Controverse

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Otto Dix

Fragments de pensées. (A lire avec prudence)

Comment appelle-t-on un Etat où la police oblige les citoyens à rester chez eux, là où les interpellations sont fréquentes dans une journée ? On appelle cela un Etat totalitaire. Confondons un instant le totalitarisme et la dictature, bien que si un totalitarisme est toujours l’expression d’une dictature, la réciproque n’est pas toujours vraie. Peut-il y avoir des dictatures d’exceptions ? Comprenez, peut-on tolérer une dictature qui se voudrait provisoire, par exemple, le temps de régler un problème, exemple que l’on retrouve dans la République Romaine ?

La question essentielle ici est de savoir si l’on peut tolérer ou non un bridage des valeurs fondamentales de la République au nom de la sécurité ? Le pragmatisme doit-il l’emporter sur l’idée, et la sécurité sur tout le reste ? Il n’y a pas trois solutions à cette question, la réponse est bipolaire – non, soit on le refuse et les valeurs que l’on considère comme fondamentales priment sur tout le reste,  – oui, soit on accepte des cas d’exceptions au nom de l’efficacité, voire au nom de ces mêmes valeurs.

Dans le premier cas comme dans le second, il faut savoir de quelles valeurs on parle ? Ici, des valeurs de la République Française, et plus particulièrement de l’idée de liberté, liberté de se déplacer, de se réunir, de penser, de partager son opinion, etc. Dans le premier cas, une valeur telle que la liberté peut-elle valoir plus que quelques vies humaines ? Peut-on la poser comme inconditionnelle ? Si oui, comment peut faire un Etat pour répondre à une menace d’ampleur ? La menace, quelle qu’elle soit, est toujours déterminée par la notion de mort, aussi, cette question est déterminée par notre rapport et notre approche de la mort.

Dans le second cas, celui qui primera dans l’esprit du plus grand nombre, c’est-à-dire celui de la volonté d’efficacité et de sécurité, la valeur devient alors nécessairement toute relative, nécessairement, puisque dans les faits mêmes elle est bafouée, on ne la pause plus comme indépassables, mais soumises à d’autres principes, tels que « la vie de quelques-uns vaut plus que la liberté de tous ». Toujours et encore notre rapport à la mort. Qu’un vieillard meure n’a pas pour nous la même importance que la mort d’un enfant.

Le médicament n’est pas agréable, dira le médecin, mais il est fait pour guérir. Seulement, toute relativité des valeurs annonce aussi toute possibilité d’une dérive. On peut autant appliquer le critère de l’utilité pour une cause que pour une autre, et de degré en degré, le faire dériver sans cesse jusqu’à être complètement liberticide. « C’est d’utilité publique » entendra-t-on alors. Pourquoi choisit-on de confiner toute une population pour éviter quelques milliers de morts quand il existe d’autres facteurs à risques encore plus meurtrier et davantage effectives. Devrait-on interdire à tous les Français de boire leur verre d’alcool parce-que quelques milliers de personnes vont mourir durant l’année de problèmes liés à l’alcool ? Quelle marge de risque accorde-t-on ? Quelles priorités ?

La première proposition ne semble plus si absurde, c’est-à-dire de tenir pour inébranlable et quelques soient les circonstances les valeurs que l’on veut voir vivre, ce que la République a du mal à faire, même s’il lui est arrivée d’essayer. « Liberté, égalité, vos papiers », pour reprendre le titre d’un vieux duo d’humoristes. Mais ce n’est pas que la République ne le peut pas le faire, c’est qu’elle ne le veut pas le faire, pour la raison que les valeurs de ceux qui incarnent la République ne sont pas toujours celles inscrites sur les frontons des sièges républicains dans lesquelles ils s’assoient. Les hautes idées ne peuvent pas s’incarner dans des individus qui ne sont pas désintéressés de leur propre personne, de leur porte-monnaie, ou de leur propre image. Il n’y a que des petits hommes tout en haut de l’Etat.

