Sur l’orthographe

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D’où nous vient cette malicieuse condescendance dont on fait preuve devant les erreurs orthographiques d’autrui ? Croit-on que corriger la mauvaise syntaxe d’un mot permet d’affirmer une quelconque supériorité intellectuelle ? Ne rappelle-t-on pas à l’autre son à l’autre son ignorance ? Je devine dans le regard de quelques correcteurs une certaine fierté dissimulant à peine une moquerie quand ils ont su rajouté le s manquant à la fin du mot.

Beaucoup maitrisent l’orthographe sans maitriser la langue, et beaucoup maitrisent la langue sans maitriser la pensée. Savoir écrire n’est pas penser. Inversement, quelques-uns ne maitrisent ni l’orthographe, ni même parfois la langue, mais savent faire preuve de raison et d’une finesse d’esprit.

L’auteur est lui-même en lutte avec les mots et la syntaxe. Il oublie les règles et les accords, et quand bien même la règle est dans la tête, elle disparait de la feuille, si bien que chaque mot est sujet à l’erreur. Se relire lui est coûteux, et il n’y voit que du feu quand les fautes piquent les yeux. Ce n’est sans dire que j’ai pourtant, depuis le berceau, ingurgité des milliers de livres, livres de jeunesse, bandes-dessinées, romans, œuvres philosophiques, historiques, scientifiques, poétiques, théâtrales, sans compter les revues, les journaux et autres articles. J’ai écris des milliers de textes, romanesques, philosophiques, poétiques, et ce d’autant plus que j’ai fais des études de philosophie et qu’aujourd’hui j’enseigne la langue et ses règles à des enfants. Je fus le premier peiné par ces fautes qui jonchaient à chaque ligne mes copies, de ces documents officiels que l’on doit rendre, et encore aujourd’hui à travers ces Propos que je destine au regard du plus grand nombre. Leur style s’affine et progresse plus vite que ne s’améliore mon orthographe.

Qui pourrait me regarder dans les yeux et affirmer que je n’ai ni un minimum d’intelligence, de culture, de savoir ou encore que j’ai l’esprit étroit, borné et que je manque de vocabulaire ; plus encore, qui pourrait justifier cette médiocrité qu’il m’attribuerait en la liant avec cette difficulté pour faire rentrer l’orthographe dans les mots malgré l’étude de la langue ?

Demandez aux pseudos défenseurs de la langue de justifier leur acte de correcteur et vous y verrez essentiellement un mouvement d’orgueil. C’est qu’à vrai dire, ils n’en savent rien eux-mêmes. Après les avoir interrogé (cf Propos du 01/11/2015), notamment des enseignants chercheurs en littératures, j’ai dû faire mes propres recherche pour trouver une justification qui vaillent la peine de me convaincre, notamment grâce à Alain, avec cette idée que l’orthographe est une marque de politesse envers celui qui vous lis. Rien de plus.

Ecrire, ce n’est pas parler. Or les Propos s’écrivent en flirtant sur la frontière entre l’écriture et l’oral, en cherchant l’équilibre entre la spontanéité de la pensée et sa reformulation. C’est beaucoup mentir, car écrire une pensée, c’est déjà la retravailler, c’est déjà l’avoir fixée, quand la pensée originale, elle, est déjà ailleurs. L’oral, c’est l’expression directe extériorisée de la pensée, ou toute pensée est la formulation interne d’une idée utilisant les structures du langage. Aussi j’essaie d’écrire comme si je parlais. Or mon parlé à quelque chose de campagnard, de rugueux, manquant de raffinement, parfois abrupte, mais visant l’essentiel. L’écrit a un avantage pour celui qui écrit, laissé paraitre une seule idée à la fois quand dans l’esprit les idées fusent. Et c’est tant mieux, surtout pour le lecteur.

16/03/2019

Sur l’enfance

ENFANT L
Lewis Hine

 

Les enfants que nous étions ne sont jamais bien loin des adultes que nous sommes devenus. Ne sommes-nous pas animés par le secret bonheur de retrouver ces joies de vivre que l’on a connu, ces petits instants que nous gardons comme un cadre accroché aux parois de notre crane ? Retournons-nous un jour dans cette salle de classe avec ces petites tables qui nous semblaient si hautes, avec ce vieil arbre encore debout au centre de la cours et cet escalier dans lequel nous sommes tombés, et nous voila tout émus.

Et cette mousse au chocolat, n’est–elle pas semblable à celle que me servait mamie ? Et cette chanson, n’est-ce pas ma première chanson ? Tout est bon pour revoir le monde avec les yeux de notre jeunesse. Tant de choses semblent ne point avoir bougées quand nous avons tant changé. Evidemment que nous en sommes émus; nous saute au visage toute notre impuissance pour saisir les aiguilles du temps les arrêter éternellement dans ce passé dépassé.

 L’enfant, sur la photo noir et blanc, le regard fixe, comme inquiet, sous son béret à la mode de l’époque, cet enfant qui a toute la vie devant lui, savait-il ce qu’il allait devenir ? Prévoyait-il ce qu’il allait traverser, les hommes qu’il allait rencontrer, les mauvaises actions qui allaient l’encombrer ? Cet enfant qui aujourd’hui, des dizaines d’années plus tard, est sur son lit de mort, de quoi rêvait-il ? Comment peut-on en vouloir à un enfant pour ce qu’il allait devenir, fut-il le plus grand des tyrans ? Les photos nous rappellent que le monde n’a pas besoin de nous même si nous avons besoin de lui.

Notre enfance n’est jamais loin, elle nous rattrape parfois quand nous nous y attendons pas. Nous, les adultes réfléchis, qui avons des responsabilités, des devoirs et des obligations, nous qui prenons des décisions et qui gérons des enfants, des adultes, des vieillards, nous qui sommes si sûr et certain de nous, voila que l’on croise un jour une très vieille connaissance, une personne qui elle-même était à notre place quand nous étions enfant, qui nous éduqua avec bienveillance, qui nous aima, la maman d’un copain, un vieux maitre d’école, une nourrisse, un collègue de papa, et nous nous sentons redevenir  tout petit devant-elle, nous redevenons le petit garçon ou la petite fille que nous étions, penauds et timides, comme quand l’on se cachait derrière les jambes de notre mère parce qu’un adulte nous faisait une blague et qu’on ne la comprenait pas.

