succès, renouvelant régulièrement le contenu proposé ainsi que ceux qui le proposent. Quelques-uns s’installent et demeurent, mais sans pour autant que cela ferme la porte à tous les autres.

Voyez-y l’émergence d’une véritable communauté de scientifiques amateurs. Certes le mépris et la bêtise sont largement visibles sur la toile, mais cette dernière offre une possibilité essentielle que n’offrent pas les médias traditionnels sous la gouvernance de grands monarques, à savoir le droit à la parole. On peut échanger sur internet, proposer son avis, être écouté, être contredit, sans être piégé dans le cadre d’émissions où l’intervention du public est là pour faire croire à un semblant de participation. Si bien que les youtubeurs qui entendent proposer un véritable contenu scientifique – vulgarisé ou expert – sont obligés, dans l’intérêt de leur crédibilité, de vérifier un minimum leurs informations, de prendre soin à ne pas divulguer trop d’inepties, car il y aura dans leur communauté de spectateurs un ensemble de passionnés capables de pointer les erreurs et les contradictions, pareille à ces assemblées de savants qui vérifient et mettent à l’épreuve le travail de leurs compères. D’accord la démarche n’est pas aussi rigoureuse, mais l’idée est là, de la même manière que le contrôle de la foule permettrait à n’importe quel citoyen d’exercer une responsabilité politique sans tomber dans les dérives qu’offres le pouvoir. Passons.

De plus internet oblige à la lecture, compétence essentielle pour qui veut apprendre à penser, en ce que l’intelligence se forme dans la manipulation des idées que propose les mots. Contrairement à la télé ou à la radio, on ne reçoit pas seulement une information physique, image ou son, que l’on ingurgite toute faite, car la lecture oblige à un effort de la volonté, à l’effort de peser, sous peser, comparer, réfléchir, revenir, etc., revenir, comme il est possible de le faire à partir d’une vidéo internet, afin de comprendre ou de s’assurer d’avoir bien entendu. Le regard des autres nous apprend aussi à retenir notre langue quand on se veut un minimum sérieux.

Notez qu’internet échappe davantage au contrôle des grands groupes médiatiques, et s’il est toujours possible qu’un grand financier privilégie la diffusion d’une information plutôt qu’une autre, il est aussi davantage plus aisé de la contourner via le web tant que l’Etat ou un oligarque privé n’a pas la main mise sur le fonctionnement du web.

Reconnaissons que le web aide à la création et à la diffusion de cette création, et si, comme toujours, beaucoup de médiocrités dominent le web, il n’est pas impossible qu’un réel talent émerge du réseau, c’est même très probable. Et la lumière peut trouver sa source à côté de l’obscurantisme.

Vous me direz que les théories du complot ou que la haine n’ont jamais été aussi présentent de part internet. C’est oublier toute l’histoire, faite de superstitions et de fausses croyances plus difficiles encore à contrecarrer par la raison à l’époque où n’existait pas de tels moyens de diffusions. Internet n’est pas davantage producteur de mauvais sentiments que ne peuvent l’être les outils de propagande par excellence que le sont la télé et la radio, il n’est que le reflet de cette haine déjà présente dans l’existence de gens misérables, misérables parce que malheureux.

Et c’est sur ce point qu’internet n’échappe pas à la critique des médias de masses, non pas en tant que diffuseurs d’informations, mais en tant que support de publicité. Internet, sans publicité, ça existe, mais ce n’est pas le chemin que la toile emprunte parce que le média a émergé dans un univers aux valeurs libérales de rentabilité, de profit, de réussite par l’argent, du bonheur par la consommation, reposant sur les mythes du self-made-man, de l’autoréalisation par le travail, de l’inépuisabilité de la Terre, etc.

D’accord internet offre aussi aux forces opposées la possibilité de s’exprimer, mais toujours dans le cadre de la marchandisation du monde. La victoire du capitalisme financier est telle au XXIème siècle que même ceux qui rejettent les valeurs du pays qui le représente le mieux, les USA et l’occident, ont pour projet de vie d’accéder à ses valeurs. Regardez les djihadistes, enfants de la consommation, aspirant et ayant la haine de ne pouvoir arriver à plus de consommation et de réussite. La religion n’est qu’un prétexte, et elle n’a toujours été qu’un prétexte pour asseoir son pouvoir, que ce soit dans l’histoire de la papauté ou pour les guerres de religions. Regardez la Chine qui n’a de communiste que la misère des pauvres, les hauts dignitaires du parti sont de bons PDG.

La publicité nourrie les âmes d’un monde qu’elles ne peuvent posséder à moins d’appartenir à l’élite financière. Elle sait rendre les choses désirables, or le désir embellit les choses, autant les objets que les hommes. Une femme gagnera davantage en beauté que vous la désirez de ce désir animal, et sur ce détail peut se jouer la « pureté » de l’amour et la durabilité des couples. Passons.

Attribuer plus de qualités que n’en possèdent réellement les choses, c’est quitter l’univers de l’authentique pour rentrer dans le monde malheureux de la superficialité et de l’apparence. Le superficiel est un « être » d’apparence, beau de l’extérieur, vide à l’intérieur. Remarquez que le goût du luxe est un signe de ce vide des âmes, l’envie de distinction pour croire et se duper sur la valeur de sa personne. L’homme qui boit un vin cher dans un verre luxueux ne le fait pas pour rendre hommage à celui qui a produit le vin, mais pour accéder à un produit et se permettre une occasion qui n’est pas à la portée de tous. Il faut pourtant admettre que le prix d’un diamant n’a jamais fait la beauté d’une femme, et je dirai même que plus une femme est en mesure de se passer de bijou pour paraître belle, et plus celle-ci peut prétendre à une authentique beauté.

