Sur l’information médiatique

Le feu aux poudres, Fragonard

L’information médiatique est-elle nécessaire au quotidien des nations, voire utile aux citoyens et à la gestion de leur existence ? Pourquoi l’hypermédiatisation d’un évènement a un enjeu moral et politique qui nécessite d’interroger l’importance que l’on accorde aux médias ? Un média à ceci de semblable avec la religion (relegere : ce qui relie, rassemble) qu’il donne naissance, fait vivre, exacerbe, et fait mourir des évènements, c’est-à-dire des faits, réels ou fictifs, toujours retravaillés, retranscrits, nourris avec des attributs et des caractères qui ne leurs appartiennent pas en propre, en un mot : qui ne relèvent pas de leur essence. En effet, une des forces médiatiques, comme en religion, consiste à travailler l’imagination, ce que le média réalise notamment en jouant sur les passions, et à la différence qu’il  entend transmettre une information terrestre et non divine. Cependant, l’évènement médiatique ne correspond jamais à l’évènement réel et ce de par son processus de retransmission. L’information est difficilement neutre, où alors elle aurait des prétentions scientifiques. Le fait retransmis est retravaillé, interprété, présenté sous un certain aspect, d’un certain point de vue, avec un certain discours, et l’acte même de parler de tel évènement plutôt que tel autre est un choix qui, en tant que choix du réalisateur, présentateur, journaliste, oriente les opinions et les avis. Les discussions du jour sont largement influencées par le discours médiatique, si bien que si un homme vous parle de « son opinion », soyez certains qu’il s’agit davantage d’un sujet de conversation journalistique et d’une opinion médiatique. Toujours est-il que l’exposition de faits dans leur matière brute ne correspond pas à ce qui fait vivre les médias, attirer les regards et les passions.

Les évènements ont pour beaucoup l’importance qu’on veut bien leur donner. On s’insurge et se révolte devant de dramatiques accidents proches de chez nous quand des choses semblables, voire pires, sont passées sous silences. Pourquoi le Covid19 et non pas la famine ? Si on s’arrête aux seules statistiques que l’on connait, l’un a une importance considérable sur la mortalité mondiale depuis des années quand l’autre apparaît, dès à présents, comme insignifiant, pourtant l’ordre de l’importance humanitaire est médiatiquement et politiquement inversé. Beaucoup d’informations passeraient inaperçues aux yeux de tous s’il n’y avait pas les médias pour les faire vivre et les tenir pour vraies dans l’imaginaires collectif. Sans la force des images pour nous faire comprendre ce qu’est « mourir de faim », beaucoup d’entre nous, en occident, en aurions qu’une vague idée.

Nous sommes davantage sensibles au drama et à l’évènement, d’autant plus quand cela nous concerne. Cependant cette réceptivité n’est pas propre à la société médiatique mais semble coller à notre nature humaine comme une seconde peau. Tout Balzac est fait de faits semblables, et si Balzac écrit à une époque où la presse est en pleine essor (cf. les Illusions Perdues), qu’en était-il de l’époque Romaine ou du Moyen Age ? Les réactions excessives à un évènement ou à une rumeur, appartiennent autant aux peuples d’hier qu’aux peuples d’aujourd’hui, à ceci près qu’aujourd’hui l’information se repend comme l’éclair et dans des ampleurs considérables puisque mondiales.

Si l’évènement Covid19 est significatif, c’est dans la mesure où il révèle l’infantilisation généralisée de nos sociétés, et, du moins pour la France, le caractère râleur à outrance de bons nombres d’entre nous. Nous avons si bien assimilé nos droits qu’on en fait des conditions allant de soi. Par exemple, remarquez que bon nombre des réunions professionnelles de ces derniers jours – dans la continuité de l’Etat bureaucratique : des réunions d’enseignants, d’entreprises, d’hôpitaux, etc., – n’avaient pas pour but premier de protéger les individus d’un virus, mais bien les institutions et ses agents d’éventuelles poursuites juridiques liées au virus, en d’autres termes, à s’assurer contre les plaintes. Pourquoi cette lourdeur administrative ? Parce que l’Etat de droit répond au principe de précaution, autrement-dit, il ne tolère plus le risque, exprimant par la même occasion la volonté générale des citoyens qui la composent, c’est-à-dire majoritairement d’individus qui ont peur. Ce phénomène à ses explications historico-philosophique, mais il engage trop d’éléments divers pour être développé ici et maintenant.