La politique du XX siècle jusqu’à aujourd’hui a davantage trahi les principes fondamentaux des pères de la République qu’elle n’a cherché à les mettre en œuvre. Nous sommes loin d’une République dans laquelle le citoyen serait maître de ses décisions fondamentales, car si cela est une chose que de pouvoir choisir son smart-phone, cela en est une autre que de devoir accepter ou non une contrainte tel qu’un confinement forcé. Ici il n’y a pas eu de choix. Les citoyens lambda n’ont eu aucun mot à dire sur cette décision, au nom de l’urgence sanitaire, autrement-dit, à un moment clé de l’enjeu démocratique, ils ont été bafoués de leur souveraineté. C’est l’illustration de tout le mépris des gouvernants et des techniciens pour les peuples qu’ils dirigent. Il faudrait pourtant se demander : que vaut une démocratie où le citoyen est privé de son pouvoir de décision au moment où les choses deviennent sérieuses.

Vous l’aurez compris, la crise du coronavirus n’est pas seulement sanitaire, c’est une crise du politique et démocratique. Les gouvernements viennent de s’empêtrer dans un scandale qui les dépasse. Certain auraient presque raison de crier à la dictature. Certes la dictature la plus à craindre n’est pas entièrement politiques, elle est dans l’avilissement des esprits. Mais cet avilissement rendra d’autant plus possible une dictature politique que les individus n’auront le souci que de leur ventre et voudront laisser l’important moment de prise des décisions dans les mains de quelques-uns. Non, la politique est chose commune, et il est nécessaire de donner à chacun les moyens de participer activement au jeu du pouvoir, même dans les moments de grandes ampleurs, s’agirait-il de faire la guerre, et plus encore pour faire la guerre.

Terminons sur une note positive, il n’est peut-être plus question ici de liberté, ni d’égalité, mais pour la première fois, de fraternité, tous acceptent de suspendre un temps leur liberté pour aider quelques-uns dans le besoin. L’auraient-ils fait sans la menace ? Toujours est-il qu’un état pragmatique soucieux de tenir ensemble ses trois valeurs fondamentales aurait-pu agir autrement, et nous avons des exemples.

24/03/2020

Des yeux de l’âme

Antoni Taulé (Spanish, born 1945) L'Énigme, 2016
Antoni Taulé

J’ai remarqué, dans le corps enseignant, un peu de solidarité et de partage, beaucoup d’égoïsme et de chacun pour soi. L’entre aide est de façade, un mirage que laisse espérer les sourires, mais dès qu’il s’agit de défendre ses intérêts propres, ragots et coups en douce font la loi. C’est que les enseignants ont leurs vacances à financer, leur crédit à rembourser, leurs enfants à éduquer, et quand vous leur demandez de réfléchir sur un temps et une manière d’enseigner favorisant les apprentissages des enfants, ils réfléchiront d’abord du seul point de vue de leur propre bien-être avant de savoir en quoi un changement peut être utile pour l’élève. Au final, enseigner est un métier comme un autre, désolé de briser ton rêve, toi qui croyais en la dévotion de ce métier. Derrière l’instituteur il y a un homme, et derrière l’homme un consommateur. Je salue avec admiration mes quelques collègues amoureux de leur métier, travaillant sans compter, aimant les enfants, aidant les collègues, car ils se font plus rares qu’ils ne voudraient le croire. Seulement entendez bien que la misérable reconnaissance que vous obtiendrez pour vos efforts, c’est celle que vous rendrons les enfants, car la gloire et le prestige vont à ceux qui savent parler, non à ceux qui savent s’oublier. Qu’importe, seul le regard de l’enfant est important.

J’ai remarqué ces personnes au capital sympathie fort appréciable, grandes gueules s’il en est, toujours enclins pour se parer d’une culture qu’ils n’ont pas, citant des livres qu’ils n’ont pas lu, motivés pour attirer les regards sur eux quelques soient les moyens, par leurs habits ou par leur rire, par les railleries ou par les pleurs, chantant à qui veut l’entendre le bonheur ou les malheurs de leur vie, souvent en catimini, comme avec sérieux, mais s’arrangeant de manière à ce que tous le monde le sache, toujours retirant leur épingle du jeu en manipulant les foules, car n’ayant de soucis que pour eux-mêmes, non par méchanceté, mais par ignorance des autres. On les appelle égocentriques, et vous les reconnaitrez à leur besoin de se psychanalyser en permanence avec vous ou des experts.

