Sur la fête et l’oublie

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C.D. FRIEDRICH, Cimetière sous la neige

Si vous avez la patience d’expliquer aux hommes pourquoi vous ne fêtez pas Noël, qu’à l’aube où les jours se rallongent vous irez, comme à votre habitude, vous balader à vélo, que le nouvel an est pour vous un jour lambda, qu’il vous arrive d’y être seul sans que cela ne gâche votre sommeil, ou encore, si vous osez avouer ne pas offrir de cadeaux à vos enfants durant cette période-là, alors, soit que l’on vous regarde comme un fou, soit que l’on vous juge comme le plus malheureux des hommes. Quels parents, pense-t-on, peuvent-être suffisamment cruels pour ne pas couvrir le pied du sapin de Noël de paquets bariolés, pendant qu’arrive l’évènement qui agite les enfants depuis six mois, ces mêmes bambins qui fantasment sur leur liste de cadeau alors même que les vacances d’été ne sont point encore achevées ?

Vous n’êtes point malheureux quand l’évènement vous indiffère et que vous trouvez votre bonheur en d’autres lieux de la vie. Cependant, ces hommes, dans ce bonheur qui ressemble davantage à une excitation d’enfant, oublient, ignorent, ne voient pas, ne veulent pas voir – ni gâcher leur plaisir – en pensant à ces quelques voisins qui autour d’eux vivent ces périodes  de fêtes seuls, véritablement seuls, sans famille, sans amis, et qui ne peuvent que s’attrister d’observer tous ceux qui ont la chance de se réunir en ces jours de fête, de retrouver famille et amis pour partager la douce atmosphère d’une joie féerique où l’imagination et la fantaisie l’emportent sur toute raison. Ils ignorent que des jeunes et des moins jeunes sont parfois seuls, sans père ni mère, sans frère ni sœur, sans personnes pour les accueillir en cette soirée et leur faire oublier cette solitude de leur existence. La réalité n’est pas ce conte de Noël qu’aime tant nous faire partager la niaiserie de ces séries prévues pour l’occasion.

C’est là tout un drame, autant cette solitude que l’on subit que l’aveuglement auxquels s’empressent les enfants gâtés. L’on ne peut être heureux qu’à condition de consommer, nous dit la PUB, offrez des jouets à vos enfants, et ils vous aimeront davantage en retour. Baliverne ! L’amour n’est pas dans le gadget, et l’on ne peut que remercier nos parents pour nous avoir offert l’opportunité de nous affirmer en tant que femme et homme avec un minimum de neurones dans le cerveau, la tête sur les épaules, comprenant la limite entre modération et excès.

Demain Noël, ensuite l’Epiphanie, puis la Saint Valentin, Pâques, les vacances d’été, la rentrée, Halloween, le Black Friday, les soldes, les anniversaires, la naissance, le mariage, le divorce, tout est bon pour les cochons. Il n’y a pas vingt ans Halloween et la Saint Valentin n’imposaient pas encore leur force de conformisme. Mais en ce monde, le moindre événement est propice à crétiniser les cerveaux pourvue que l’argent circule, et le premier caca de bébé devient un « événement » que l’on s’empresse de partager sur les réseaux.

Il est difficile de ne pas sombrer ni de se laisser emporter tant vos sens sont sollicités, et pas seulement par le racolage et la réclame, mais aussi par vos collègues, vos amis, vos enfants, etc. Et voilà que si vous entendez dire « stop, trop d’hypocrisie, je ne crois plus en votre faux bonheur », ce bonheur des imbéciles heureux, on vous taxe de monstre, de bizarrerie, on vous accuse de faire votre intéressant.

Crises, guerres, misères, boulot, « cela fait du bien d’oublier un temps », disent ces mêmes personnes qui oublient tous tout le temps. Mais de quelle misère parle-t-on, quand on est assis au-prêt du feu en attendant que la dinde soit servie? Ceux qui voudraient oublier ne le peuvent à cause du même processus qui facilite l’oublie de tous les autres, à moins de se terrer dans un no man’s land.

Quand le sensationnel devient quotidien, que l’exceptionnel se fait routine, et l’événementiel habitude, comment rendre sa place à la simplicité et à la raison qui l’accompagne, comment apprendre à la jeunesse le plaisir d’exister sans artifice, la joie de la modération, et la sérénité au cœur de la tempête ? Car vous comprenez bien qu’au-delà du simple bonheur de vivre, il en va du respect du monde et des hommes. NON, le monde ne peut être sauvé tant que le bonheur dépendra des choses.

22/11/2019

2 commentaires sur “Sur la fête et l’oublie

  1. Je crois qu’avoir raison ne vous empêche pas d’avoir tort.
    Pourquoi? Parce que Noël est l’occasion (arbitraire et commerciale, sans aucun doute) de faire ce que la plupart ne font à aucun autre moments de l’année, faire un cadeau, aller voir ses parents, etc. C’est une fête totalement minimale, et il y a fort à craindre qu’elle ne soit remplacée par rien, si elle était supprimée.

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