Agrippés à notre doudou, on avait toutes les excuses du monde, on était fatigué, et on nous le pardonné. Il arrivait que nos parents nous portent jusqu’à notre lit, ils rabattaient la couette jusqu’à notre cou, et l’on s’endormait paisiblement loin des soucis.  

Les adultes que je côtoie semblent  prémâcher le travail des enfants, ce qui n’est point leur rendre service. « C’est trop dangereux », pensent-ils, « trop difficile », pour un gamin de huit ans. Mais n’ont-ils pas ce souvenir d’avoir été eux-mêmes capables, quand ils étaient très jeunes, de faire certaines choses sans l’aide de personnes, surtout quand ils en avaient envie, même si dans ces choses il y eut quelques bêtises et un peu de danger ? Il suffit de montrer une ou deux fois à l’enfant, il suffit de lui faire comprendre que ce n’est pas un jeu, et il saura se débrouiller, d’ailleurs il a envie de se débrouiller et d’apprendre à faire seul. L’enfant est très sérieux, il ne joue pas quand il a des responsabilités entre les mains.

27/10/2018

 

Aux enseignants, pour une école républicaine.

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L’écolier embarrassé, J. Geoffroy

Il est faux de dire que l’Education Nationale prend en compte le bien être des élèves et de ses futurs citoyens. Une éducation digne de ce nom ne se soumettrait pas aux impératifs économiques du pays. La refonte de l’Education Nationale mériterait qu’un gouvernement consacre toute son énergie à ce seul objectif pendant toute la durée d’un quinquennat. C’est une, si ce n’est la, priorité nationale.

Je propose ici quelques pistes de réflexion qui permettraient d’organiser différemment l’Education Nationale en suivant les valeurs de la République, c’est-à-dire dans le but de former des citoyens éclairés. Je ne me préoccupe pas du coût financier d’un tel projet et me contente d’exposer des idées concrètement réalisables.

Un des premiers problèmes pour un enseignant soucieux de bien faire son travail est le nombre d’élèves pas classe. La proposition des CP et CE1 à douze va dans le bon sens. Mais il faudrait élargir cette mesure de la maternelle au lycée. Quand j’avais fais remarquer à un syndicat d’enseignants que ce devrait-être leur première revendication avant la revalorisation des salaire, ces derniers m’ont gentiment envoyé paitre sous entendant qu’enseigner dans une classe de vingt-cinq élèves avait toujours été la norme. Que cela fut, c’est une chose, mais est-ce une raison pour ne point en changer ? Les élèves d’aujourd’hui ne sont plus les élèves d’hier. Moins autonome, moins soucieux du respect, beaucoup ont besoin d’une aide individualisée et d’un suivit particulier. Impossible de permettre à un enfant en réelle difficultés de s’en sortir dans une classe de vingt-cinq gamins turbulents.

Au lieu de fermer des classes et les petites écoles, le gouvernement ferait mieux de rouvrir les écoles de village. Mieux vaut avoir dix ou douze élèves avec des écarts d’âge que vingt gamins incapables de rester en place deux minutes si l’enseignant n’est pas derrière leur dos. Des effectifs moins chargés pour des ambiances de classe plus sereines, voila le minimum pour ne pas dégouter les élèves de l’école et l’enseignant de son travail. Au moins pourra-t-il se sentir utile. On en arrive à avoir des écoles primaires à plus de trois-cent élèves, de vraies usines à gaz où les enfants s’entassent comme du bétail. Mais l’école, ce n’est pas une usine. On ne produit pas en quantité, on y vise exclusivement la qualité.

Après l’allègement des classes et des écoles elles-mêmes, le deuxième axe prioritaire, à mon sens, concerne le temps de travail et l’emploi du temps des élèves. Ce dernier n’est absolument pas fixé selon le rythme des gamins, mais selon le rythme économique de la société. Il faudrait penser à décharger les journées. Par exemple, les élèves pourraient ne travailler que le matin. L’école donnerait ensuite le relais des apprentissages aux associations sportives et culturelles, créant un lien direct entre les clubs et le milieu scolaire. Le temps que l’on perd l’après-midi pourra être repris sur les vacances. Avec des journées plus courtes et moins fatigante, les élèves et les enseignants n’auront plus besoin de deux mois de pause en Juillet/Aout. Un mois suffira. De la même manière les vacances de zones n’ont absolument aucun intérêt pour les enfants. Aucun.

Dans ce troisième temps mon propos s’appuie sur l’idée directrice que l’école républicaine doit être pensée comme l’institution qui forme les futurs citoyens. Former un citoyen, lui permettre de devenir indépendant, c’est aussi lui apprendre à se détacher de sa famille. La famille a son importance dans l’éducation d’un enfant, en bien comme en mal. L’école doit permettre aux élèves ne partant pas avec les mêmes chances de départ d’avoir les mêmes chances de réussite. C’est pourquoi il faut qu’il y ait une vraie coupure entre la famille et l’école. La famille ne doit plus avoir autant son à mot à dire sur ce qu’il se passe à l’école. Elle doit s’occuper d’éducation quand l’école s’occupe d’instruction. Permettre aux parents d’avoir un regard sur l’école c’est aussi aller à l’encontre de l’autorité des enseignants. Bien sur que bien des parents soutiennent et vont dans le sens des maitres. Seulement dans le cas inverse cela pose problème, notamment quand un enseignant est décrédité par les parents. Il faudrait que les familles fassent confiance à l’école, et pour cela il faut leur proposer une institution forte.

