Sur la pénibilité du travail et le risque de l’investisseur

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Dupré

Nous avons cette vieille et fausse idée que les femmes, longtemps, restaient cloîtrées à la maison, à s’occuper du foyer, à récurer les casseroles, ou à nourrir les marmots ; pendant que les hommes travaillaient à l’usine, à la chaleur des fonderies, au fond de la mine, le visage noirci par la suie ou aux cadences des machines. Cette idée, entendez bien, est partiellement fausse. Lire Zola, Hugo, ou regarder les toiles de Dupré, de Millet, ou de J. Breton, montre que non seulement les femmes partageaient le labeur des hommes, en plus du ménage, mais que, en outre, c’est le propre de la misère que d’envoyer toute la famille trimer pour quelques sous. La retraite n’existe pas pour les classe laborieuse, ni même la scolarité des enfants. Beaucoup grandissaient dans les mines, les champs et les usines, et y finissaient leur vie. Encore aujourd’hui, cette vérité est la vérité de ce que l’on peut appeler le tiers monde. Être durablement une femme au foyer, c’était un privilège, nonobstant les valeurs que cette condition engage.

Le travail, du point du vue du salarié, est le moyen d’obtenir un salaire pour subvenir essentiellement aux nécessités de la vie. Du point de vue du capitaliste, c’est-à-dire de celui qui investit des fonds dans les moyens de production, le travail est le moyen de réalisation d’un projet, projet dont le but est l’accumulation d’un pécule, le profit ou bénéfices.

Le problème contemporain de la relation travail/capital, n’est pas qu’il y ait un retour sur investissement, mais que la marge de ce retour soit démesurément importante vis-à-vis des salaires versés aux travailleurs de bases, c’est-à-dire à ceux qui permettent à la machine de tourner.

Le capitaliste utilisera, entre autre, deux arguments pour justifier les profits. Le premier, qui ne nous intéresse pas ici, consiste à faire glisser le champ des bénéficiaires du capital vers une entité indéterminée, les « fonds de pensions », puis par digression, l’ « Etat Français », et donc l’ensemble de ses citoyens. Premier déni de réalité dont je laisserai l’analyse à la charge d’une économie critique et chiffrée.

Le second argument est celui du risque que prendrait l’investisseur. En mettant cette somme d’argent, dira-t-il, l’investisseur peut ne pas renflouer son porte-monnaie. Il prend donc un risque, c’est-à-dire qu’il encoure un danger.

Permettez-moi de ne pas croire  à la philanthropie du capitaliste. Qui investit ne le fait pas dans le but de donner du travail à ses concitoyens, mais bien en espérant avoir un retour sur investissement sans avoir à travailler soi-même.

Premier constat, observez-vous beaucoup d’individus autour de vous ruinés parce qu’ayant investi dans des actions ? Inversement, les emplois précaires et sous-payés, vous pouvez les voir dès que vous sortez dans la rue. La vérité est que les hommes qui engagent de l’argent dans les actions engagent généralement un surplus, c’est-à-dire une somme dont ils peuvent se passer pour survivre. Plus encore, quand vous investissez, vous êtes au courant du « risque », ce qui vous donne le droit de ne pas le prendre. Inversement, on ne travaille pas d’abord pour le plaisir, on le fait parce qu’on n’a pas le choix, et le risque du travail n’est pas seulement monétaire ; le travail use, il use la tête, use le corps, et use du temps. Qui va travailler n’a pas de temps pour lui, et au capitaliste de croire que la majorité des travailleurs s’épanouit dans son boulot.

13/12/2019

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Millet
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J.Breton

3 commentaires sur “Sur la pénibilité du travail et le risque de l’investisseur

  1. Cette question de la « valeur travail » a été abordé par des auteurs comme G. Anders, H.Arendt, ou Habermas. Vous trouverez précisément dans mon travail de 2015 ( https://lepetitcoinphilo.files.wordpress.com/2015/12/lindustrialisation-de-lesprit-nouvelle-version1.pdf
    ) un chapitre sur le renversement de la valeur travail. Le premier chapitre pour être exacte.

    Cependant j’ajouterai deux choses.
    Tout d’abord le constat que les machines n’ont pas « détruits » les emplois, mais les ont modifiés.
    Second lieu: que la machine peut être perçue comme libératrice à condition de s’accaparer le temps qu’elle libère d’une manière intelligente, ce qui n’est pas le cas, ni ne semble possible d’après ce même travail de 2015 à cause de ce qu’Anders appelle la « technocratie », c’est à dire la domination de l’univers des machine, selon son vocabulaire.

    Arendt, elle, distingue le travail de l’oeuvre, le travail étant cette production pénible et l’oeuvre la production de type artisanale où, dans une logique hégélienne, le travailleur (celui qui fait l’oeuvre) s’extériorise.

    F. Lordon souligne dans certains de ses livres, le rêve du néolibéralisme, faire en sorte que les salariés « s’épanouissent » dans leur activité, sous couvert d’une forme d’aliénation.

    Déjà aujourd’hui, beaucoup ne voulons pas « travailler », mais « gagner de l’argent suivant le moindre effort. A la vérité, la valeur que l’on accorde au travail dépend de l’histoire, je vous renvoie encore au premier chapitre de mon travail, (de jeunesse). Dans l’Antiquité Grecque, liberté et travail étaient incompatibles.

    Après, il est vrai, par exemple, que je passe beaucoup de temps à écrire, sans rémunération, mais que cela peut-être compris comme un « travail », en ce que cela requiert du temps. pourtant je le fais avec plaisir.

    Finalement, tant mieux que le travail de répétition soit affectée à des machines. Car il est difficile de vouloir bien faire les choses quand on trouve peu d’intérêt dans ce que l’on fait.

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  2. Merci de cette réponse circonstanciée. Je ne manquerai pas de lire le premier chapitre de votre travail.

    Il me semble qu’il y a, effectivement, une possibilité de libération de l’humain depuis l’arrivée des machines. Une possibilité qui voudrait que l’humain puisse sortir du rapport travail/argent pour se concentrer sur la création et la production d’œuvres.

    C’est certainement là que je trouve pernicieux le néolibéralisme: Faire de la créativité, un créneau supplémentaire d’asservissement à la relation travail/argent sous couvert de libération. Ou quand la production d’œuvres (re)devient « une tâche de répétition » (et donc plus du tout un travail de création).

    Je me demande si le revenu universel serait vraiment la panacée dans un monde néolibéral? Je creuse …

    Aimé par 1 personne

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