J’ai remarqué que la serviabilité était un vilain défaut. Soyez naturellement enclin à offrir vos services, et voilà que les autres s’accoutumerons à votre gentillesse. Exigeant spontanément plus de bonté de votre part, ils attendent toujours de vous voir renouveler ce que vous avez fait quelques fois, et voilà que si vous leur refusez votre aide, vous risquez de passer de l’ami sympathique au collègue rabat joie. A la vérité la gentillesse est un défaut, non pas en soi, mais dans un contexte social où chacun tient pour acquis ce qu’on lui doit mais oublie de rendre ce qu’il doit.  

J’ai ancré en moi une méfiance, celle de ne pas croire d’abord celui qui parle beaucoup, celle de ne point admirer la grande prestance, car les plus grands trésors ne sont pas toujours enfouis dans les plus beaux palais qui ne remplissent le creux de leurs immenses salles vides par quelques courants d’air. Peut importe que le corps soit d’or si le cœur est de pierre.

01/04/2019

Aux enseignants, pour une école républicaine.

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L’écolier embarrassé, J. Geoffroy

Il est faux de dire que l’Education Nationale prend en compte le bien être des élèves et de ses futurs citoyens. Une éducation digne de ce nom ne se soumettrait pas aux impératifs économiques du pays. La refonte de l’Education Nationale mériterait qu’un gouvernement consacre toute son énergie à ce seul objectif pendant toute la durée d’un quinquennat. C’est une, si ce n’est la, priorité nationale.

Je propose ici quelques pistes de réflexion qui permettraient d’organiser différemment l’Education Nationale en suivant les valeurs de la République, c’est-à-dire dans le but de former des citoyens éclairés. Je ne me préoccupe pas du coût financier d’un tel projet et me contente d’exposer des idées concrètement réalisables.

Un des premiers problèmes pour un enseignant soucieux de bien faire son travail est le nombre d’élèves pas classe. La proposition des CP et CE1 à douze va dans le bon sens. Mais il faudrait élargir cette mesure de la maternelle au lycée. Quand j’avais fais remarquer à un syndicat d’enseignants que ce devrait-être leur première revendication avant la revalorisation des salaire, ces derniers m’ont gentiment envoyé paitre sous entendant qu’enseigner dans une classe de vingt-cinq élèves avait toujours été la norme. Que cela fut, c’est une chose, mais est-ce une raison pour ne point en changer ? Les élèves d’aujourd’hui ne sont plus les élèves d’hier. Moins autonome, moins soucieux du respect, beaucoup ont besoin d’une aide individualisée et d’un suivit particulier. Impossible de permettre à un enfant en réelle difficultés de s’en sortir dans une classe de vingt-cinq gamins turbulents.

Au lieu de fermer des classes et les petites écoles, le gouvernement ferait mieux de rouvrir les écoles de village. Mieux vaut avoir dix ou douze élèves avec des écarts d’âge que vingt gamins incapables de rester en place deux minutes si l’enseignant n’est pas derrière leur dos. Des effectifs moins chargés pour des ambiances de classe plus sereines, voila le minimum pour ne pas dégouter les élèves de l’école et l’enseignant de son travail. Au moins pourra-t-il se sentir utile. On en arrive à avoir des écoles primaires à plus de trois-cent élèves, de vraies usines à gaz où les enfants s’entassent comme du bétail. Mais l’école, ce n’est pas une usine. On ne produit pas en quantité, on y vise exclusivement la qualité.