A dans la continuité de cette idée on peut envisager de rouvrir des internats assez tôt dans la scolarité, pourquoi pas dès le primaire, au moins dès le collège. L’école peut-être pensée comme un lieu de vie avec des règles et non plus seulement comme un lieu d’apprentissage. L’internat permettrait d’éloigner les enfants de leur condition sociale pour leur offrir les moyens de développer leur intelligence, de pratiquer des activités qu’ils ne pratiqueraient pas autrement, en résumé de s’assurer l’épanouissement des futurs citoyens en minimisant l’handicap familiale. Oui, les collèges et les lycées pourraient devenir des lieux de vie où le bien-être de l’enfant et l’apprentissage de la vie en communauté seraient la priorité. A défaut de fabriquer de nouveaux grands pôles éducatifs, envisageons de réhabiliter les châteaux du patrimoine Français et leur superbe parc pour en faire des établissements d’éducation et d’apprentissage de premier ordre. Les enfants seraient bien mieux là bas que dans leur foyer à regarder la télévision ou à squatter sur leur portable.  

Le quatrième point consisterait à changer le regard que porte l’enseignement sur l’apprentissage et les filières techniques. Il faudrait que ces filières soient des filières de prestige, et non plus les considérer comme le ramassis des échecs scolaires. Allant avec cette idée, rehausser le niveau du bac général devrait-être une mesure à prendre. Ne permettre qu’aux élèves aptes pour passer ce diplôme, sans être contraint de rendre cet examen excessivement facile, de s’y inscrire. Et s’il faut prévoir une année de formation supplémentaire pour une remise à niveau.

Bien évidemment que d’autres mesures sont à envisager, comme permettre à chaque enfant, entre ces 14 et 25 ans, de partir une année scolaire complète dans un pays étranger pour y apprendre une langue. La coopération européenne prend alors tout son intérêt. On peut imaginer qu’il faille nécessairement avoir fait cette année, prise en charge par l’Etat, pour valider un quelconque diplôme aussi bien général que professionnel, ou pour être admis dans telle formation.

Mes propositions ne sont pas utopiques ni irréalisables, mais elles demanderaient à un gouvernement soucieux de la démocratie de s’y pencher sérieusement. L’épanouissement de des citoyens est le principal souci de tout état démocratique, et il n’est pas normal que seul des régimes autoritaires aient réellement su mettre en place des mesures motivantes pour leur jeunesse.

26/10/2018

 

 

Sur la gentillesse et la naïveté

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En matière d’éducation, comme dans la vie, la gentillesse est loin de passer pour une qualité première. Être naturellement gentil, c’est être naturellement porté vers la délicatesse et à la bienveillance. Cependant il arrive qu’avec la gentillesse vient aussi le risque de se faire marcher dessus par des personnalités un tant soit peu égocentrique. La gentillesse n’est appréciée et n’est rendue que par la gentillesse. Par exemple, quand vous commencez à mener une classe d’enfants, si on désir établir des règles de vie propices au travail et au respect des élèves les uns envers les autres, la gentillesse est d’abord un obstacle. Les enfants savent se saisir de cette opportunité qu’est un enseignant trop gentil pour établir leur loi au détriment de l’adulte. Le groupe enfant est plus fort que l’enseignant seul. C’est pourquoi, quelle que soit votre personnalité, vous devrez apprendre à feindre la colère, inspirer la crainte, et imposer la rigueur par le travail. C’est une prévention nécessaire si par la suite vous voulez être gentil.

 L’enfant ignore qu’apprendre à obéir est une condition nécessaire pour apprendre à devenir libre. Plus tard, adulte, il sera capable de dire « non », non pas poussé par cet instinct animal impulsif, mais par réflexion et avec raison. C’est en apprenant à se soumettre à la règle que l’on peu ensuite se créer un espace de liberté. Vous ne me ferez pas croire qu’un seul enfant est un être libre. Qui peut être libre soumis à ses passions ?

 Attention toutefois de ne pas confondre la gentillesse avec la naïveté. La naïveté consiste à croire sans interroger, à faire confiance sans recul, et ainsi, à se laisser manipuler de bon cœur. Par exemple un homme naïf est comme suspendu aux lèvres de son amante, admiratif de sa femme comme un chien admiratif de son maitre. Il pourra accomplir la sale besogne, perdre ses amis, ou se laisser maltraiter, tout en trouvant des prétextes pour défendre sa pauvre compagne qui, à l’inverse, satisfait son besoin de puissance en abusant de la naïveté de son compagnon. A noter que la naïveté énerve et exaspère car, à un certain degré, la naïveté rapproche d’avantage une âme de l’ineptie que de la sensibilité poétique.

 Comme le naïf, le gentil est de prime abord animé par une intention bienveillante. Il voit le bon en l’autre. Mais à la différence, il est capable d’un recul nécessaire vis-à-vis des influences négatives. La gentillesse ne va pas sans une certaine forme de raison. Aussi, si gentillesse et naïveté se confondent étroitement chez un enfant, elles sont séparées à l’âge de raison par l’intelligence.

 

04/10/2018

 

Sur le dilemme de la tristesse

 

Une âme chagrinée trouvera toujours comme réconfortante une oreille attentive. C’est l’occasion de nouveaux amis. Alors que nous avons le cœur en peine, un homme, une femme, capte nos émotions, les entend, les comprend, et les comprend d’autant mieux que cette même personne a déjà traversé cette rivière de calvaires. Elle est donc en mesure de nous aider à dresser un pont. C’est là l’important quand une oreille nous écoute, nous permettre de sortir de l’eau. Mais n’arrive-t-il pas que ce qui commence par nous sauver peut finir par nous détruire ? N’arrive-t-il pas que l’on se complaise à exprimer nos émotions et qu’à force de nous alléger l’esprit en parlant de notre tristesse on en oublie concrètement d’agir ? Et quoi de mieux pour oublier sa peine que l’action ? Quand un enfant vient vous voir pour une égratignure de l’âme, comment tromper ce faux malheur sinon en le remettant au travail. Intéressons le à autre chose et vous verrez que la blessure n’en était pas une. Au contraire si vous portez trop d’attention à sa balafre, vous obtiendrez l’effet inverse, c’est-à-dire que vous l’alimenterez au lieu  que l’enfant apprenne à surmonter sa peine. La douleur est d’autant plus douloureuse qu’on y prête attention.