Nous ne pouvons pas jeter la pierre seulement sur nos concitoyens, car nous sommes imbriqués dans un tout suffisamment complexe pour être dans l’incapacité d’identifier et séparer les coupables des innocents sans se tirer une balle dans le pied. Le système a le reflet de nos visages. La vente de médicaments est un bon exemple de cet imbroglio. Le médecin (homme de science et d’études) peut évaluer qu’une maladie n’a pas lieu d’être physiquement dans le corps d’un patient, il se sentira obligé de prescrire un panacée, soit pour rassurer un individu qui veut être malade, soit pour répondre aux exigences des labos qui le financent en partie (en tant qu’homme le médecin est corruptible, c’est-à-dire que la vérité n’est pas toujours son principal soucis, lui aussi doit manger). Si le médecin juge bon de rien prescrire, le patient pourra dire : « c’est un mauvais médecin ». Du point de vue du patient cela peut signifier : « je veux qu’on s’occupe de moi, je veux être pris en considération, moi, en tant qu’individu singulier et tout ce qui dépend de moi, comme mes enfants. Je souffre donc je suis. »

Sans doute que la raison humaine et le développement des sciences ont permis à des individus, qui a l’état de nature n’auraient pas survécus un an, de prolonger leur existence et de mourir de vieillesse, et donc, de surcroît, de développer des maladies liées aux mauvaises dispositions génétiques qui par leur persévérance contrarient (grâce à l’intelligence humaine et la solidarité sociale) les lois naturelles (quoi que l’on puisse considérer que la raison est une faculté naturelle). Toujours est-il que la surmédiatisation des faits s’inscrit dans un contexte de sur-individualisation qui, d’un point de vu empirique et réelle, est peut-être une chimère (entendez que la réponse manque quant à la véracité de l’idée d’individu). Ce n’est pas parce que tout le monde tient quelque chose pour acquis que cela est vrai. Seulement les conséquences politiques d’un évènement, dans les Etats Nations mondialisés, concernent et enveloppent tout le monde. Or l’erreur et la bêtise se rependent plus facilement que la vérité ; l’homme libre peine d’autant plus à y échapper que la société exerce un droit de contrôle et de regard sur son intimité même.

26/06/2020

A chacun son avis sur tout et n’importe quoi, ou dédicace aux hommes de la Science.

 

Nicolas Copernic — Wikipédia
Pendant que Pto l’aimait, Coper nique.

 

Que chacun se crée son propre avis, c’est une tendance, que chacun partage son opinion, une évidence, et il est bon que le citoyen progresse dans sa réflexion au fil des discussions. Socrate n’avait d’autre intérêt que de permettre à chacun d’exercer son intelligence. Mais se créer son avis, élaborer un jugement, c’est-à-dire sortir du simple cadre de l’opinion (une idée de quelque chose sans un appui concret pour la nourrir), se créer un jugement rationnel et sérieux donc, nécessite toujours du temps. On ne pense pas bien l’actualité dans l’actualité, le manque de recul ne permet pas d’englober le branchage des causes et des effets. On se laisse perturber par le vent qui secoue les feuilles au lieu de se fixer sur des racines fermes et solides.

L’opinion spontanée s’embarrasse trop souvent de sentiments. On pense ce que le cœur nous dit, on s’émeut devant le macabre, on croit ce qui nous rassure, bref, on a envie vivre. Pourtant, qui veut penser le monde ne peut qu’être contraint de s’élever sur sa montagne et trouver une vue d’ensemble pour juger, d’après la raison et non le cœur ; juger ce qui est juste, ce qui est vrai, et non pas ce qui est beau, ou ce qu’il l’arrange. Platon confondait déjà le Beau avec le Bien, alors que la vérité, elle, ne s’embarrasse pas plus de morale que d’esthétique. « Et pourtant elle tourne ».

A chacun son propre avis, donc, relève de deux phénomènes historiques modernes imbriqués l’un dans l’autre, puisque le second est conséquence du premier. Le premier est le suivant, le développement et la mise en forme de la notion d’individu, c’est-à-dire la conception par chacun de sa propre identité et de sa propre personne, comme personne unique et irremplaçable. « Je suis, j’existe », et parce que « j’existe » « j’ai le droit de ». A partir de Descartes Le monde peut se décentrer au point où ce n’est plus le monde qui fait le sujet, mais le sujet qui fait le monde, l’ego pouvant placer sa propre vie comme étant le plus précieux des trésors. Néanmoins, la conception d’individu, si on pense l’expérimenter au plus profond de notre âme et ce quotidiennement, n’est pourtant pas une notion qui va de soi, critiquée avec force, par Freud, Husserl, Wittgenstein, et plus loin encore, par celui qui offrait un autre schème de penser pour concevoir le monde, Spinoza. Car oubliez l’inconscient freudien sans les motifs de Schopenhauer, et oublier le Vouloir-Vivre de Schopenhauer sans le conatus de Spinoza, qui est une réponse rationnelle aux démonstrations métaphysiques et brillantes, mais néanmoins erronées, de Descartes. « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », trompez-vous d’une idée et la théorie s’ébranle.