Après l’allègement des classes et des écoles elles-mêmes, le deuxième axe prioritaire, à mon sens, concerne le temps de travail et l’emploi du temps des élèves. Ce dernier n’est absolument pas fixé selon le rythme des gamins, mais selon le rythme économique de la société. Il faudrait penser à décharger les journées. Par exemple, les élèves pourraient ne travailler que le matin. L’école donnerait ensuite le relais des apprentissages aux associations sportives et culturelles, créant un lien direct entre les clubs et le milieu scolaire. Le temps que l’on perd l’après-midi pourra être repris sur les vacances. Avec des journées plus courtes et moins fatigante, les élèves et les enseignants n’auront plus besoin de deux mois de pause en Juillet/Aout. Un mois suffira. De la même manière les vacances de zones n’ont absolument aucun intérêt pour les enfants. Aucun.

Dans ce troisième temps mon propos s’appuie sur l’idée directrice que l’école républicaine doit être pensée comme l’institution qui forme les futurs citoyens. Former un citoyen, lui permettre de devenir indépendant, c’est aussi lui apprendre à se détacher de sa famille. La famille a son importance dans l’éducation d’un enfant, en bien comme en mal. L’école doit permettre aux élèves ne partant pas avec les mêmes chances de départ d’avoir les mêmes chances de réussite. C’est pourquoi il faut qu’il y ait une vraie coupure entre la famille et l’école. La famille ne doit plus avoir autant son à mot à dire sur ce qu’il se passe à l’école. Elle doit s’occuper d’éducation quand l’école s’occupe d’instruction. Permettre aux parents d’avoir un regard sur l’école c’est aussi aller à l’encontre de l’autorité des enseignants. Bien sur que bien des parents soutiennent et vont dans le sens des maitres. Seulement dans le cas inverse cela pose problème, notamment quand un enseignant est décrédité par les parents. Il faudrait que les familles fassent confiance à l’école, et pour cela il faut leur proposer une institution forte.

A dans la continuité de cette idée on peut envisager de rouvrir des internats assez tôt dans la scolarité, pourquoi pas dès le primaire, au moins dès le collège. L’école peut-être pensée comme un lieu de vie avec des règles et non plus seulement comme un lieu d’apprentissage. L’internat permettrait d’éloigner les enfants de leur condition sociale pour leur offrir les moyens de développer leur intelligence, de pratiquer des activités qu’ils ne pratiqueraient pas autrement, en résumé de s’assurer l’épanouissement des futurs citoyens en minimisant l’handicap familiale. Oui, les collèges et les lycées pourraient devenir des lieux de vie où le bien-être de l’enfant et l’apprentissage de la vie en communauté seraient la priorité. A défaut de fabriquer de nouveaux grands pôles éducatifs, envisageons de réhabiliter les châteaux du patrimoine Français et leur superbe parc pour en faire des établissements d’éducation et d’apprentissage de premier ordre. Les enfants seraient bien mieux là bas que dans leur foyer à regarder la télévision ou à squatter sur leur portable.  

Le quatrième point consisterait à changer le regard que porte l’enseignement sur l’apprentissage et les filières techniques. Il faudrait que ces filières soient des filières de prestige, et non plus les considérer comme le ramassis des échecs scolaires. Allant avec cette idée, rehausser le niveau du bac général devrait-être une mesure à prendre. Ne permettre qu’aux élèves aptes pour passer ce diplôme, sans être contraint de rendre cet examen excessivement facile, de s’y inscrire. Et s’il faut prévoir une année de formation supplémentaire pour une remise à niveau.

Bien évidemment que d’autres mesures sont à envisager, comme permettre à chaque enfant, entre ces 14 et 25 ans, de partir une année scolaire complète dans un pays étranger pour y apprendre une langue. La coopération européenne prend alors tout son intérêt. On peut imaginer qu’il faille nécessairement avoir fait cette année, prise en charge par l’Etat, pour valider un quelconque diplôme aussi bien général que professionnel, ou pour être admis dans telle formation.