21/10/2019

Spinoza versus le néolibéralisme

       

Le néolibéralisme repose sur les propositions métaphysiques suivantes : l’homme est libre par essence, autonome, il agit de manière raisonnée, il est capable de choisir selon son libre-arbitre et indépendamment de toute entrave passionnelle.

L’ontologie spinoziste ruine ces présupposés autour desquels s’est construite l’idéologie libérale, son orientation politique et l’organisation socio-économique mise en place par cette dernière. L’individu, suivant Spinoza, n’est pas un être isolé en mesure de décider selon une raison pure. Il en va autrement, tout être est éternellement soumis à des forces contraires, et l’idée même du conatus est « l’effort pour persévérer dans son être », c’est-à-dire de ne pas se laisser détruire par les forces extérieures.

L’essence de l’homme est d’être, selon Spinoza, un être de désir et passions, c’est-à-dire déterminé par un ensemble d’affects qui orientent la totalité de ses décisions et de son action. Exister, c’est être déterminé à augmenter sa puissance d’agir pour ne pas se laisser engloutir par la nécessité naturelle. L’homme n’est pas définit comme un individu dans la nature mais comme un être de la nature, soumis aux mêmes principes premiers naturels que toute chose existante, et à plus longue échelle, que tout être vivant. Nous sommes faits des mêmes atomes que la pierre, l’air, ou la végétation. L’individu est un pôle de puissance désirant et qui a pour force motrice sa passion et ses désirs, ou devrai-je corriger, qui a pour force motrice non pas « sa » passions et « ses » désirs, mais « la » passion et « les » désirs, c’est-à-dire l’ensemble des forces qui affectent et déterminent l’homme, sa constitution, son action, ses décisions, sa pensée, ses fantasmes etc. On ne choisit pas de tomber amoureux ni de prendre en haine, comme l’on ne désir pas toujours causer le mal que l’on a causé. Si J. Mélenchon et B. Hamon avaient décidé d’agir selon la raison et non pas selon leur seule ambition lors de la présidence de 2016, nul doute qu’ils se seraient alliés. La raison n’était alors pour eux qu’un outil afin de justifier leurs passions, et non pas en vue de construire selon les convictions qu’ils présentaient comme étant les leurs. A la vérité ils n’étaient convaincus que par eux-mêmes et prouvaient à quel point les valeurs de gauches sont incompatibles avec l’organisation politique actuelle et ses représentants.

Avec Spinoza l’individu n’est pas un ego, être d’exception, qui fonderait et ferait exister le monde, tel qu’on a pu le penser après Descartes. Tout au contraire, Spinoza renvoie le narcisse et l’égocentrisme à leur juste place rappelant sans cesse la force des structures qui nous détermines dans le tout du monde, qu’elles soient naturelles comme l’« instinct de survie », ou quelles soient artificielles comme les institutions. Toute décision politique, toute orientation artistique, toute ambition scientifique, toutes font rentrer en jeu ou sont déterminées par un ensemble d’affects ou de forces souvent inconnues, au point où l’ensemble des théoriciens du néolibéralisme, des décideurs politiques, des économistes, parfois des scientifiques, psychologues, chimistes etc., ignorent les présupposés théoriques sur lesquels ils fondent leur pratique, et ils l’ignorent tellement qu’ils oublient l’ensemble des décisions qui furent prises pour mener et construire le monde d’aujourd’hui, allant jusqu’à bâtir sur une structure sans fondement comme nous le rappelle les aberrations des crises monétaire, et nous offrant des pensées qui tiennent pour acquis que le monde actuel est le monde tel qu’il aurait toujours dû être, autrement-dit le seul possible, et que sa forme particulière reposerait sur une sorte de loi naturelle.

Les fondements ne vont pourtant de soi, et il est à déplorer que l’individu contemporain né à la suite du développement d’une forme de société possible qu’est le néolibéralisme puisse se penser comme un être d’exception, c’est-à-dire que se concevant en tant que sujet il centre davantage son attention sur lui-même que sur les structures collectives qui lui permettent  d’être lui-même et lui donnant à croire qu’il peut être, dans sa posture sociale, quelqu’un d’autre. Ce martelage de l’élévation et de l’accès à l’élite par une organisation consumériste se marie parfaitement à l’orientation néolibérale que la politique a suivit au XX siècle. La consommation opère d’autant mieux que les produits de la consommation font croire à une transformation de l’individualité. Il faut pour écouler la production de masse susciter le désir, désir que le système médiatique en concordance avec l’organisation économique fait naître en présentant des icônes, des modèles de réussite à suivre, des rêves à réaliser, diffusant par la même occasion un certain nombre de valeurs tels que l’importance de l’argent, une vision de la réussite sociale, de la nécessité du travail, etc.

Revenir à une ontologie spinoziste, c’est se donner les moyens de repenser le monde en secouant l’édifice néolibéral qui, comme toute chose artificielle, ne va pas de soi.

05/10/2019