Le second phénomène mentionné – conséquence de l’émergence d’une certaine interprétation de l’ego dans l’éthique moderne -, est le déclin des formes d’autorités, et entendez par autorité : personne ou fonction légitime pour tenir un discours sur un sujet précis. C’est le déclin généralisé de l’autorité des enseignants dans leur classe. Le métier d’instituteur n’est plus auréolé du même prestige qu’il y a cinquante ans, il doit justifier sa place auprès de certains parents, certains enfants, le diplôme ne suffit plus. C’est le déclin de l’autorité politique, suivant cette forme de guignolisation, où le président n’a plus pour le protéger du mépris des hommes que la lourdeur de l’institution qui l’entoure. La fonction ne garantie plus le respect. C’est le déclin, depuis longtemps, de la parole du curé et des évêques, et aujourd’hui, phénomène nouveau, c’est le déclin des scientifiques et des experts.

Ce dernier point est à comprendre de deux manières. Tout d’abord parce que nombres d’experts n’obéissent pas au principe de neutralité de la connaissance, c’est-à-dire que leur expertise est motivée par d’autres intérêts, souvent financier, que la simple recherche de la connaissance, quand Galilée et Newton n’avaient d’autres soucis que la vérité telle qu’elle se présentait à eux. Ensuite, c’est la confusion qui s’établit entre les individus légitimes pour parler d’une cause et de ceux qui ne le sont pas mais qui envahissent néanmoins le débats, parfois placé à des hautes fonctions, avec de hautes attributions. Nous sommes dans la société du conseil, et l’on vous conseille sur tous et n’importe quoi, même quand vous ne demandez rien. C’est que chacun à sa camelote à vendre. « Mais laissez-moi donc mourir tranquille, cela ne m’intéresse pas de vivre dix ans de plus si c’est pour me faire torcher le derrière par une infirmière ou pour baver dans un bavoir. Je ne veux pas être une charge pour mes enfants, je ne veux pas être le père Goriot. » Les génies survolent leur siècle, c’est pourquoi ils sont rarement compris de leur vivant, il y a trop de jalousie chez leurs contemporains, eux qui ne savent pas réaliser des œuvres aussi belles.

Retenez ceci, pour progresser à la guitare, je préfère recevoir les conseils plutôt d’un guitariste que d’un joueur de flûte, aussi bon soit-il. Pour progresser au basket, je préfère recevoir les conseils plutôt d’un basketteur que d’un footballeur, même s’il s’appelle Zizou, et pour progresser sur ma connaissance de Günter Anders, je préfère lire des hommes qui ont étudié longtemps Günter Anders plutôt que des hommes qui ont étudié longtemps Aristote. Le mieux étant de moi-même lire et relire son œuvre avec mon propre temps. Cela vaut pour toute chose, même en matière de virologie.

Toujours est-il que la vérité est l’objet de la science, la science qui à l’origine signifie : l’organisation des connaissances. L’homme qui se construit un jugement devra nécessairement puiser dans les différentes branches de la science pour éclaircir et compléter son jugement. Ne le pouvant point, il est alors obligé de faire confiance, mais qui mérite notre confiance, si ce n’est l’homme désintéressé de tout profit, simplement amoureux de la vérité, ou motivé par l’idée de sauver des vies ?

27/05/202

Littérature et politique

« Il faut que les quatre cents législateurs dont jouie la France sachent que la littérature est au-dessus d’eux. Que la Terreur, que Napoléon, que Louis XIV, que Tibère, que les pouvoirs les plus violents, comme les institutions les plus fortes, disparaissent devant l’écrivain qui se fait la voix de son siècle. […] Si quinze homme de talent se coalisaient en France, et avaient un chef qui pût valoir Voltaire, la plaisanterie que l’on nomme le gouvernement constitutionnel, et qui a pour base la perpétuelle intronisation de la médiocrité, cesserait bientôt ».

Balzac

Ujamaa et la vertu du bonheur

Les meilleures peinture femme africaine
Auteur ???

Nous sommes davantage portés à oublier nos acquis qu’à oublier ce que l’on perd, à défendre nos droits qu’à respecter nos devoirs, à remarquer ce que l’on nous prend qu’à se souvenir de ce que l’on récupère.

Un combat pour des droits est un beau combat, plus beau encore quand il s’opère au nom de tous, de l’ujamaa humaine, des Droits de l’Hommes. Mais soyons claire, l’idée de « Droits de l’Homme », si elle se pose comme universelle, n’atteint ni la totalité de l’humanité, dans sa pratique, ni même n’est nécessairement fondée rationnellement, universellement, de la même manière qu’une loi inhérente à la nature humaine, telle que tout homme a besoin pour vivre de respirer ou de se nourrir. Elle émane d’un point de vue qui se veut rationnel et scientifique, mais qui appartient essentiellement à une partie du monde. Certains (Poutine pour ne citer que lui) voient cette idée comme la marque d’un l’impérialisme occidental, c’est-à-dire comme la domination d’une manière de penser et de concevoir le monde et les hommes qui s’imposerait à l’échelle de la planète. Cela nous engage à nous méfier plus encore, car les « Droits de l’Homme » ne reposent pas sur des principes premiers clairs et indubitables, mais sur des postulats que l’on tient pour juste, et c’est là la raison pour laquelle tout ce qui en émane est toujours fragile, susceptible de s’effriter, susceptible de s’oublier. Si l’on ne se bat pas en permanence pour défendre des idées telles que la démocratie, la liberté, l’égalité, la fraternité, etc., alors elles seront toujours susceptibles de se dégrader, de s’altérer, et de disparaitre. L’Etat d’exception ne change pas la règle, car l’histoire nous apprend que de grands bouleversements politiques ont lieu durant des Etats d’exceptions, que cela soit la dictature Romaine ou le consulat de la Première République.