Mes propositions ne sont pas utopiques ni irréalisables, mais elles demanderaient à un gouvernement soucieux de la démocratie de s’y pencher sérieusement. L’épanouissement de des citoyens est le principal souci de tout état démocratique, et il n’est pas normal que seul des régimes autoritaires aient réellement su mettre en place des mesures motivantes pour leur jeunesse.

26/10/2018

 

 

Mea-culpa

 

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J’ai conscience de cette mauvaise moraline qui souvent ressort de mes propos. C’est un péché d’orgueil qui éloigne mes écrits de leur but initial : être lu par tous et de manière apaisée. L’auteur sait pourtant qu’il n’est personne et qu’il n’est pas en mesure de faire la morale. Je voudrai toutefois rappeler que les propos ne sont pas un travail de recherche universitaire, et que par conséquent la raison est parfois dépassée par la passion, à mauvais titre peut-être. L’auteur écrit autant avec sa tête qu’avec son cœur. Aussi comme je l’ai déjà évoqué ailleurs, les idées ont ici autant d’importance si ce n’est moins que le cheminement qui les amène. Les propos sont comme le reflet d’une pensée en mouvement, parfois contradictoire, parfois paradoxale, mais une pensée qui essaye au mieux de se justifier. Aussi, s’il est clair que j’attache une grande importance du rapport entre la parole et l’acte, et que je considère que dire engage à agir, j’averti toutefois le lecteur qu’il faut mieux éviter, pour construire une vraie conversation philosophique, de produire une argumentation ad hominem, c’est-à-dire d’attaquer celui qui énonce une idée sur sa propre vie, et préférer une argumentation ad rem, c’est-à-dire qui porte sur les idées elles-mêmes, et qu’il est plus productif de s’intéresser à ce que peut valoir telle idée indépendamment de l’auteur qui l’énonce. C’était toute la démarche socratique, et je m’en veux de trahir ce maitre. Evidemment que la vie de l’auteur n’est pas toute rose, évidemment qu’il y a des contradictions entre l’acte et la parole, néanmoins l’écrit permet aussi d’orienter son éthique et de partager ces idées noires, ces nébuleuses passions qui nous animent, de montrer qu’il s’agit là de choses humaines, bien humaines, et qu’il faut mieux les voir et les combattre (si besoin) que de faire comme si elles n’existaient pas et de se laisser gouverner par elles. Et comme il arrive de se tromper dans ses choix, ils arrivent de se tromper dans ses idées. L’important est d’apprendre de ses erreurs.

Je constate aussi que l’on peut tenir deux propos totalement différents selon la situation à laquelle on l’applique. Par exemple : oui voler est moralement condamnable, mais oui voler peut aussi être moralement acceptable. C’est pourquoi la philosophie ne prétend point dire la vérité universelle, elle prétend juste la rechercher, et j’essaie autant que possible de la mettre en lien avec des situations de vie qui parleront à chacun.

L’auteur a aussi conscience que ses propos chocs n’atteignent pas le but escompté. En effet la provocation plaira et suscitera l’adhésion de ceux qui pensent déjà de la même manière alors qu’elle produira le rejet de ceux que l’on voudrait convaincre. Il y a une forme de condescendance dans la provocation, mais d’une certaine manière elle atteint aussi son but quand elle amène une réaction, même s’il s’agit là d’une réaction de colère, en ce qu’elle pointe et au oblige à réfléchir sur un sujet, le point de départ pour se remettre en cause. Le premier mouvement est souvent de colère et d’indignation, mais quand les passions se calment et que la raison redevient reine, l’on finit par voir le vrai dans ce qui d’abord nous contrariait. Je voudrai pourtant des propos plus sage, et je sais parfaitement que je n’atteindrai pas le cœur en visant la raison. L’amour ne se convainc pas pour mon plus grand malheur.