Toute la difficulté consiste à comprendre le véritable tourment de l’enfant. Mais d’expérience les enfants en souffrance, comme les adultes qui plus est, ne sont pas souvent ceux qui viendront se plaindre. Tout se passe comme si l’affliction nous enlevait la parole. Ceux qui vous parlent en permanence de leurs problèmes sont généralement ceux qui n’ont pas beaucoup matière pour se plaindre, car comme l’écrit le philosophe: « légers, les soucis sont bavards, immenses, ils se taisent ».

Maintenant comment agir face à la peine de l’autre ? Bien sûr montrer qu’on la comprend, qu’on la respecte, mais cela veut-il dire qu’il faille s’apitoyer sur son sort ? Vous ne ferez pas oublier la tristesse d’un homme en lui parlant de sa tristesse. L’ami qui réconforte le mieux est celui qui détourne votre regard de votre peine. Chose ardue, certes, en ce que l’on voudrait montrer notre compassion en partageant les pleurs, mais en matière d’éducation il ne s’agit pas de compatir avec l’enfant, il s’agit de le faire grandir.

Je connais une enfant particulièrement triste. Elle cache cette dernière émotion derrière un large et faux sourire. Néanmoins ce maquillage de l’âme ne trompe point. Cela était facile à comprendre tant la situation de cette jeune fille, gentille et travailleuse par ailleurs, et de celle que l’on voudrait éviter pour nos propres enfants. Je disais donc que je connais sa tristesse. Mais qu’y a-t-il de mieux pour elle ? Dois-je vraiment lui en parler, la voix tremblante sur une corde de violon, dois-je lui rappeler qu’elle est triste en m’apitoyant sur son sort ? Pour sûr que si cette enfant vient me voir je l’écouterai. Mais mon travail, je crois, plus encore mon devoir, n’est pas de m’agenouiller à ses côtés et de la prendre dans mes bras pour pleurer avec elle, non, mon devoir est de lui donner les moyens de surmonter sa tristesse en élevant son âme. C’est en l’intéressant à autre chose que petit à petit elle va apprendre à mettre de côté ce poids qui l’alourdie ses jours. Cette enfant va comprendre avant les autres enfants du même âge que la tristesse est quelque chose de tous les jours et qu’il faut parfois vivre avec. Elle va comprendre avant les autres enfants du même âge qu’il existe des situations où un bisou magique ne suffit pas pour chasser la douleur, qu’il existe des choses dont on ne peut rien faire, mais que pourtant la vie continue. Cette enfant sera sur ce point mure avant l’heure.

Que puis-je faire d’autre ? Je ne peux que l’aider à grandir, je ne peux que l’aider à laisser l’eau couler sous les ponts, l’aider à se saisir des armes qui lui permettront de parcourir un bout de vie. Je ne peux que lui apprendre à guider ses émotions à l’aide de sa raison. Or ce n’est pas en recueillant tout son chagrin que je l’aiderai à élever son âme, et ce n’est peut-être pas ce qu’elle attend. Je partage sa tristesse, je la comprends, mais c’est en restant digne et en la guidant par la raison plus que par l’affecte que j’aiderai au mieux cette enfant à se faire une place dans l’existence.

03/10/2018

Sur le choix des enfants en pédagogie

 

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En instruction l’enseignant ne laisse pas le choix à l’enfant, il l’oriente dans un ensemble de directions déjà décidées et posées en amont. Il ne faut pas croire que les pédagogies telles que les proposes les écoles Montessori seraient des pédagogies du choix où l’enfant déciderait par lui-même de ce qu’il voudrait apprendre ou non ; au contraire elles usent d’autres moyens afin de parvenir aux mêmes objectifs que l’enseignement traditionnel mais en diluant l’aspect autoritaire et hiérarchique de cette dernière à travers une organisation et un ensemble d’activités prédéfinies par l’enseignant.

Tout d’abord la question du choix dans l’éducation est une fausse question. A la vérité les enfants ne savent pas ce qu’ils veulent, et si on leur donné le choix ils pourraient passer du coq à l’âne au gré de leur désir. Au contraire la pédagogie consiste à fixer un cadre qui sert de point d’appui pour les apprentissages. C’est tout l’exemple de la rédaction. Dites aux enfants d’écrire à partir de rien et vous aurez de belles pages blanches, alors qu’au contraire une situation initiale déjà posée par l’enseignant oriente et inspire l’imagination des écoliers.

En outre les enfants ne vont que vers ce qui les intéresse, bien loin des exigences de l’instruction. En effet l’instruction doit veiller à enrichir l’enfant d’un savoir qui ne le stimule pas spontanément, et ainsi lui permettre de trouver des plaisirs (et des déceptions) que l’enfant  n’aurait pas connu s’il avait seulement été là où ses désirs le guidé.

C’est tout le mal-être de la pédagogie moderne. Il faut intéresser l’enfant pour capter son intention et susciter son envie d’apprendre. Seulement il y a une contre partie. Comme l’écrit Alain : « Le défaut de ce qui est intéressant par soi est que l’on n’a pas de peine à s’y intéresser, on n’apprend pas à s’y intéresser par volonté ». Apprendre, c’est apprendre à vouloir, c’est se forger volonté. La volonté se forge dans la nécessité, fasse à l’obstacle et fasse à la contrainte. Se forger volonté signifie savoir briser les chaines qui nous plaquent au sol, savoir accepter l’obstacle et essayer de l’affronter, de le contourner ou de le surmonter, au lieu de reculer, de baisser les bras et de lui tourner le dos. L’on apprend à devenir combatif en combattant, on apprend l’adversité dans l’adversité, l’on apprend à devenir libre en comprenant ses limites ; les enfants à qui tout est dû seront aussi moues et malléables que des poupées gonflables, ou à l’inverse, frustrés et emportés devant le moindre petit accro de la vie.