Il y a sur le seul continent Africain autant de différences culturelles qu’il y en a entre la France, la Chine, et les Aztèques. Seulement remarquez bien une chose, où que l’on aille sur le globe, tous pays tend et aspire majoritairement à posséder les moyens de productions qui permettent à l‘ensemble de la population de ne plus mourir de faim. La Chine a beau se revendiquer comme exception culturelle, comme tout autre nation, ses moyens de production ont les mêmes attributs que celles de la puissance dominante de la seconde moitié du XXe siècle. Dans tous ces régimes politiquement plus et de moins en moins variés, l’objectif est de produire davantage, pour s’enrichir davantage, accompagné d’un large développement médiatique, bien souvent dans les mains mêmes de ceux qui sont déjà propriétaires de ce que l’on nomme : « le capital ». Le monde, depuis plus d’un siècle, tant à s’uniformiser depuis sa structure économique, uniformisant par la même occasion les esprits qui le compose. Séoul, New-York, Londres, ou Pékin, même combat, la rue marchande décore le chemin du bonheur, tous sont heureux de posséder, non plus de quoi manger, boire, dormir, s’habiller, mais ce qui littéralement se nomment « gadget ». Certains de ses gadgets sont mêmes rendus indispensables, comme le portable, et ils le sont, non pas en eux-mêmes, mais par le réseau « de machine » dans lequel ils s’inscrivent et qui rend si essentiel des outils qui ne sèment pas, n’épluchent pas, ne récoltent pas. Par ailleurs, un tracteur sans essence, sans route pour acheminer cette essence, sans réseau électrique pour recharger la batterie, etc., est un tracteur qui ne laboure pas, je vous renvoie au philosophe Günther Anders pour approfondir ce sujet.

Néanmoins, nous avons en Europe suffisamment d’expérience dans la chose pour pouvoir crier au reste du monde (et je pense surtout à nos amis du continent noir) que le bonheur ne dépend pas des choses. Sans doute (je n’ai aucune preuve) trouverons nous plus de gamin heureux en Afrique que sur les bancs des écoles de France. Une partie de football entre copain à chaque récrée participe davantage au bonheur que la possession du dernier portable sur le point de vous laver le derrière. Nous le savons, nous le vivons, mais nous avons du mal à nous en contenter. A noter que l’émancipation de l’Afrique (et la survie d’un monde respirable) est largement dépendante de l’éducation et de l’émancipation dont pourront bénéficier les femmes africaines.

Un philosophe disait que le plus grand bonheur que l’on puisse avoir est de servir l’humanité, je m’arrêterai sur cette belle pensée, que notre plus grande mission est de servir l’avenir de nos enfants, en reprenant cette belle formule mainte fois citée et ô combien jolie, « nous héritons de la terre de nos enfants ».

05/05/2020

Du détail au mystère

Lumière et couleur, la théorie de Goethe (le matin après le déluge ...
Turner

Et si nous en avions trop fait ? Et si nous en faisions souvent trop, principe de précaution oblige ? Ne sommes-nous pas flaubertiens, c’est-à-dire, n’exprimons-nous pas le besoin de nous entourer d’évènements et de drames pour nous sentir vivant ? On court on s’agite, on court, et l’on se croit grand. Vivre n’est plus un problème chez nous, nous vivons malgré nous, alors n’éprouvons-nous pas la nécessité de ressentir la vie davantage ?
Non, et encore non. Le besoin d’émotion n’est pas à chercher dans la richesse, mais dans notre nature. Zola a dépeint des époques où des hommes qui n’avaient que la faim au ventre se laissent pourtant envouter par des histoires de bassesse. C’est le cancan, la rumeur, le bouche à oreille, c’est Gervaise qui trime, les Lorilleux qui méprisent, ou encore la famille Maheu qui se révolte. Il suffit de lire Zola, et avant lui Balzac, Stendhal, Hugo et tant d’autres, pour comprendre que la nature des hommes ne change pas, ou pas aussi vite qu’on aimerait le croire. Seulement, là où Bovary était d’une classe restreinte, elle est aujourd’hui plus nombreuse.
L’évènement est essentiellement création, orientation du regard, disait Baudrillard, Société du Spectacle, écrivait Debord ; sans doute avaient-ils copié Anders sans le savoir, puis Francfort aussi, mais sans doute avaient-ils aussi tous compris la nature du monde qui advenait, avec derrière la mire le doigt de Nietzsche et l’œil de Tocqueville. Mais le fusil appartenait à Platon. Relisez la République et ses mises en garde sur les défaillances de la démocratie. Tout y est déjà résumé.