Pour terminer ce mea-culpa, j’ai conscience de la répétition excessive de mes marottes et du retour des mêmes exemples, notamment en matière de sentiment. J’ai aussi conscience que si j’éprouve le besoin ici de réexpliquer les propos et de justifier ma démarche c’est que ceux-ci ne sont pas clairs par eux-mêmes et qu’ils ne résisteraient pas longtemps à la critique construite d’un grand philosophe. C’est pourquoi je continue d’écrire, pour m’améliorer pour me corriger, et croire qu’un jour je parviendrai à atteindre une forme de pureté qui inspire le respect. Le chemin est encore long mais si dans dix ans je me retourne sur mon propres travail, sans doute le trouverai-je ridicule, mais peut-être, aussi, que je n’aurai pas à en rougir.

05/10/2018

 

Sur devenir auteur

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L’écrivain, Albert Anker

J’ai pris la mauvaise habitude d’écrire mes propos d’un trait et de les publier aussitôt. C’est une erreur ! Non pas que les fautes d’orthographes et autres coquilles se glissent ici et là, quoi qu’à la relecture elles piquent les yeux, mais essentiellement par l’absence de style et d’harmonie qui ressort de mes textes. Ces écrits sont dans l’ensemble lourds à lire, denses, saccadés, faisant appel à de nombreuses références et suivant une argumentation peu nourrie, bref, on s’y perd facilement.

Je me suis déjà expliqué sur ce qu’est un propos et sur la forme que je voudrai leur donner. Un propos est la retranscription d’une pensée saisie sur le fil, d’une pensée en mouvement, malléable parce que battue à chaud. Aussi un propos ne se veut jamais définitif.

Hormis quelques grands génies qui avaient le talent de pondre de très beaux textes d’un seul jet sans aucune retouche, Stendhal me semble t’il, je n’ignore pas que tous les autres ont travaillé d’arrache pied pour construire leur écrits, mot après mot, phrase après phrase, tel Flaubert dont la légende raconte qu’il criait chacun de ses textes pour s’assurer de leur mélodie. Ecrire, réécrire, épurer, effacer, recommencer, la beauté des plus beaux romans vient des heures de travail qu’ils ont nécessité. Tout l’art du génie est là, cacher le temps de labeur de l’œuvre finale, faire croire à la simplicité des années d’élucubration.

Je voudrai que ces propos soient vifs et saillants, qu’ils interpellent le lecteur en même temps qu’ils l’apaisent. Je voudrai des propos où femmes et hommes puissent se reconnaitre, eux et l’intimité de leur pensée, et je m’adresse surtout à ceux qui se sentent résignés, seuls, las, tristes, animés par des passions contraires, mais aussi qui ont envie de respirer, de s’autoriser à penser, de s’alléger l’âme et de ne plus rester effrayés devant leurs sentiments.

Je sens bien que je ne pourrai atteindre ce but qu’en me détachant petit à petit de mes propres passions et de ma propre expérience, passant du particulier au général. Il s’agit de s’extrapoler pour viser l’universel en l’homme. Est-ce seulement possible ?

Les propos commençaient en 2014/2015 étaient et sont pour moi un exutoire, c’est-à-dire la possibilité d’écrire ce que je ne pouvais dire à l’oral, mais j’y remarque bien trop de passion et de ressentiment pour pouvoir prétendre atteindre la grâce et la sagesse des textes d’Alain. Chaque propos ont ceci en commun que d’être animés contre la pensée facile, contre le cela va de soi, et toute cette bien pensance qui nous culpabilise d’être traversés par de mauvais sentiments et de mauvaises idées. L’humain c’est la complexité même où blanc et noir ne s’affrontent point. Aussi je n’ai jamais aussi bien compris Nietzsche que dans ces périodes de tourment. Renier ce qui nous anime en bien comme en mal, c’est renier la pulsion de vie qui nous habite, c’est nous rendre malheureux. Et je comprends désormais la différence entre l’homme fort d’avant Socrate, et le renversement des valeurs par cette morale d’esclave qui commença après lui. Etrange, j’ai beaucoup lu Nietzsche, mais il m’a fallu vivre certaines expériences pour pouvoir réellement le comprendre. Pour faire une comparaison avec ce sentiment, je n’ai de la même manière compris l’expérience du sublime chez Kant que ce jour où je me suis retrouvé sur une plage, au bord d’une mer déchainée, sous un vent d’enfer et un ciel gris d’orage, alors que les vagues s’élevaient de plusieurs mètres au dessus de la rive et retombaient dans un fracas de tonnerre. Ce fut sublime car depuis ma berge, malgré le danger, je me sentais en sécurité face à cette puissance de la nature qui rappelle au spectateur à quel point il est si petit.

