Petite analyse d’internet

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Ethel Clayton

Internet a mis à genou la télévision. Le contenu d’internet n’est pas nécessairement plus médiocre que les programmes télévisuels, et si on y trouve matière pour s’abrutir, on y trouvera également du contenu de grande qualité, voire supérieur aux médias traditionnels. Non seulement de mettre le savoir à portée de main, d’offrir des réponses rapides et d’ouvrir sur une grande diversité de contenu, internet permet aussi à qui le désir de produire. Là où la télévision est encadrée par de grands pontes qui dominent les diffuseurs depuis des années,  de nombreux néophytes, et des plus experts, se lancent dans la créativité du web avec une réelle chance de succès, renouvelant régulièrement le contenu proposé ainsi que ceux qui le proposent. Quelques-uns s’installent et demeurent, mais sans pour autant que cela ferme la porte à tous les autres.

Voyez-y l’émergence d’une véritable communauté de scientifiques amateurs. Certes le mépris et la bêtise sont largement visibles sur la toile, mais cette dernière offre une possibilité essentielle que n’offrent pas les médias traditionnels sous la gouvernance de grands monarques, à savoir le droit à la parole. On peut échanger sur internet, proposer son avis, être écouté, être contredit, sans être piégé dans le cadre d’émissions où l’intervention du public est là pour faire croire à un semblant de participation. Si bien que les youtubeurs qui entendent proposer un véritable contenu scientifique – vulgarisé ou expert – sont obligés, dans l’intérêt de leur crédibilité, de vérifier un minimum leurs informations, de prendre soin à ne pas divulguer trop d’inepties, car il y aura dans leur communauté de spectateurs un ensemble de passionnés capables de pointer les erreurs et les contradictions, pareille à ces assemblées de savants qui vérifient et mettent à l’épreuve le travail de leurs compères. D’accord la démarche n’est pas aussi rigoureuse, mais l’idée est là, de la même manière que le contrôle de la foule permettrait à n’importe quel citoyen d’exercer une responsabilité politique sans tomber dans les dérives qu’offres le pouvoir. Passons.

De plus internet oblige à la lecture, compétence essentielle pour qui veut apprendre à penser, en ce que l’intelligence se forme dans la manipulation des idées que propose les mots. Contrairement à la télé ou à la radio, on ne reçoit pas seulement une information physique, image ou son, que l’on ingurgite toute faite, car la lecture oblige à un effort de la volonté, à l’effort de peser, sous peser, comparer, réfléchir, revenir, etc., revenir, comme il est possible de le faire à partir d’une vidéo internet, afin de comprendre ou de s’assurer d’avoir bien entendu. Le regard des autres nous apprend aussi à retenir notre langue quand on se veut un minimum sérieux.

Notez qu’internet échappe davantage au contrôle des grands groupes médiatiques, et s’il est toujours possible qu’un grand financier privilégie la diffusion d’une information plutôt qu’une autre, il est aussi davantage plus aisé de la contourner via le web tant que l’Etat ou un oligarque privé n’a pas la main mise sur le fonctionnement du web.

Reconnaissons que le web aide à la création et à la diffusion de cette création, et si, comme toujours, beaucoup de médiocrités dominent le web, il n’est pas impossible qu’un réel talent émerge du réseau, c’est même très probable. Et la lumière peut trouver sa source à côté de l’obscurantisme.

Vous me direz que les théories du complot ou que la haine n’ont jamais été aussi présentent de part internet. C’est oublier toute l’histoire, faite de superstitions et de fausses croyances plus difficiles encore à contrecarrer par la raison à l’époque où n’existait pas de tels moyens de diffusions. Internet n’est pas davantage producteur de mauvais sentiments que ne peuvent l’être les outils de propagande par excellence que le sont la télé et la radio, il n’est que le reflet de cette haine déjà présente dans l’existence de gens misérables, misérables parce que malheureux.

Et c’est sur ce point qu’internet n’échappe pas à la critique des médias de masses, non pas en tant que diffuseurs d’informations, mais en tant que support de publicité. Internet, sans publicité, ça existe, mais ce n’est pas le chemin que la toile emprunte parce que le média a émergé dans un univers aux valeurs libérales de rentabilité, de profit, de réussite par l’argent, du bonheur par la consommation, reposant sur les mythes du self-made-man, de l’autoréalisation par le travail, de l’inépuisabilité de la Terre, etc.

D’accord internet offre aussi aux forces opposées la possibilité de s’exprimer, mais toujours dans le cadre de la marchandisation du monde. La victoire du capitalisme financier est telle au XXIème siècle que même ceux qui rejettent les valeurs du pays qui le représente le mieux, les USA et l’occident, ont pour projet de vie d’accéder à ses valeurs. Regardez les djihadistes, enfants de la consommation, aspirant et ayant la haine de ne pouvoir arriver à plus de consommation et de réussite. La religion n’est qu’un prétexte, et elle n’a toujours été qu’un prétexte pour asseoir son pouvoir, que ce soit dans l’histoire de la papauté ou pour les guerres de religions. Regardez la Chine qui n’a de communiste que la misère des pauvres, les hauts dignitaires du parti sont de bons PDG.

La publicité nourrie les âmes d’un monde qu’elles ne peuvent posséder à moins d’appartenir à l’élite financière. Elle sait rendre les choses désirables, or le désir embellit les choses, autant les objets que les hommes. Une femme gagnera davantage en beauté que vous la désirez de ce désir animal, et sur ce détail peut se jouer la « pureté » de l’amour et la durabilité des couples. Passons.

Attribuer plus de qualités que n’en possèdent réellement les choses, c’est quitter l’univers de l’authentique pour rentrer dans le monde malheureux de la superficialité et de l’apparence. Le superficiel est un « être » d’apparence, beau de l’extérieur, vide à l’intérieur. Remarquez que le goût du luxe est un signe de ce vide des âmes, l’envie de distinction pour croire et se duper sur la valeur de sa personne. L’homme qui boit un vin cher dans un verre luxueux ne le fait pas pour rendre hommage à celui qui a produit le vin, mais pour accéder à un produit et se permettre une occasion qui n’est pas à la portée de tous. Il faut pourtant admettre que le prix d’un diamant n’a jamais fait la beauté d’une femme, et je dirai même que plus une femme est en mesure de se passer de bijou pour paraître belle, et plus celle-ci peut prétendre à une authentique beauté.

21/10/2019

4 commentaires sur “Petite analyse d’internet

  1. Un article très intéressant quant à la créativité permise par internet. Cela va avec un individualisme redoutable pour la vie en société. Pour l’instant peu d’influence sur une mondialisation marchande qui va dans le mur. Bonne continuation !

    Aimé par 1 personne

  2. En complément je suggérerais une piste de réflexion complémentaire.

    Internet permet le meilleur comme le pire mais un élément, qui est pour moi, crucial, et qui régit cet outil est … l’algorithme.

    Là où d’un côté Internet permet la création, l’algorithme permet la diffusion.

    Là où Internet permet d’échanger et de lire des avis opposés aux nôtres. L’algorithme fait en sorte de vous aiguiller toujours vers le même genre de contenu avec le risque que cela comporte: rester dans ses certitudes.

    L’algorithme permet de mettre mondialement le focus sur quelque-chose ou, à contrario, de l’exclure.

    Merci pour votre article

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