De plus une pédagogie qui entend orienter l’enfant selon ses intérêts suppose déjà de connaitre l’enfant. C’est « placer la charrue avant les bœufs », car c’est justement en l’instruisant que l’on apprend à connaitre l’enfant, c’est en lui faisant pratiquer la géométrie ou la philosophie que l’on pourra lui dire s’il est géomètre ou philosophe. « C’est en forgeant que l’on devient forgeron », et nul ne sait pour quoi il est fait avant d’avoir pratiqué. Quand tu auras étudié pendant cinq ans tu sauras mieux pourquoi tu es fais et pourquoi tu n’es pas fais. En attendant étudie.

13/09/2018

Sur faire des enfants

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Un enfant n’est pas encore née qu’il rend déjà niais tout ceux qui l’entourent. Il remplit malgré lui des conversations vides et creusent portant autour des couches culottes et des landaus ; à peine voit-il le jour que l’adulte le place au centre du monde. Et l’on se plaindra d’une société d’égoïste où chacun ne s’occuperait que de son propre ventre ? C’est que nous aidons les enfants à se sentir comme des rois. C’est un fait proprement culturel que ce nouveau rapport entre les parents, les grands parents et leurs enfants.

Chez les !Kung, tribut du désert de Kalahari, la mère, quand elle sent la grossesse arriver à son terme, s’en va seule dans le désert afin d’accoucher. Elle dispose ensuite du droit absolu de vie et de mort sur le bambin juste né. Soit qu’elle décide de rentrer au village avec, et ce cas le bébé est considéré comme un humain, soit qu’elle n’en veut pas et elle le laisse au charognard. Personne ne viendra le chercher, et personne n’en voudra jamais à la femme. Ici naitre ne fais pas d’un homme un Homme.

Longtemps l’idée de mort était associée à l’enfance, non point à la vieillesse. Longtemps la mort était chose enfantine, et il y a moins de cent année, sur une histoire de plusieurs milliers de siècles, que l’enfant est devenue un être important à protéger.

Mais personne n’est moins objectif que de nouveaux parents ou de nouveaux grands parents. Il se peut au fond que les enfants soient moins bien considérés que par le passé dans la mesure où ils ne sont plus d’emblés perçus comme des individus à part entière mais d’abord comme les prolongements de leurs parents.

Au cours d’un séjour à l’hôpital j’eu l’occasion de discuter avec un garçon peu plus jeune que moi qui m’avoua être terrifié par l’idée de faire des enfants. Non pas égoïstement terrifié, ce qui voudrait dire barbé par le faite de devoir consacrer du temps à ses enfants au profit de son propre temps, de régler son horloge quotidienne sur le rythme des bambins (tout le monde n’a pas la chance de pouvoir se payer une nounous à domicile), mais terrifié pour deux autres raisons. La première était une vision pessimiste de l’avenir. Il pensait que s’il offrait la vie, il offrirait en même temps un cadeau empoisonné à ses propres enfants et qu’il était égoïste et indigne de mettre au monde d’innocents êtres sur une Terre en dérive. Seulement cette idée, noble si je puis dire, est un mauvais pari. Et si le monde et l’humanité continuaient de tourner dans mille ans ? Et si ses enfants étaient capables de s’adapter et de porter les valeurs essentielles qui leur aura transmis? Doit-on laisser le monde à ceux qui le détruisent ? Ce sera leur combat, et à lui en tant que père de leur fournir les armes pour changer le cours des choses. Plutôt que de rêver coloniser Mars pour sauver l’humanité, appliquons nous à PRENDRE SOIN de notre planète.

La seconde raison était beaucoup plus intime et liée à son état de santé. Je peux juste vous révéler que ce garçon se sentait mal dans sa peau. Aussi était-il persuadé que ses enfants seraient nécessairement laids, quoi que le père ne fût pas vilain garçon. Plus encore il était persuadé que ses enfants seraient comme bizarres de la même manière que lui se sentait bizarre, d’autant plus qu’il imaginait les élever un peu à la marge des us et coutumes modernes. Plutôt que de voir souffrir ses enfants d’une forme de solitude que lui ne supportait pas, il préférait ne pas en faire. Je lui disais au contraire qu’il fallait que ce soit un homme comme lui qui en fasse pour ne pas laisser les poules pondeuses répandre leur vipérine dans les valeurs sociales. Comme avec le pouvoir, ce sont ceux qui n’en veulent pas qui seraient les plus aptes à gouverner.

Ce même garçon se sentait abandonné de ses amis.

– « Ils me disaient « Prends soin de toi », m’expliqua-t-il. Prends soins de toi, mais qu’est-ce que sa veut dire ? Continua-t-il. C’est une formule creuse et vague, aussi creuse et vague que le « ca va » pour dire bonjour. Personne n’utilisait cette formule il y a cinq ans, c’est un truc à la mode comme la barbe, les tatouages et le quinoa. Prends soin de toi, d’accord, mais comment je fais ? En vérité cette formule traduit plutôt un certain « débrouille toi pour bien te porter, mais ce sera sans moi » ». Puis il ajouta : « C’est paradoxale, ne trouvez-vous pas, que d’utiliser cette expression, car prendre soins, c’est avant tout prendre soin d’autre chose que nous même ».
– « Ne penses tu pas, lui demandai-je, que les personnes qui utilisaient cette expression voulaient réellement que tu te portent bien, mais qu’elles se sentaient impuissantes, dans leur traintrain quotidien, pour te venir en aide ? Pouvaient-elles seulement t’aider ? »
– « Bien évidemment qu’elles le pouvaient, me répondit-il, je voulais juste un peu de compagnie, mais cette compagnie je ne l’ai pas trouvé chez elles. C’est là que l’on repère les amis, les gens au grand cœur, et ceux de peu de valeur centrés sur leur propre existence ».

