Rêve d’enfant

L’enfant croit en l’homme et s’y attache, il voit le père comme un dieu et la mère comme son monde. Son cœur est rempli d’une confiance débordante ; la parole est d’or, ce qui est dit compte, engage, s’enveloppe de vérité et de certitude ; il ne connaît pas la trahison. L’âge de l’enfance est un âge religieux, là où l’univers se plie à la volonté, se modelant sur les monts de l’imaginaire, peuplés d’aventures et de rêveries ; quelques sanglots, quelques prières, suffisent pour se faire servir, se rassurer, et s’endormir.

Comment croire que l’homme se trompe, que l’homme nous trompe ? Le monde ne colle plus à nos idées d’enfant, il résiste, ne se tord point ; les forces du mal peinent à s’identifier d’un simple coup d’œil, par ouïe dire, d’un battement de cils. Le loup en devient fascinant, lui qui dans les contes tue par méchanceté, par plaisir, par goût du sang, le voilà désormais en proie à lutter pour sa propre survie ; ses victimes n’ont plus la chaire de l’innocence ni lui les crocs du diables. Pourquoi ai-je envie de faire du mal, de faire souffrir, pense l’adolescent, pourquoi cette confiance qui remplissait mon cœur s’est-elle purifiée en une eau boueuse et limoneuse ; ce pincement dans les côtes que je ne peux décrire, une admiration pour le noir et la nuit comme un cocon contre cette lumière qui me dévoile le monde, qui me dévoile les hommes.

Je me reconnais dans mon père, l’immortel devenu humain, il reflète mes faiblesses, le miroir de mon âme. Il n’était pas concevable que l’homme trahisse, s’oppose alors à la beauté du jour les tiédeurs de la nuit. Le cadavre attire le regard.  Il faut une force plus grande pour détruire un affect contraire, à un grand amour s’oppose une grande colère. L’enfant croit en ses parents, en ses professeurs, en ses entraîneurs, en ces parents de copains, à ses idoles, et tous ceux qui lui veulent du bien. Il n’était pas concevable que l’homme trahisse, abandonnant rêves et espoirs aux petites vertus pour ne plus s’attacher qu’à peu de choses. Il faut bien vivre !

Comment accepter que tous ceux en qui l’on croyait, tout ce qui nous a fait, aient pu être dans l’erreur, traversés de faiblesse ; que tout ce monde sur lequel on repose, se fonde parfois sur de la poudre et du vent. Il fallut accepter, concéder, abandonner, s’arracher une part de soit même pour continuer d’exister. Le mal n’est pas dans les choses, il n’est pas non plus en nous, sous la peau, dans les yeux, ni même dans cette mauvaise pensée qui nous attriste ; son existence est idée, conséquence de ce qui fait souffrir une âme.

Les rayons du soleil ne sont plus les galaxies de poussière, les nuages les peintures de nos songes, la classe a rétrécie, et l’homme a bien vieilli. Nous croyions que le monde était bon, nous voyons qu’il est neutre, neutre de tout sentiment et de toute passion. Nous projetons nos rêves sur les choses et y tenons dur comme fer, avant de comprendre que les choses ne partagent pas notre regard. La pierre n’est point habitée de sentiments.

Nous ne nous reconnaissons plus dans les enfants d’aujourd’hui. Nous n’avions pas le droit de gémir, il fallait attendre, notre avis importait peu ; on voulait pourtant transformer le monde. Mais maintenant que nul ne décide à notre  place, nous ne savons plus quoi vouloir, le monde se transforme sans nous, plus vite que nous, et nous n’avons pas la force de lui courir après ; ni les larmes, ni les pleurs, ne font revenir les dieux d’autrefois, nous sommes à nous même notre propre miracle.

02/02/2020

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Gotlib, Chanson rose, chanson mauve.

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