Génie ou pas, il faut écrire tous les jours disait Stendhal ; là est le secret. Et comme je n’ai aucun talent ni aucun génie, je ne peux qu’espérer à force de travail et de répétition parvenir à offrir aux lecteurs des textes clairs, plaisants et saisissants, quoi que pleins de bon sens et d’intelligence.

Quand le long des étagères des libraires je vois ces livres qui se vendent, la médiocrité de leur contenu dans un style des plus bateau, pourquoi ne pourrai-je pas espérer écrire des textes d’une meilleure qualité sans que cela ne fusse pompeux pour autant ? Quand je vois la difficulté et le temps qu’il faut pour écrire un texte, j’ai souvent du mal à croire que certain soient les auteurs de leur livre (ou de leur musique), surtout quand je les entends parler.

17/08/2018

Pensées de passages n°2

 

–          La grossesse accouche de la bêtise. Aussi voit-on de jeunes femmes jouer à la maman comme elles joueraient à la poupée. Elles se sont trompées de jouet.

–          Un enfant tout juste né n’est beau que pour les hypocrites et les niais.

–          Devenir mère n’est pas une obligation. Mieux vaut s’abstenir si l’on n’est pas à la hauteur de la tâche.

–          Il est plus facile et plus plaisant de faire un enfant que de l’éduquer.

–          Certaines femmes se glorifient d’avoir beaucoup souffert à l’accouchement. Si c’était chose si terrible, elles s’arrêtaient au premier.

–          Les parents ne peuvent rien exiger de leur enfant. L’enfant n’est pas un mini-moi dans lequel l’adulte se projette.

–          Il est pénible de devoir subir la conversation des femmes enceintes. L’on vole au-dessus des pâquerettes et en dessous des couches culottes.

–          Où est l’harmonie d’un ventre bedonnant?

–          Les jeunes parents exhibent fièrement leur progéniture comme si elle était la plus belle chose du monde. C’est oublier qu’ils n’y sont pour rien. Leur seul mérite est de s’être accouplés. La nature a fait le reste.

–          Accoucher c’est offrir la mort. Ne soyez pas si pessimistes.

–          Faire un enfant ne fait pas de vous le centre du monde.

–          Disons le, l’obésité n’est pas une fatalité. Si tu es obèse, c’est avant tout à cause d’une mauvaise hygiène de vie acquise depuis l’enfance. Il ne sert à rien de se réfugier derrière la génétique. L’histoire te contredira, et la mal bouffe aussi.

–          Certaines cultures aiment les gens obèses, non pas parce que c’est beau, mais parce qu’elles associent cela à la richesse. C’est qu’il faut avoir était bien maigre pour apprécier une chair grâce.

–          « La vie c’est comme une boite de chocolat, ca dure moins longtemps chez les gros » Elodie Poux.

–          Arrêtons de trouver des prétextes quand le seul véritable prétexte est notre propre nonchalance.

Le carnaval de la République

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La République Française rêvait d’éblouir le monde par la grandeur de sa liberté et de la paix retrouvée. Une éducation pour tous, le droit à la santé, une souveraineté citoyenne, elle inscrivait sur ses frontons : Liberté, Egalité, Fraternité.

En 1793 les armées de la République, fortes d’environ trente mille hommes, entraient en Vendée sous la conduite du général Turreau. Leur objectif, réprimer la révolte des royalistes religieux vendéens contestant le pouvoir de Paris. On se souviendra de ces tristes colonnes sous le nom des colonnes de Turreau, ou des douze colonnes infernales. Un bain de sang recouvrit la Vendée. Viols, massacres, carnages, les colonnes vendéennes n’avaient rien à envier aux Waffen SS Totenkopf cent-soixante ans plus tard. On estime qu’au moins deux cent mille Vendéens sont morts ou disparus, écrasés sous la botte d’une république naissante, soit ¼ de la population de la région. Cette histoire peut être à nuancée, elle ne pas être aussi terrible que je l’écris[1], cela n’empêche pas l’idée que la République est née avec des horreurs des plus innommables.