Je ne crois point à la fatalité, mais à l’évolution. Je ne crois point à la décadence des sociétés, mais à leur mutation. Et je ne pense pas que nous soyons nécessairement sur une courbe descendante, mais de transformation, suivant le bon mot que Lavoisier aurait emprunté à Anaxagore. (Rien ne se créait, etc.)
Que la nature se régule ne veut pas dire qu’elle y réussit toujours, et plus la force qui s’y oppose est grande, plus la force capable de l’anéantir le sera davantage. Un affect ne peut être détruit que par un affect contraire beaucoup plus fort que lui, pour ne renvoyer qu’à Spinoza, philosophe de la nature.
Un des principes primordiaux de la physique est le principe d’équilibre de l’énergie. Les forces que l’on observe (mais pas nécessairement la loi fondamentale de l’univers, j’y reviendrai plus loin), tendent à se stabiliser, ce que sur Terre on nomme équilibre pour la matière, harmonie pour l’esprit. Mais cette compensation des forces peut entrainer dans son mouvement la destruction, ce que l’on nomme encore, à notre échelle, régulation. C’est cette pelote de poussière qui devient Planète, ce résidu de planète qui se fait astéroïde, c’est un mouvement de galaxie, un mouvement de nébuleuse. Nous sommes nés d’une étoile, et nous obéissons aux règles qui régissent les étoiles. La raison n’y pourra rien changer. Nous aurions beau savoir ce que veut dire aimer que nous aimerions encore.
Je disais donc que nous ne sommes pas certain que l’équilibre soit une loi fondamentale de l’univers, seulement de ses parties. Les Grecques appelait cosmos cette partie ordonnée, visible et compréhensible, mais l’univers, quant à lui, rien n’est moins sûr. Tout dépendra de son mouvement, s’il en a un. Dans un univers en extension infini, toute énergie est vouée à disparaitre, l’équilibre n’y est que l’illusion d’un instant et du hasard des chocs à venir. Il faudrait autrement que la matière ait la propriété de se créer ex-nihilo. L’idée de stabilité n’a de sens que dans un univers stable et figé. Andromède semble nous vouloir nous dire l’inverse. Et dans le troisième cas, dans l’hypothèse d’un univers rétractable, alors le mouvement apparait comme une alternance de créations et de destructions, mais non de stabilité du contenu.
Mais là encore, je ne fais que des suppositions. Car il se pourrait que l’univers ne soit pas plus un contenant que ne l’est un bol d’air, et que nous ne soyons pas plus dans lui que l’électron n’est dans l’atome. Non, l’électron « fait » l’atome comme l’idée fait le monde.

26/04/2020

Mourir ! Encore ? (Ou philosopher avec Harry Potter)

Le conte des trois frères, "Les contes de Beedle le Barde" - The ...

La mort, cette inconnue compagne qui nous fait savourer la vie. Elle nous cuisine, elle nous mijote, elle nous prépare parfois et nous loupe souvent, mais elle finit toujours par nous déguster. Nous la côtoyons depuis longtemps, et pourtant nous la connaissons si mal. On ne sait pas qui elle est, mais on sait ce qu’elle n’est pas. La mort ne s’aime pas.

Imaginez une triste dame qui voudrait caresser la vie, la faire fleurir et l’embellir, mais qui de ses doigts maudits, fane les plantes qu’elle sème. Elle est bien contente de les voir grandir. Imaginez un géant maladroit, à la force colossal, il brise les nuques de ces souris en porcelaines qui l’émerveillent tant. Il ne voulait pas, non, il ne voulait pas, il voulait admirer, il voulait caresser, non, il ne voulait pas les tuer.

« Il existe des choses pire que la mort », dit le sorcier à celui qui vole la mort. Quoi donc ? réplique ce dernier, rien n’est pire que la mort. Une vie de souffrance, de damné, une vie de solitude. Pire que ma mort, la mort des autres. On apprendra jamais assez à mourir, mais on apprendra à laisser sa place.

Si la mort n’est rien, c’est qu’elle n’est peut-être pas. Comprenez, si la mort est néant, alors il n’y a rien à concevoir. « N’aie pas pitié des morts, Harry, continue le sorcier, aie pitié des vivants, et de ceux qui vivent sans amour ». Le mort ne souffre pas, ne s’exclame pas, ne gémit pas. Vient un temps ou il est bon de mourir.

Le plus vieux rêve de l’humanité est aussi le plus égoïste, l’immortalité est un fardeau pour la vie. Le désir d’être immortel est un désir de destruction. L’existence est un tout, la mort singulière. L’on ne vie que parce que d’autres sont morts. Ne croyez pas qu’ils se sont tous sacrifiés, nous les avons seulement prolongés. Voilà la vie, continuité, permanence, totalité d’une matière qui se meut à la lumière des lois de l’Univers.