Je me demandais ce que voulais dire se décentrer de sa propre existence, je me demandais si cela était seulement possible dans un univers comme le notre ? Mais je n’eu pas l’occasion de lui poser la question. Je sais seulement que ce garçon se sentait mal, mais qu’en plus, du point de vue d’autres personnes, c’est comme s’il était coupable de sa maladie. Double peine, le monde est parfois d’une bêtise cruelle.

11/09/2018

 

Sur l’école de la vie

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Boy’s papou

L’école est une institution acquise. Qui pour remettre en cause la légitimité même de l’école ? Le terme d’école provient du latin schola, c’est-à-dire le « loisir consacré à l’étude ». Apprendre est un loisir, et un loisir est censé être agréable. Tout homme qui comprend éprouve le plaisir ultime qui est le plaisir de la connaissance.

Avec la Troisième République l’école est devenue une obligation. Deux motifs ont poussé les gouvernements à organiser une école Républicaine. Tout d’abord, le motif officiel et rêve de Victor Hugo, l’école devait protéger les enfants de la dure loi du travail. On comprit qu’il était inadmissible que la jeunesse soit condamnée à l’ardeur du travail, travail d’usine, travail de mine, travail d’esclave pour un gagne pain malheureux. Il faut comprendre que les ouvriers depuis la révolution industrielle étaient moins bien traités qu’une bonne partie des esclaves de l’Antiquité ou que des serfs du Moyen-âge. Quand aux Gaulois, eux, cent-soixante-quatre jours par ans étaient des jours fériés, sans travailler, soit la moitié d’une année. Les hommes n’ont jamais autant travaillé que depuis la prise de pouvoir des machines, machines censées leurs faciliter la tâche. Nous sommes comme subordonnés aux exigences de ces nouveaux maîtres froids, sans sentiment aucun. C’est là toute la merveille de la technique. L’intelligence est toute dans la machine, et nous, nous restons sots. Aussi fallait-il libérer les enfants de cette galère.

Mais le vrai motif des gouvernements était d’inculquer l’esprit de nation afin 1) de préparer à la revanche contre l’ennemi Prussien, 2) de prévenir toute tentative de nouvelle commune semblable à celle de 1870. L’histoire enseignée dans les écoles républicaines était l’histoire de la glorification de la nation, c’est l’invention du mythe nationale, une volonté politique délibérée dont vous retrouverez facilement des traces historiques. Il fallait unir le peuple et l’école était un parfait outil pour atteindre ce but. Seulement depuis ce temps l’école inculque des connaissances et la soumission, non pas l’intelligence et la libération.

La première vérité que je voudrai faire émerger est que l’intelligence ne s’apprend pas à l’école. Un individu peut se passer du système éducatif et pourtant développer son intelligence. Est-ce un don de la nature ? Est-ce une question d’environnement social ou de confrontation aux difficultés de la vie ? Nombre d’élèves s’engouffrent dans les classes de la primaire jusqu’au lycée, s’engorgent de connaissances qu’ils sont capables de recracher un temps sans pourtant être en mesure de les réutiliser afin de faire des liens entre les choses et de questionner le monde. Aussi arriver à l’âge adulte ils se contenteront de réaliser leur travail sans s’arrêter un instant sur la porté morale de leur action. Apprendre par cœur des théories mathématiques, des règles de grammaires, des lois scientifiques, du vocabulaire étranger, des dates historiques, etc., offre un vain contenu à l’intelligence si cette dernière n’est point exercée, leçon que l’on n’a pas su retenir de Montaigne quand ce dernier écrivait « mieux vaut une tête bien faites que bien pleine ». Mais j’en arrive désespérément à penser que l’intelligence ne s’apprend pas.

D’autant plus que dans tous ses élèves qui vont l’école, si une moitié y va le cœur joyeux, l’autre moitié y va à reculon, se sentant obligé d’aller dans ce lieu de contrainte et de déplaisir où seule la récréation intéresse. Peut-être que cette obligation à des effets positifs, mais aussi, je crois, elle dégoutte de l’instruction, car les enfants ne comprennent vraiment l’importance de l’école que quand ils ont compris la dureté de la vie en dehors des études.

Il faut protéger l’enfant de la corruption sociale écrit Rousseau, et pour ce faire le laisser se développer à son rythme et face à la nature. Nul besoin d’école pour apprendre à lire, à écrire, pour apprendre les sciences, car l’enfant sera demandeur de lui-même de toute ces choses le temps venu. Aussi Auguste Comte partageait cette idée avec Rousseau qu’il ne servait à rien de faire des sciences à l’école avant un certain âge, au alentour de quatorze ans, quand l’enfant arrive de lui-même devant un problème qu’il voudrait résoudre. Ne l’obligez pas à se lever pour alle s’enfermer dans une classe, laissez le jouer, laissez le gambader et profiter de sa jeunesse. Je ne développe pas plus et vous laisserai lire plus en détail les auteurs concernés. Je devine déjà les critiques de psychologues. Mauvais pour l’enfant, l’apprentissage avant six ans, idée utopique, etc. On ne sera jamais.

Dans son livre Le monde jusqu’à hier, Jared Diamond compare des sociétés traditionnelles de Nouvelle Guinée avec la société industrialisée. Tout d’abord la considération que portent les adultes sur les enfants est bien différente des notre. Je cite : « On considérait que les jeunes enfants étaient responsables de leur propres actes et autorisaient à faire presque tout ce qui leur plaisait. Par exemple, si un enfant jouait prêt du feu, les adultes n’intervenaient pas. En conséquence, beaucoup d’adultes dans cette société portaient des cicatrices de brûlures héritées de leur comportement dans l’enfance ». Pas de surprotection castratrice et aseptisant. Les enfants y sont libres, réellement libres. Après un passage qui explique pourquoi la frustration, et notamment la frustration sexuelle, n’existe pas dans ce genre de société, Jared Diamond relate le récit de jeunes enfants papous forcés d’aller étudier dans les pays industrialisés. Tous parlent d’un calvaire. Enfants, ils faisaient ce qu’ils voulaient du levé au couché du soleil, jouant en permanence avec les autres enfants de la tribu, jouant à tous les jeux possibles, sans réelle restriction de temps. Les garçons deviennent des hommes progressivement. Un jour ils jouent à la chasse, le lendemain ils accompagnent leur père dans la forêt, et les voila rentrant dans le monde adulte.

