L’école, l’exemple et la règle

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Pissarro, arbres en fleurs

Nulle parole n’égale l’exemple. Parler, discuter, moraliser, il n’est point nécessaire de pinailler pour enseigner ; dialoguer n’explique pas tout, ne résout pas tout, et il faut parfois savoir se taire, être exemplaire, afin de montrer la marche à suivre. Apprenons à redresser l’erreur par le silence.

Plus l’enseignant parle et moins les élèves travaillent. Ecouter est une chose, s’activer en est une autre. S’il suffisait de regarder le professeur les yeux dans les yeux pour retenir, les amphithéâtres seraient pleins de têtes savantes

Certains parents voudraient tout comprendre, tout justifier, tout pardonner, quand il faudrait laisser filer. Ils creusent la bêtise, la cernent et l’analysent, n’abusons point de l’empathie. La sévérité ne fera pas de vous une mauvaise mère ni un mauvais prof. La règle, c’est la règle, nulle besoin de la justifier quand elle est énoncée clairement. Règle de vie, règle de savoir, il faut parfois se contenter d’apprendre pour prétendre comprendre, et pour que l’élève remette en question la légitimité de la règle avec intelligence, encore faut-il qu’il l’ait compris.

Il peut être déstabilisant pour un adulte de ne pas se sentir encadré, angoissé devant la liberté qui lui est offerte (dans son métier par exemple), entraînant le devoir d’assumer. C’est une angoisse d’homme que l’on a toujours pris par la main. Il est encore plus compliqué pour un enfant en recherche de repères, neuf face au monde, de ne pas se sentir guider. L’enfant veut plein de choses et ne veut rien, la règle structure son cadre de vie comme elle structure sa pensée. Il faut lui apprendre à vouloir non par passion mais par raison ; volonté qui se forge que dans l’obstacle et la difficulté, non dans les désirs pleinement satisfaits. On ne muscle pas son biceps sans contrepoids et sans fibres se briser, il en va de même pour son cerveau.

S’affranchir d’une règle nécessite de l’avoir assimilée, autrement rien de bien ne tient. Toutes les mauvaises écritures se ressemblent écrivait Alain, et les génies de la littérature ont d’abord appris à écrire selon les règles communes avant de pouvoir les dépasser, devenir originaux, comme tout grand peintre, tout grand musicien, tout grand poète. L’on ne pense pas à partir de rien, et de ce que l’on pense, même à partir de notre seule expérience, beaucoup a déjà était partagé, vécu, écrit, peint, chanté, raconté, dans les belles et sombres pages de l’humanité.

N’attendez pas de l’école qu’elle fasse des miracles, elle ne corrigera ni les défauts de l’éducation, ni ne compensera une réelle inégalité des chances. Certains élèves ont, au cours de leur scolarité, davantage le droit à l’erreur, parce qu’ils ne sont pas seuls, pouvant s’appuyer sur leur famille en cas de coups durs, quand d’autres devront renoncer à leur projet, livrés à leur destin. C’est malheureusement une réalité.

L’erreur, maître mot de l’école ; l’élève plus que quiconque est autorisé à s’y tromper, et il faut beaucoup d’erreurs pour consolider un peu de savoir. Ne la confondons pas  avec l’échec, mais ne faisons pas non plus de l’échec un drame. Être en échec signifie ne plus pouvoir avancer dans un but précis. Mais c’est aussi l’occasion de recommencer la partie et d’emprunter de nouvelles routes. Il n’est pas grave qu’un élève redouble, loupe son BAC, se trompe d’orientation, à condition qu’il puisse rebondir pour tracer sa voie.

L’Education Nationale est sous pression, les élèves sont sous pression, les enseignants sont sous pressions, les responsables d’établissement sont sous pression, et l’on ne fait rien de bien sous une pression constante, si ce n’est s’agiter en tous sens pour créer un courant d’air qui remplit le vide de nos rondes. Il est pénible d’entendre ce discours, « l’école va mal », quand l’on voit sur le terrain une armée d’enseignants motivée par l’amour du travail bien fait. C’est que l’école est imprégnée d’une logique économique nauséeuse, c’est-à-dire d’organisation optimale en vue de flatter quelques chiffres statistiques. Il faudrait des élèves compétitifs rehaussant les courbes des graphiques. Certains voudraient que leurs enfants sachent lire alors qu’ils portent encore leur couche culotte. Etre le meilleur, d’accord, mais après ?

Qu’attend une société de son école, que désire-t-elle pour ses enfants ? Préparer les élèves à la vie d’adulte, former les élites de demain, offrir aux enfants le temps de grandir, d’apprendre, de se divertir par la connaissance ? N’est-il pas barbare d’obliger les marmots à se lever de bonne heure pour ensuite les contraindre à rester assis sur leur chaise ? Les livres sur la variété pédagogique foisonnent depuis des lustres, mais peu interrogent la forme même que l’on donne à l’école, ses enjeux, ses buts, car penser la structure de l’école, c’est penser la société dans laquelle elle s’inscrit, et l’on n’organisera pas l’instruction de la même manière selon les valeurs que l’on entend faire vivre. Remarquez que beaucoup aiment regarder les exemples des pays Scandinaves, mais ces exemples n’ont pas n’ont plus des prétentions de grandes puissances, être premier, second, ou troisième, peu leur importe contrairement à nous qui voulons avoir notre mot à dire sur la scène internationale. Est-ce là si important ?

14/02/2020

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