Il n’y a que la modernité pour craindre la mort, c’est aussi l’âge où l’on meurt le moins. Car à l’âge des résistants, à l’âge des mousquetaires, à l’âge des chevaliers, à l’âge des guerriers, les héros n’avaient qu’une gloire, le Valhalla, les Champs Elysées. L’on préférait mourir au combat pour une cause que l’on pensait noble et juste que de de se voir vieillir et dépérir pour finir comme un enfant, alité au lit avec ses couches culottes et boire la bouillie que d’autres nous donnent. L’on partait à la guerre pour affronter la mort, et soit que l’on mourrait avec les honneurs, soit que l’on vivait en ayant senti la fragilité de la vie et de tout ce à quoi elle tient, un souffle, un battement, un nerf. Retenez que le guerrier, le chevalier, l’homme noble, ne tue jamais l’innocent, mais toujours des hommes égaux. Les autres sont des criminels.

Il est difficile de mourir pour qui n’a pas vécu, il l’est plus difficile encore pour qui n’a pas souffert. Le suicidé ne veut pas la mort, il veut la tranquillité, il veut l’apaisement. Aussi paradoxale cela soit-il, plus un homme aime et comprend la vie, plus il accepte et s’ouvre à la mort. Ceux qui aiment le plus la vie sont aussi ceux qui sont le plus près à mourir. Pour sûr que nous sommes des animaux, pour sûr que la frayeur raidit les nerfs et secoue les os ; le bruit des explosions, la vue du sang, les plaintes des mourant, tout ce qui rappelle la mort du corps engouffre son idée dans le monde qui est le sien, mais l’homme ne se fait vraiment homme, comme Harry Potter face voleur de vie (lorsqu’il renait de ses cendres dans le quatrième livre), qu’en sachant que la mort est inéluctable. Le garçon se lève alors, s’apprête à mourir avec courage, et parce qu’il l’accepte, il trouve en lui une force qu’il ignorait connaître, une force qui peut-être l’aidera à survivre encore.

Vous comprenez que la mort elle-même a son histoire. Longtemps l’idée de mort était associé à l’idée d’enfance, et on enviait le vieillard qui mourrait tard aux vêpres de sa vie. Aujourd’hui la mort est associée à la vieillesse, et tout enfant qui meurt est un drame de la vie, de notre vie, mais ce n’est point un drame au regard du monde. Qu’est-ce qui est le plus important ? La vérité du monde ou la vérité des hommes ?

« Profitez de la vie, la vie est belle », m’avait dit Antoine sur son lit de mort, un homme qui avait connu la torture dans les prisons du Reich alors qu’il n’avait pas vingt ans. On lui avait brisé toutes ses dents et avait été sauvé par un couple de fermiers allemand. J’étais jeune, mais ce conseil a marqué mon âme et a déterminé ma vie. Profitez de la vie, mais c’est profiter de quoi ? Oui, comment profite-t-on de la vie ? En ne mourant pas ? En s’abeurvant de tous les plaisirs possibles ? Alors je repensais à a vie de cet homme, cet homme qui avait vécu simplement, sans ambition, sans prétention, et qui avait offert à ses enfants une existence à son image, sans ambition, sans prétention, mais délicieuse, mais savoureuse.

Le monde tourne sans nous, le mieux que nous ayons à faire, c’est de tourner avec lui.

25/04/2020

 

Sur un sentiment tribal

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Burkina, Louise Leroux

Voyez la démocratie comme l’idéal d’une vertu politique fondée et fondant une liberté juste et une justice libre. Faut-il l’une pour poser les autres, ou les autres pour garantir l’une ? Liberté et Justice ne sont pas des valeurs que l’on tient à côté du processus démocratique, mais des valeurs qui tiennent le processus comme un mur porteur et sa charpente. Si vous ne croyez pas en ces valeurs contradictoires, si vous ne les placez par au-dessus de l’organisation politique, si vous ne les faites pas vivre, alors vous plongez l’idéal de démocratie dans un bain de chimères, une illusion que les puissants font miroiter pour calmer les appétits des plus pauvres. Contradictoires ? Parce qu’une justice absolue détruit une liberté absolue, et vice versa. Il faut donc les poser comme relatives et les faire dépendre l’une de l’autre, en introduisant, par exemple, l’intermédiaire de l’égalité.

Que quelques-uns soient très riches importe peu si personne n’est très pauvre. Néanmoins on observe que la misère se partage mieux que la richesse. Elle pousse et se diffuse comme la moisissure dans une corbeille de fruits. Beaucoup souffrent pour qu’un seul profite, toute réussite est toujours d’exception, le modèle s’achève sur un parterre de brouillons.

Il faudrait penser le peuple comme une tribu. Dans cette dernière, les hommes interagissent les uns avec les autres, d’homme à homme, de tête à tête et de cœur à cœur. Dans une nation, les hommes se croisent et pour beaucoup s’ignorent. Les chefs d’une nation connaissent le papier et ses attributs, mais pour ce qui concerne de connaître l’homme, ils n’en voient qu’une vague silhouette. Par exemple, mes voisins de palier ne sont pas nécessairement de ma tribu. S’ils sont posés là, comme des êtres singuliers, ils pourraient être autre ou ne pas être là, ils ne sont pas indispensables à ma vie, nous ne faisons pas partis du même clan.

