Sur l’homme de culture

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Plus nous nous ouvrons à l’horizon, côtoyant les diverses cultures des points cardinaux, et moins nous éprouvons l’envie de juger les hommes ; d’ailleurs, nous n’y sommes pas tenus. Nous apprendrons davantage au contact de nos semblables qu’à la lecture d’un livre qui traite des relations humaines, car si le livre nous offre une idée sur le monde, il ne nous enseigne pas comment nous y mouvoir avec notre propre chair et de nos propres neurones. Autrui porte en lui comme le reflet de notre âme, plus ou moins vif, plus ou moins saillant ; limoneux ou clair, en bien comme en mal, il suffit de garder un œil attentif et de tendre l’oreille pour savoir s’y reconnaître.

Quelle est la limite pour dire qu’untel est cultivé et que tel autre ne l’est pas ? Qui peut prétendre depuis son promontoire de culture (à part Natacha Polony et Yann Moix)  qu’une génération est davantage abrutie que ne l’est une autre ? Un élèves qui connaîtrait tous les personnages de mangas japonais mais qui ignorait le nom de Causette serait-il moins cultivé que l’étudiant connaissant la vie de Kafka mais pour qui le mot d’Orochimaru ne résonnerait dans rien ?

La culture ne se hiérarchise pas, ce n’est pas une quantité de connaissances que l’on emmagasine comme une réserve de livre sur des étagères ; elle est un lien entre un homme et son monde, et c’est pourquoi elle tient davantage dans les œuvres qui traverses le temps que dans les productions éphémères qui ne résistent pas à leur époque. Seulement nous ignorons encore qu’elles seront les grandes œuvres de notre présent, celles qui dans mille ans, illustration de notre siècle, feront toujours parler d’elles.

Horace remarquait déjà que le même mot est employé pour désigner cette consonance de ligatures qui unit les hommes à travers l’art et la création, et cette pratique qui consiste à ensemencer un champ. Culture et traditions, culture et laboures, culture et connaissances, dans tous les cas, il s’agit d’entretenir sa descendance à la lumière des savoirs anciens.

L’homme cultivé établit des liens, des passerelles et des ponts, entre les idées et les époques, éclairant ainsi son propre temps pour mieux s’y mouvoir, quand celui qui cultive la terre donne les moyens à l’esprit d’exister en nourrissant le ventre ; à la tradition d’enseigner ces mêmes moyens en rappelant ce qui résiste et ce qui s’étiole.

Mieux vaut peu savoir mais bien savoir ce que l’on sait que tout connaitre sans savoir ce que l’on connaît. Prendre le temps de lire un livre n’est-il pas plus enrichissant que de se contenter de retenir les titres de milles ouvrages sans en avoir ouvert une page ? Aucun doute, vous serez reçus aux concours et ferez bonne impression dans ces discussions où chacun se jauge à l’aune des points de culture qu’il ne possède pas. Préférait-on un petit jardin riche en couleurs, parfumé de fleurs que l’on connaît, abondant de vie et de rareté, ou préférait-on un grand champ monotone, rectiligne à perte de vue, là où chaque tige se ressemble et s’assemble pour dessiner une mer d’or nuancée d’amertume ? Comme en voyage et en rencontre, quantité n’est jamais qualité ; il en va de la culture comme de notre jardin, l’important est que l’on s’y retrouve, s’y balade, et s’y repose. Nul besoin de sillonner le ciel quand une seule fleur suffit pour embaumer un cœur.

10/02/2020

Un commentaire sur “Sur l’homme de culture

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