Sur penser la catastrophe et l’individu

des pommiers , Coucher du soleil , Eragny de Camille Pissarro (1830-1903, United States) | Reproductions D'œuvres D'art Camille Pissarro | WahooArt.com
Des pommiers, coucher du soleil ; C. Pissarro

Tant que la catastrophe ne s’est pas produite, l’alarmiste pourra répéter cinquante mille fois, « attention, attention, attention » ; et le jour où la catastrophe arrivera, il saura vous rappeler « je vous l’avais bien dit ».

Comment penser la catastrophe? Comment vivre avec l’idée de catastrophe ? Car si l’on ne s’en occupe pas, la voilà qui peut arriver (on se rendra blâmable de n’avoir rien fait), et que si l’on s’en occupe, s’évertuant à l’anticiper, à la prévoir, à l’éviter, nous vivons chaque jours avec l’idée d’une épée de Damoclès comme suspendue au dessus de nos tête pour un risque qui pourrait ne pas arriver.

Nous faisons un effort sur nous, prenons garde à notre consommation, au métier que l’on veut faire, à minimiser notre pollution, et voilà que notre journal préféré révèle un nouveau scandale sanitaire et environnemental. Nous adaptons alors autant que possible notre mode de vie, faisons davantage attention, quand soudainement les médias nous alertes de nouveau sur un éventuel danger cataclysmique d’une ampleur sans précédente, images à l’appui. Le danger nous suit comme une ombre et nous avons l’esprit point tranquille.

Nous avons l’impression d’être la cause des maux du monde, et sans doute le sommes nous un peu, mais aussi ne le sommes nous pas complètement. Le drame existe, partout, en tout temps, et alors que les chrétiens craignaient la fin du monde en l’an mille, coup de colère d’une apocalypse divine, nous craignons la fin du monde sous les ogives nucléaires et le désastre écologique. Le vrai enjeu n’est pas de savoir si le monde va disparaître, il est de savoir quand il va disparaître, demain ou dans un milliard d’années?

Peut-on dire « STOP ! Je n’en peux plus de me sentir coupable de simplement essayer de vivre dans le monde que l’on m’a fourni ». L’économie verte et le cycle court n’inventent rien, il suffit de retenir nos ambitions et de nous inspirer de la vie de nos arrières grands parents, plus proche de la nature et des hommes.

Les stoïciens nous incitent à vivre guider par cette pensée que JE vivrai de la même manière si JE devais mourir demain ou si JE devais mourir dans quarante ans. L’homme serein, guidé par la raison philosophique, a chaque jour le sentiment d’exister pleinement ; au chaud, derrière son bureau, la mort ne l’impressionne guère. Peut-être en serait-il autrement sous une pluie de balles, assourdi par les détonations et la mort de proches ; toujours est-il qu’à l’instant, je n’ai pas envie de m’encombrer l’esprit de mauvaises pensées. Quoi qu’il arrive demain, j’aurai bien vécu aujourd’hui.

Le problème avec la mort n’est pas tant notre mort (résolu par Epicure) que la mort des autres, ou, pourrait on dire, des êtres innocents : animaux, enfants, plantes, parents ; êtres rares car singuliers. Tout le drame est de vivre parmi les morts, or beaucoup sont morts pour que nous puissions vivre, mais il y a un ordre logique, les anciens doivent laisser leur place, et non l’inverse. La vie, c’est un peu comme une mouche sur un tas de crottins. Le vivant est plus précieux qu’un lingot d’or, et, il faudrait refuser, coûte que coûte, de lui accorder un prix.

La misère du monde nous est livrée sur un plateau repas, c’est plus que je ne peux en supporter ; mais j’ai cette idée qu’une société est faite d’hommes, et que la force de la collectivité peut absorber plus de coups que ne peut en subir un individu isolé. L’espoir n’est donc pas dans un homme, il est en nous tous. Un des plus grands génies de son temps, Descartes, peut aller se rhabiller. Le cogito n’est qu’un mythe, tout homme est homme du monde, personne n’est en mesure de créer sa pensée ex nihilo et à partir de lui-même, comme personne n’est en mesure de se faire « soi-même », ébranlant tous les fondements de nos croyances modernes sur le sujet et l’individu. Il ne faudrait pas dire « je pense donc de je suis », mais « nous pensons, donc nous sommes ».

09/02/2020

2 commentaires sur “Sur penser la catastrophe et l’individu

  1. Oui pensons collectivement. Remettons du commun à la société là où on nous en ôte un peu plus tout les jours. Arrêtons de culpabiliser mais en demander à nos gouvernants de gérer réellement les 75 % dont ils ont la charge : Cyril Dion dit que 25 % des problèmes d’environnement incombent à nos pratiques individuelles et le reste aux structures (industries, organisations…). Merci pour cette belle page philosophique. Belle soirée

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