Au même moment Robespierre faisait éliminer les « ennemis » de la République. Entre dix mille et cent mille hommes sont guillotinés car susceptibles de ne pas soutenir l’entièreté de la Révolution Française. Révolution qui n’a de française que le nom, puisque la majorité du soulèvement à lieu à Paris où l’on va substituer au pouvoir parisien, un autre pouvoir parisien, au nom des peuples de France.

L’histoire ne s’arrête pas là. En 1971, après la défaite des armées française face à Bismarck, la commune de Paris s’organise autour d’un modèle libertaire anti-jacobin. La République Française, incarnée par Adolphe Thiers, s’enfuit à Versailles. Quel étrange symbole que ces prétendus républicains réunis dans le château du Roi Soleil et qui feront, en moins d’une semaine, exterminer jusqu’à trente mille parisiens, allongeant des enfants de cinq ans le long des murs pour les fusiller comme traites à la nation Française.

De 1900 à 1914, des mouvements libertaires, anarchistes, d’inspiration communarde, s’étendent en France et dans d’autres pays de l’Europe. En même temps, Jaurès s’insurge contre l’éventualité d’une guerre et milite pour l’alliance de tous les ouvriers du continent. Il est assassiné un jour avant la mobilisation générale. L’assassin, Raoul Villain, sera gracié en 1919. La République Française envoie des ouvriers, des agriculteurs, des artisans, des enseignants, patauger dans la gadoue des tranchées et se faire tirer comme des pigeons, pendant que les femmes s’engouffrent dans les usines, au nom du drapeau tricolore. Combien de politiciens enfouis sous terre, combien de fils de politiciens, de fils d’industriels, de fils de banquier ? Les pauvres gens servent de chair à canon pour la nation. Mais de quelle nation parle-t-on ? Comment une nation digne de ce nom peut-elle envoyer ses enfants mourir au combat ?

L’empire Français a fait appel à des milliers de colonisés pour défendre ses couleurs. Quelle récompense pour ces français morts pour leur patrie ? Ils ont eu le droit de se taire. La République n’aurait-elle pas mieux fait de consolider cet Empire par la reconnaissance du sacrifice des colonies? Elles finiront par s’en aller.

En 1940 l’Allemagne nazi envahit une France lasse de la guerre, c’est la déroute, l’humiliation, la résignation. Le gouvernement de Vichy met alors en place la collaboration. Il organise la rafle et l’exportation des Français de confession juive pour satisfaire les intérêts des teutons à croix gammées. Le collaborateur n’est pas seulement un mouchard, c’est un lâche prêt à trahir ses frères pour sauver sa peau.

L’ombre de la honte plane sur chaque décennie de la République Française. Les belles idées des Lumières, les grands principes de la révolution, ont été étouffés dans l’œuf. Il n’ont jamais vu le jour, confisqués par quelques-uns qui toujours les dépouillent à leurs avantages. Ce qui aurait dû être une fête est un cimetière où défile le carnaval de la République, un carnaval drapé du sang des morts pour la France. L’histoire se répète, les petits gens meurent pour les intérêts des hommes de pouvoir. Mais combien de Thiers, de Pétain, de Clémenceau, avons-nous vu sur les champs de bataille, prêts à mourir pour les autres ? Où est passé de Gaulle, ou est passé Césars, l’épée à la main, en lutte avec un adversaire pour montrer l’exemple à leurs hommes ? Un chef ne devrait jamais exiger de ses subordonnés qu’il fasse ce que lui n’a jamais fait.

[1] Magazine Guerre et Histoire n°42 Avril 2018

08/08/2017