Exercice de style

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A.Lynch, Springtime

Voila le génie, c’était un grand peintre mais un petit homme, on s’ennuyait à ses côtés, lui qui révélait le paradis d’un trait.

Donnez tout à vos enfants et ils ne vous rendront rien, tenez les par la bride, et ils viendront vous lécher les mains. Ce n’est pas leur père qu’aimaient les filles du père Goriot, mais l’or de leur père. L’argent y corrompt jusqu’aux âmes les plus innocentes. Il ne peut naître de noblesse dans un esprit à qui l’on cède tout, la frustration n’est pas une partie de la grandeur. Les plus généreux céderaient jusqu’à leur vie pour aider leurs amours, voilà des pères, voilà des mères, voilà l’idée ; mais dans cette vie et sur cette terre, qui n’a rien n’est rien, et l’on s’efforce de tout avoir pour sembler être. On comprend, avec Balzac, que les vérités du cœur ne mentent pas, qu’un voile d’apparence ne cache pas, et que le bonheur tient tout entier au creux des mains.

Le  Paris de Rastignac n’est pas si différent du Paris d’aujourd’hui. Les livres et les traités n’y ont rien changé. C’est que l’homme ne change pas sa nature aussi facilement, serait-il fait de zinc, de fer et de carbone, aurait-il des neurones de fils et un cerveau artificiel, elle serait toujours la même, il en va de sa volonté comme de sa définition, une peau de chagrin, peau de Lichas.

Un homme qui ne haïrait pas, ne jubilerait pas, ne se morfondrait pas, ne s’extasierait pas, cet homme sans jalousie et sans envie, sans passions folles comme phare de sa raison, cet homme ne serait pas un homme mais un cadavre. Le désir est notre cause, notre vertu, notre substance, et nous pleurons encore, comme Eugène, d’imaginer des drames inexistants, de se cambrer, désespérés, devant l’échec d’une idée que l’on n’aurait pas encore inventée. La jeunesse n’a jamais les moyens de sa subsistance, mais elle en a toujours pour ses futilités. Il est bon d’être imbécile, d’éprouver le monde dans l’instant, au lieu de jeter dans l’air les songes de notre animosité, cela repose le cœur, cela repose l’esprit. Tout est là, dans l’instant, fait d’yeux, d’oreilles et d’odeurs. Il n’est point fatiguant de vivre au monde, il est fatiguant de l’imaginer changer. Nous le transformons d’un regard, lui qui nous transformera quoi qu’il arrive, il se transformera même sans nous ; il est bien plus et nous nous sommes si peu.

Ecrire une tragédie ne signifie pas adopter un style tragique, regardez Balzac, style joyeux pour histoires tristes. Ces récits où le malheur suinte jusque dans le style m’ennuient. Les écrivains se prennent pour des poètes et confondent l’histoire avec les mots. Nul besoin d’être un homme génial pour écrire une histoire géniale, nul besoin de raconter sa vie pour raconter la vie d’un autre. Je préfère mille fois la légèreté dramatique des malheurs de Dumas à nos prix littéraires lourdement écrits. Les uns sont pompeux quand les autres nous aspirent.

Il faut parfois des siècles pour écrire une belle œuvre. Tout ce qui est crée en un jour est généralement mauvais, de piètre qualité, oubliable au possible. Tout l’art du génie tient dans ses heures de travail. L’important n’est pas de croire que nous sommes un génie mais que l’histoire le dise.

A l’époque d’internet, les idées n’ont pas le temps de murir. Elles passent et trépassent, et rien de solide ne tient. Nous faisons reposer l’édifice de nos pensées sur des étangs de glaces. Hélas, l’hiver se meurt, nous ne connaîtrons plus que la chaleur et les idées qui lui siéent si bien, évaporées, asséchées, arides. L’on fait des drames de rien, mais mourir n’est pas un drame, autrement le monde serait déjà sauvé.

A peine pensé, à peine écrit, à peine publié, à peine oublié, tout le drame de l’esprit de progrès est là. L’idée s’achète et se vend, prend le large et s’échoue, figure de prou, Michel Onfray, piégé dans une toile plus grande que lui, Michel l’ancien, homme qui à personne ne doit rien.

L’esprit d’époque pense tout et ne pense rien, dit tout et ne dit rien. A peine avons-nous ruminé qu’il nous demande d’ingurgiter, et nous ruminons encore, bouillie sur bouillie, la gerbe de l’actualité, le ventre trop plein de pensées prémâchées. On ne sait pas ce qu’on mange ni d’où ça vient, mais on sait ce qui en sort et d’où ça sort. Il en va de la pensée comme de notre potager, préférez un petit lopin de terre, simple et modeste, élégamment entretenu par votre propre force, mouillé avec votre propre sueur, bêché par votre propre esprit, préférez le à une grandeur superflue que vous ne pourrez pas entretenir sans en détruire la vie. Récoltés de nos mains, après patience et labeur, les légumes n’en sont que meilleurs.

15/03/2020

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