Autre exemple. Je n’ai pas envie d’écouter le juge, le policier, le directeur, pour les hommes qu’ils sont, mais pour la fonction qu’ils incarnent, c’est-à-dire parce qu’ils appartiennent à une puissance bien supérieure à moi qui leur attribue un pouvoir par cette fonction. Voilà ce qu’ils sont, non pas des hommes, mais des fonctions. Ils font le deuil de leur humanité dans les habits qu’ils sont contraints de porter. Pas étonnant que la robe du juge soit noire.

Dans une tribu, dans un clan, l’autre est une partie de moi-même, je ne me pense ni ne me conçois sans lui. Je ne me sens pas observer par des êtres qui voudraient me recaler dans leur droit chemin, esprit totalitaire, mais appartenir à un seul et même corps organique, pour reprendre l’idée du sociologue. Tous autour de moi sont sous le même régime. Le chef n’y a pas d’autres intérêts que son clan, il n’est pas celui qui décide de ses privilèges, c’est la tribu qui lui accorde car il accepte de se vêtir d’un rôle au combien difficile. Il ne voit pas d’abord le pouvoir, mais la lourde responsabilité qui lui incombe ; c’est un regard sur le monde qu’aucun homme d’état d’une nation ne peut prétendre incarner, car il ne connaîtra jamais assez les hommes de son peuple.

Tout président de la République qu’il est, je (le citoyen) ne reconnais pas en lui la un chef. Il n’a que la force des institutions pour me contraindre à obéir, alors que dans la tribu, le chef est pour moi avant tout un homme, appartenant au corps comme une cellule vivante, un exemple à suivre pour qui il est. La fonction et l’homme n’y font qu’un.

« Les êtres humains ne s’émancipent qu’au sein d’un groupe naturel », disait le communard. Ce qu’a une tribu mais qui manque à un peuple, c’est la mesure du groupe, une mesure à hauteur d’homme et que l’on peut saisir du regard. Au-delà, dans les grands nombres, l’autre devient étranger. Et si, à l’exception, on peut voir l’homme dans l’inconnu – c’est le voyageur – on ne le peut point dans une foule d’inconnus. Nos sentiments ne sont pas à la hauteur de l’événement.

Remarquez que ce qui nous affecte dans la mort, c’est le cas particulier, c’est de pouvoir nommer le mort, sa singularité et son visage. Nous avons là toute une tristesse à partager, mais nous n’en avons pas davantage pour un mort que l’on connait que pour une foule d’inconnus que l’on ignore. Nous ne serons pas plus ou moins triste pour mille morts que pour un seul, car la tristesse a un seuil indépassable au-delà du quel chaque larme n’est qu’une goutte de plus dans l’océan. C’est pourquoi Auschwitz et Hiroshima sont invivables, pour ne pas dire inenvisageables. Nos sentiments ne sont pas adaptés au carnage, nous n’avons pas assez de tristesse pour chacun de ses morts, ni même assez de raison, nous sommes finis face à l’infinie monstruosité de nos actes. Quiconque pourrait ressentir tous ces drames du monde ne pourrait pas vivre.

Mille inconnus sont morts, me dit-on, au regard de ce qui arrive chaque jour, ce n’est pas assez pour en faire un drame, même si certains le voudraient. Il en faudrait un million. Par contre, si ma fille venait à mourir, j’aurai de quoi renverser le ciel et assécher la mer pour chambouler le monde. Satan n’aura qu’à bien se tenir.

Les chiffres mentent toujours car ils n’épuisent pas le réel, ils ne représentent même pas la vie et ne le peuvent pas. Tous ceux qui gouvernent voudraient pourtant nous le faire croire, car à défaut de maîtriser le réel, ils peuvent manipuler les chiffres, convaincus que l’ordre du monde se change comme l’on change un tableau Excel. Mais au final, c’est bien l’homme qui meurt, et le chiffre pourra être donné à un autre.

Détrompez vous, les nations qui réussissent le mieux ne sont pas celles avec les plus grands chiffres mais celles avec les plus grands sourires quand le cœur y est sincère.

30/03/2020

Sur la loi du plus fort

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Nous pouvons nous entendre sur des faits, mais ne pas partager la même interprétation au sujet de ces faits. C’est l’épineux problème du darwinisme et de sa théorie de l’évolution. Darwin dépeint la sélection naturelle, en scientifique, il en présente des aspects et des constances. Mais de ce décryptage a découlé, à la suite de sa révolution conceptuelle, des idées dominantes qui ne sont pas non plus véridiques, telle que celle de « loi du plus fort » comme matrice du monde vivant, ou de la nature comme terrain d’un conflit de force.

