Sur l’autorité et l’exemple

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Le roi danse, film

Ni la fonction ni les études ne sont garants de l’autorité ; l’autorité, ce pouvoir d’agir sur autrui, cette capacité à se faire obéir. De tout ce qui fait autorité, le critère essentiel réside dans l’exemplarité. Un homme non exemplaire n’aura plus que la contrainte et les menaces pour incarner le pouvoir que lui prête l’institution.

L’exemplarité est plus profonde qu’un apparat, elle ne tient pas que dans le costard ni dans la posture, sauf pour ceux qui ont quelque chose à vendre. Pour être exemplaire, il ne suffit pas seulement de lier les actes aux mots, d’agir guidé par une haute idée de la vertu, désintéressé. Si c’est là une base, une brique, l’exemplarité, pour se barder d’aura, nécessite une expérience de vie, un vécu, des drames et des combats.

L’homme qui parle, conseil et ordonne, doit savoir de quoi il parle, conseil et ordonne, non pas parce qu’il l’aurait appris dans des livres, mais parce qu’il l’aurait vécu de son propre son sang et avec sa propre chair. C’est le syndrome de l’enseignant formateur, on est porté à écouter davantage l’homme de profession que celui qui enseigne comment tenir une classe sans jamais avoir mis les pieds dedans. Le discours de l’homme d’inexpérience se risque à des fausses notes, une entourloupe qui nous fera dire en face de l’homme d’expérience, que lui il sait de quoi il parle, cela s’entend, cela se sent, cela se voit.

A la guerre comme au travail, le chef qui envoie ses hommes à la boucherie est un mauvais chef ; il faut avoir senti « l’odeur du napalm au petit matin », il faut avoir pioché, coupé, porté, soulevé, trié, en somme, sué, pour comprendre la peine que l’on demande à ses subordonnés. L’homme qui a frôlé la mort, qui a déjà fait l’effort, ne désir pas pour autrui les mêmes peines, ou c’est alors un homme malicieux. Il entend au contraire mettre en œuvre toute son expérience pour éviter aux autres les mêmes embûches sur le chemin.

Hélas, certaines embûches sont nécessaires pour se forger une volonté, et l’enseignant le sait. L’on affûte bien une lame que contre le roulement de la pierre, quelque chose doit résister pour qu’un esprit s’aiguise, vif, souple, apte à s’adapter sans se laisser périr devant le moindre obstacle. Toute raison n’est qu’instinct de survie. L’art du chef est de connaître les nuances, de savoir ce qui est faisable et ce qu’il ne l’est pas.

Tout le problème de la politique moderne et de nos jeunes chefs, pour certain d’entre eux, est que l’on sent qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent. Dans les ministères, les bureaux de cadres, et l’administration, là où l’on prône chaque jour la bienveillance et l’empathie, l’on ne gère ni ne traite des hommes, mais des chiffres, des numéros, et des idées. L’individu perd de sa substance pour gagner en abstraction, il devient un bout de papier dans les wagons d’Eichmann ; sa singularité s’étiolera d’autant plus que l’homme qui l’a en charge ignorera de quoi il parle. Aucun des mille dossiers que les enseignants doivent remplir sur un élève ne disent vraiment qui est cet élève, ni ne permet de le connaître.

Les années d’études ne remplacent pas l’expérience, et l’on apprend que trop mal à gérer des hommes dans un cours ou dans un livre. Le mieux étant de partir du bas, de connaître les rouages et les hommes à qui l’on a à faire. L’on sera d’autant plus respecté que celui qui attend qu’on lui prenne la main se reconnaîtra en nous comme un enfant devant l’adulte.

27/02/2020

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