Sur le temps et la causalité

J.F Millet (?)

Je vous propose un instant de mettre en doute vos certitudes.

Le temps n’est pas une propriété des choses, il n’est ni dans la matière comme effets des forces motrices et du mouvement, ni en arrière-plan comme une toile de fond dans laquelle se déroulerait l’histoire de l’univers. Le temps, écrit Spinoza, est un mode du pensée, ou encore, le temps, écrit Kant, est une condition a priori de la connaissance, autrement-dit, pour résumer, le temps, c’est dans la tête.

Remarquez que nous ne faisons pas l’expérience directe du temps conçu comme l’ensemble du passé, du présent, et du futur. Nous n’éprouvons que le présent, l’instant, le maintenant.

Alors pourquoi sommes-nous si certains de la réalité du temps, par conservation des traces ou projection ?

Nous concevons les faits et les choses comme inscrit dans une durée, c’est-à-dire suivant que les choses existent et persévèrent dans l’existence. L’existence est la durée même, il n’y a que l’esprit humain pour concevoir une distinction dans ce qui est une seule et même chose, mais retranchez la durée à l’existence, et vous faites disparaître l’existence. Les choses n’existent pas dans la durée, mais il n’y a de durée que parce que les choses existent, de la même manière que l’espace n’est possible qu’avec l’existence des choses.

Mais si le temps n’est pas dans les choses, il n’est pas responsable de l’altération de ces choses ou de ce que nous concevons comme telle, alors les choses, du moins la substance première, est éternelle, c’est-à-dire qu’elle est hors temps. Ce qui s’altère, ce sont des modalités de la matière, un corps, un arbre, une particule, mais non pas ce qui constitue la matière elle-même.

De plus, notez que le temps des terriens n’est pas le temps du cosmos, ni même le temps de l’échelle quantique, là où le concept même de durée ne semble n’avoir aucun sens.

Pourtant nous concevons l’univers comme ayant un début, un milieu, et sans doute une fin, c’est-à-dire que nous l’inscrivons dans la durée, pire, nous en faisons un créateur de temps. Mais alors le temps produit à l’intérieur de l’univers ne serait pas le temps de l’univers lui-même, car le temps de l’univers devrait lui-être extérieur, ce qui est absurde. En fait nous le considérons ainsi de notre seul point de vue, c’est-à-dire en ignorance de cause, puisque nous ne savons pas grand-chose de l’univers et de sa structure, aussi nous sommes obligés de lui projeter notre conception du temps qui n’est sans doute point le temps du cosmos.

La proposition Nietzschéenne de l’éternel-retour, c’est-à-dire l’idée que chaque chose se répète inlassablement, n’est pas plus absurde que cette proposition astrophysicienne de la relativité où tout est déjà-là à chaque instant, autant le passé que l’avenir.

En effet la physique moderne associe le temps et l’espace, produisant le concept d’espace-temps peu intuitif, peu familier, dans notre quotidien. Ce concept désigne une relation entre les choses, et il n’y a qu’un pas philosophique pour envisager que cette relation n’est pas entre les choses mais dans l’esprit qui la conçoit.

Puisque le temps n’est pas une affection de l’univers ou de l’Etre en tant que concept désignant la totalité de ce qui est, alors l’univers est éternel, comme nous l’avons montré précédemment, c’est-à-dire hors temps, alors pourquoi lui attribuons-nous une temporalité ? Nous concevons le temps parce-que nous connaissons le monde sous le principe de causalité, c’est-à-dire que nous lisons le monde suivant un chaînage de causes et d’effets. Seulement ce chaînage est toujours partiel et incomplet, car celui qui saurait retrouver la totalité du chaînage de causalité du moindre petit événement de l’univers serait en vérité en possession d’une connaissance absolue de l’univers, c’est-à-dire du don d’omniscience, de telle sorte que la connaissance de la totalité de l’univers entraînerait la disparition du concept de temps, vue que cette connaissance serait d’un bloc et sans causalité aucune. Autrement dit, supprimer le principe de causalité, et vous supprimez l’idée de temps.

L’horloge tourne, et il est temps pour moi de terminer cette réflexion.

17/10/2019

2 commentaires sur “Sur le temps et la causalité

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