Que la force soit un des critères que l’on retrouve dans la sélection naturelle, c’est une chose, mais dire qu’il est le critère, et que de cette interprétation on pense le monde comme un jeu de force, c’en est une autre.

Que signifie être « le plus fort » ? Prenons une espèce que nous connaissons bien, l’homme. Un individu est-il le plus fort parce qu’il possède une certaine force physique pouvant contraindre ses congénères, comme deux buffles se martèlent le crâne à coup de joute pour séduire la femelle la plus désirable ? Une femelle sélectionne-t-elle le père de ses enfants sur ce seul critère physique ? S’il est indubitable que l’instinct joue son jeu dans la séduction, d’autant plus quand l’homme se fait davantage animal et moins humain, ce critère n’a pas non plus le monopole de l’accouplement. Comment expliquer que cet homme si fort, qu’il est capable de déplacer un camion, soit par la même occasion subordonné à cet autre homme qui semble avoir un peu plus de cervelle. Quel est donc le plus fort entre les deux, celui qui obéit ou celui qui ordonne ?

De la même manière, comment se fait-il que celui qui a su apprendre toutes les encyclopédies du monde et tous les manuelles de manipulation se retrouve contraint de se soumettre aux lois imposées par des hommes ignares au porte-monnaie aussi large que la panse de Crésus ? Qui est le plus fort, celui qui à l’or, le pouvoir, le cerveau ou les muscles ?

Mais voilà que l’enjeu de la sélection naturelle est de se reproduire pour perpétuer l’espèce, et que l’on découvre un homme pas si malin, un peu svelte, peu prompte à donner des ordres comme à en recevoir, avec une bourse correcte mais point remplie, et qui aurait à son actif une vingtaine d’enfants de quatre ou cinq femmes différentes. Ne serait-ce pas là la marque du cador ?, de celui qui aurait le mieux réussi à brasser et propager sa génétique ?

Non point, la réponse n’est pas ici, car à l’évidence, pour l’espèce humaine comme pour toute espèce vivante, l’individu n’est jamais le plus fort tout seul. Toute la force de l’homme réside dans la collectivité et l’organisation qui régie cette collectivité. Le roi à beau se croire au-dessus de la masse, il suffirait que tous renoncent à lui obéir pour qu’il s’en retrouve bien sot entouré de son or et ses châteaux.

Les Lumières ont pensé l’individu pour le libérer des tyrans, mais se libérer d’une contrainte ne signifie pas se libérer de sa nature. On a théorisé l’individu et ses droits, mais on a oublié de le réintroduire dans son milieu naturel, le groupe. Nous pensons l’homme hors-sol et voilà un monde gouverné par la pensée de cette espèce d’homme, ce mythe du self-made-man, alors que toute l’histoire est la preuve même qu’un homme seul ne peut jamais s’en sortir sans les autres, il ne pourrait même pas exister.

Croire que l’on peu se faire tout seul, c’est croire que l’on peut devenir qui l’on veut, mais c’est aussi rendre malheureux ceux qui n’y arrivent pas, soit la totalité des hommes à quelques exceptions près. Combien échouent pour qu’un seul réussisse, l’évolution est un brouillon, le chemin qui se maintient est l’exception. C’est aussi croire que le monde est un terrain mis à notre disposition pour réaliser notre projet, notre dessein, au-lieu de comprendre que si l’individu n’est rien sans son espèce, son espèce n’est rien sans le monde, et que la symbiose nécessite que chacun puisse avoir sa place pour exister. Tout un monde se retrouve chambouler à cause d’un virus qui en six mois fera bien moins de mort que la pollution en trois jours, on en tuerait des libertés fondamentales, on en priverait les hommes du soleil en disant que c’est pour leur bien, mais le problème, ce n’est pas le virus, c’est les hommes qui organisent le monde. Le remède est à chercher par là. Malheur à une collectivité qui n’est gérée qu’à l’avantage de quelques-uns.

On parle de la vie, mais on la pense comme si elle était multiple. Il apparaît pourtant, jusqu’à preuve du contraire, que la vie est une, est qu’elle est sur ce monde et sur cette terre. Et quand bien-même elle serait ailleurs, elle serait toujours une, comme l’ensemble de tous les vivants.

Concevez la vie comme un être organique unique, détruisez une espèce, et vous détruisez la flore intestinale qui lui permet de transformer sa nourriture en énergie. Détruisez une forêt, et vous la privez d’un poumon, jetez-y vos déchez, et vous condamnez ce corps à la maladie qui, s’il ne guérit pas, entraînera la mort d’un être difforme. Il est malheureux que les hommes qui se croient sur le toit du monde ne remarquent pas qu’ils piétinent toute la fourmilière, et que si celle-ci s’écroule, ils s’écrouleront avec en écrasant dans leur chute tout ceux qui ont payé de leurs efforts pour élaborer l’édifice. Ceux grimpent hauts par-dessus les autres aplatissent tout le reste.

Hélas, la mémoire d’un homme ne dépasse pas une vie, et les erreurs d’hier seront les erreurs de demain.

24/03/2020