Certains de ces gamins, souvent les enfants des ethnologues qui avaient grandis dans ces tribus, ont du suivre leur parents dans un monde qui oblige les enfants à se lever pour aller à l’école. Tout n’y est que contrainte, obligation, ingurgitation de choses dont on ignore l’utilité, et ces enfants se sentent privés de leur jeunesse. Aussi leur adaptation à ce nouveau milieu est très difficile.

J’ai longuement défendu l’école, dans mes propos, valorisé son apport sociale. Mais je voulais aujourd’hui réfléchir sur l’école comme instrument de soumission démocratique. Je perds espoir en cette institution en ce qu’elle ne rend ni plus heureux, ni ne garantie la paix, ni ne protège de la bêtise. L’école n’a pas plus résorbé le chômage que ne l’ont fais en ces dix dernières années les grands cadeaux aux entreprises. Combien d’étudiants sortent des études avec un master en poche et un poids chiche dans le cerveau ? Les papous n’ont qu’une seule obligation. Manger. Pour cela ils chassent. Chez nous la chasse est un loisir. Mais nous sommes soumis à de nombreuses obligations inutiles. Et on ne peut rien n’y faire.

28/08/2018

Sur le maitre d’école

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A. Anker, école de village en Forêt-Noire, 1858
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F. Bergamini, Une précieuse leçon.

Je me souviens d’un grand père, il y a longtemps déjà, qui me contait ses histoires de jeunesse, ses bêtises d’enfant, et surtout qui me parlait de son maitre d’école avec une voix nostalgique. Il y avait dans ses paroles de grand père un regard d’enfant. Il évoquait ses souvenirs de classe avec une grande admiration pour son enseignant et on sentait dans ses mots tout le respect que l’enfant avait eu pour son maitre. Aussi je n’aurais point été étonné de voir ce grand père redevenir l’enfant à l’écoute de son maitre si ce dernier avait surgit de nulle part à cet instant.

C’était à une époque où « maitre » signifiait encore quelque chose. C’était l’homme qui devait apporter le savoir aux enfants pour que ces derniers puissent s’émanciper par l’instruction C’était à une époque où l’on croyait encore en l’avenir par la force de l’éducation, une époque où l’école républicaine était républicaine, c’est-à-dire une institution respectée qui avait pour but d’instruire de futurs citoyens par la raison et les sciences, c’était avant que l’école échoue à réduire les inégalités sociales, avant que l’école ne se soumette aux lois du marché et du divertissement,  à une époque où la politique avait une vision d’avenir pour sa jeunesse, avant que l’école ne se soumette à la patte de l’opinion familiale à laquelle on donna un droit de regard sur tout, c’était à une époque où la famille n’avait pas sa place à l’école, c’était à une époque la famille éduquait alors que l’école instruisait.

On ne peut pas en vouloir aux enfants de manquer de respect vis-à-vis des adultes, ils n’ont que le comportement que les adultes eux-mêmes leur ont permis d’avoir, rois des enfants rois. Aussi beaucoup de parents qui ont connu une forme de misère essaient d’éviter la même claque à leurs enfants. Seulement l’expérience me prouve que ce n’est pas les aider. Les âmes les plus mûres sont aussi les âmes qui ont côtoyés la rudesse de la vie.

C’était à une époque où l’enseignant était profondément attaché à un lieu. Sa fonction suffisait à imposer le respect, parce qu’on croyait encore que la République choisissait les meilleurs pour instruire les enfants.

Ce qui m’a toujours effrayé dans ce métier c’est l’exemplarité du fonctionnaire. L’on demande aux enseignants d’obéir et de se conformer aux règles de l’Etat. Mais à quel point ? Si l’état se transforme en dictature totalitaire, l’enseignant doit-il d’abord respecter son travail de fonctionnaire et se soumettre à sa fonction, ou à ses risques péril continuer d’enseigner selon les valeurs qui lui semblent dignes et nobles, telles les valeurs de la République ?

Fort heureusement nous n’en sommes point là, mais ce n’est guère mieux. L’éducation nationale est dans une situation où elle fait comme elle peut, se dépatouillant avec ce qu’elle a. Seulement le rôle des enseignants a perdu de sa grandeur. Et je suis même effaré de voir l’absence de science, de culture, et d’art, et surtout de valeurs collectives et de solidarités, de bon nombre des enseignants d’aujourd’hui. Certain ont autant de culture que leur élève, et la réflexion d’un cul de poule (je ne voulais pas médire sur nos cousins chimpanzés). Je ne sais pas si on peut bien faire son métier dans de telles conditions, même je suis persuadé que de nombreux élèves apprennent beaucoup en présence de tels enseignants. Seulement j’avais cette idée qu’enseigner était un acte révolutionnaire par excellence. Or finalement l’école remplie des boites de conserves qui seront prêtes à rentrer dans la vie économique et à se soumettre aveuglément tant qu’on leur offrira du pain et des jeux sans bouleverser leur confort de vie. L’école ne produit pas de futurs citoyens, elle produit de futurs consommateurs. Nous sommes entrain de fabriquer en masse des générations d’abrutis. L’éducation inculque des connaissances sans inculquer d’intelligence. Mais si l’éducation oublie de donner des habitudes d’esprit pour acquérir des connaissances et se former au jugement alors elle loupe son but. Tous reconnaissent en théorie l’importance de l’intelligence mais peu l’entrainent à la pratique, parce que l’on sait qu’il est difficile de manipuler les hommes sachant penser par eux-mêmes. Apprendre à lire et à compter n’est pas apprendre à juger et à se former une opinion indépendante. Loin de former à la liberté de l’esprit, il arrive que l’école devienne un obstacle à cette formation, surtout quand le fonctionnaire rempli parfaitement son rôle de messager de l’Etat.

