Ce que peuvent dirent des romans d’autrefois sur le monde d’aujourd’hui.

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Zola est d’autant un grand auteur que l’on reconnait dans son œuvre l’universalité de l’essence humaine. Lire les portraits qu’il dépeint, de Gervaise, de Nana, d’Etienne, de Denise ou des Maheu, c’est éclairer en miroir le fond de notre âme, c’est nous rappeler que l’homme évolue si peu que l’homme d’aujourd’hui n’est pas meilleur que l’homme d’hier.

Les grands commerces détruisent le travail des artisans consciencieux, les centres villes se vident et s’appauvrissent, la foule s’accumule au grès des parkings bétonnés, aux alentours des grandes surfaces, à l’extérieur de la ville, où des caissières surmenées sont payées à coup de lance pierre. Critique moderne du grand commerce, réalité présente de l’urbanisation grandissante, mais aussi, vérité d’époque, car c’est tout ce drame que brodait déjà Zola dans son Au Bonheur des Dames. L’histoire s’y déroule sous le Second-Empire, bien avant que Leclerc eut la bonne idée de créer des espaces « culturels » à côté de son rayon charcuterie et audio-visuel, là où les écrans plats vous rappellent que le mur de votre salon est trop petit, mais aussi que la qualité de l’image qu’ils projettent en myriade est capable de faire ressortir tous les défauts des décores et le mauvais jeu des acteurs.

Les enfants poussent sur la misère, dit madame Boche, comme les champignons sur un tas de fumier. Cette réplique tirée de L’Assommoir succède à l’idée que les gens pauvres, ceux qui n’ont même pas de pain pour manger, ne se privent pourtant pas pour se reproduire en masse. Propos qui saute aux yeux suite à une récente polémique sur le divorce et le SMIC, ou encore avec les mots de vieilles dames que je surprenais un jour, critiquant un clochard sur le bord du trottoir : « Et en plus il a un chien ! »

La question est importante, car il en va du sens des responsabilités. Peut-on moralement offrir la vie quand l’on sait qu’on n’aura pas les moyens d’extirper les enfants de notre malheureuse condition ? Inversement, peut-on interdire aux hommes d’engendrer ? Qui serait follement prétentieux pour s’arroger ce droit ?  Voyez que l’on touche là un enjeu des plus contemporain, et je n’ai aucun élément de réponse à vous apporter, sinon de croire que la République devrait au moins pouvoir sauver tous ses enfants.

Allumez la télé, vous pourrez tomber, à la fin d’un JT, sur un reportage abordant le rapport qu’entretient la jeunesse avec l’alcool ; « consommation dangereuse et irresponsable » dit le commentateur. Éteignez la télé, puis ouvrez Zola, toujours L’Assommoir, où vous pourrez lire, dans la bouche de la jeune Clémence (chapitre 5), ouvrière durant les années 1860: « Puis, vous savez, plus vite on est tortillé, plus c’est drôle… » De l’eau est passée sous les ponts, et manifestement, du vin dans les cruches.

Après Zola, Jules Verne. Il y a chez ce grand auteur quelque chose de détestable. La nature y est mise à disposition de l’homme, l’homme y chasse pour le plaisir de tuer, il chasse le lion, extermine le lynx, et abat même la girafe. « Vous finirez par vider la nature », dit pourtant le docteur Fergusson qui s’empresse néanmoins de facilité le tir de son ami en abaissant sa montgolfière. Toujours l’homme de science surmonte les difficultés grâce à la connaissance et à une bonne chance au hasard, mais l’homme s’y croit comme maître et possesseur de la faune et de la flore. Jules Verne nous apprend une chose d’incroyablement paradoxale avec ses histoires, c’est que l’imagination a le monde pour limite.

Suivant la même veine, dans Moby Dick, cette grande chasse à la baleine, y est expliqué noir sur blanc la raison de l’inépuisable ressource que fournissent les cétacés. Melville a le mérite de poser la question de l’extinction, mais à l’évidence, la vérité d’aujourd’hui gâche la lecture d’hier. Etre bon ne signifie pas avoir raison.

12/12/2019

2 commentaires sur “Ce que peuvent dirent des romans d’autrefois sur le monde d’aujourd’hui.

  1. Très belle chronique. Merci beaucoup pour ces réflexions sur l’oeuvre de Jules Verne, de Zola et Melville et leur rapport avec la modernité. Décor au début et tir vers la fin sans e… Me dire svp aussi quand je laisse des fautes. J’aime car cela signifie qu’on me lit attentivement !

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