Evidemment j’exagère. Déjà j’ai pu constater dans la jeunesse des âmes instruites et respectueuses, âmes malines et créatives. Aussi l’espoir n’est pas éteint, car comme l’écrit le poète Hölderlin « Là où croit le péril croit aussi ce qui sauve ». A chaque époque des âmes libres ont su émerger, à chaque époque des génies ont su sortir du rang. Et il faut espérer que certains instituteurs puissent donner un léger coup de pouce, aussi minime soit-il, à ses âmes qui ne demandent qu’à se libérer des servitudes de leur temps.

25/08/2018

Sur l’intelligence et l’école

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On ne naît pas plus intelligent  qu’on ne naît idiot. C’est là une vérité mal comprise. L’intelligence n’est pas chose innée. Elle a besoin d’être guidée, d’être orientée, d’être confrontée. Aussi l’on ressemble plus qu’on le croit aux personnes que nous fréquentons. Notre famille, nos amis, notre compagne, nos collègues, tout ce beau monde peut aussi bien nous rendre meilleur qu’il peut nous maintenir dans les basses sphères de la bêtise. C’est la force de l’émulation et le danger de la foule.

Prenez une classe. Tout d’abord je ne suis pas persuadé que l’intelligence des élèves se reflète dans les notes. Il y a là deux choses différentes. La note symbolise la capacité d’un élève à avoir intégré, mémorisé, et retransmis la logique d’un exercice précis. On peut parler d’une intelligence scolaire, mais la mémoire seule ne fait pas l’intelligence. Pouvoir résoudre un problème de maths ne montre en rien votre capacité d’analyse, et plus encore, votre capacité à lier différents savoirs entres eux et vous construire une éthique à partir de là. Alain écrit avec justesse que chacun est intelligent en son domaine. Mais je pense qu’il loupe une forme d’intelligence plus générale qui est l’intelligence de vie, c’est-à-dire savoir distinguer l’important de l’inessentiel. Car si l’intelligence ne permet pas de mener sa vie en toute sérénité, alors mieux vaut être un imbécile heureux. Et remarquez qu’à l’école, les élèves emploient parfois plus d’ingéniosité à faire ou à raconter des bêtises qu’à faire leurs devoirs. Or l’enseignant ne peut pas évaluer cette intelligence là.

 Deuxième point, il arrive fréquemment que « l’intello » d’une classe soit traité de « chouchou » du maître. L’idée que je veux faire ressortir ici est la frustration et l’envie que procurent les capacités d’un autre que nous nous n’avons pas. C’est qu’à défaut de pouvoir atteindre ces mêmes capacités, il est plus facile de rabaisser celui qui est en réussite. Et si jamais ce dernier est capable de prodige, alors la communauté le nommera génie. C’est oublier que la plupart du temps, à quelques exceptions évidentes, l’intello et les génies sont avant tout des acharnés du travail. Aussi j’entends des parents dire que tel enfant a des capacités, parce qu’il réussit relativement bien sans grand travail. Tout le problème est là, car les capacités ne se révèlent que par le travail. Je ne connais pas d’œuvre artistique géniale qui se soit construite en un jour, ni d’étudiants des « grandes écoles », de médecins, d’astronautes, etc., qui doivent leur succès seulement à leur capacité ou leur fortune et non pas grâce à leur labeur. Le génie est l’adjectif des gens médiocre qui ne veulent pas reconnaitre le travail de l’homme génial. Et l’on reconnait un esprit médiocre en ce qu’il juge négativement sans connaitre. Les philosophes sont dans leur « tour d’ivoire », la philosophie « ne sert à rien ». Si Nietzsche ou Wittgenstein prononcent ces phrases, elles sont lourdes de sens, mais quand elles viennent de personnes incapables de comprendre la préface d’un livre philosophique, alors je décèle une grande frustration. Mais il en va pour tout et pour rien. Il est plus facile de juger que de faire l’effort de comprendre.

L’école se doit de réparer ce défaut de société en enseignant ce vers quoi l’enfant n’irait pas par lui-même au premier abord. L’art du maître est l’art d’intéresser. L’école Républicaine vise la raison des futurs citoyen, et non pas l’affection des futurs consommateurs. Aussi cette idée de dire à un enfant « ca ne se passe pas comme ca dans le monde du travail » n’est pas adéquate en ce que l’école n’est justement pas le monde du travail. L’élève y est là pour apprendre ce que le monde du travail n’apprend pas, et non pour ramener un salaire à la maison.

C’est pourquoi c’est une grave erreur de confondre le travail de l’enseignant avec la vie de famille. Le maitre d’école est maitre d’école en classe, avant d’être père de famille, et les histoires de famille restent aux grillent de l’école. L’affection familiale n’a pas sa place ici. Hélas, réformer l’école n’y suffirait pas, car ce sont toutes les mentalités sociétales qu’il faudrait changer, chose impossible dans un pays libre. 

Tous avons en mémoire un maitre ou une maitresse qui nous a marqué en bien. Avec lui ou elle on se sentait devenir intelligent. Ce sont parfois  des professeurs sévères que l’on estime le plus. Malheureusement l’école ne peut pas tout, et la famille a trop d’importance sur le développement des enfants.  Bourdieu montrait déjà dans les années 80 comment l’on avait tendance à reproduire le même schéma familiale que celui qui nous a vu naitre. Il en va de même pour l’intelligence. Celle-ci a besoin d’une émulation, et qui n’est pas entourés de personnes intelligentes se retrouve rapidement à nager dans les eaux obscures de la torpeur. Nous avons tous en tête une amie ou un ami qui semblait plein de promesse mais qui des années après est devenue très différent, trop différent. Histoire de trajectoire familiale, peut être, mais aussi de couple. Je remarque qu’un juste équilibre se trouve, et l’on finit par adopter la curiosité du partenaire, comme l’on finit par adopter son indolence et sa bêtise.

30/07/2018