Spinoza versus le néolibéralisme

       

Le néolibéralisme repose sur les propositions métaphysiques suivantes : l’homme est libre par essence, autonome, il agit de manière raisonnée, il est capable de choisir selon son libre-arbitre et indépendamment de toute entrave passionnelle.

L’ontologie spinoziste ruine ces présupposés autour desquels s’est construite l’idéologie libérale, son orientation politique et l’organisation socio-économique mise en place par cette dernière. L’individu, suivant Spinoza, n’est pas un être isolé en mesure de décider selon une raison pure. Il en va autrement, tout être est éternellement soumis à des forces contraires, et l’idée même du conatus est « l’effort pour persévérer dans son être », c’est-à-dire de ne pas se laisser détruire par les forces extérieures.

L’essence de l’homme est d’être, selon Spinoza, un être de désir et passions, c’est-à-dire déterminé par un ensemble d’affects qui orientent la totalité de ses décisions et de son action. Exister, c’est être déterminé à augmenter sa puissance d’agir pour ne pas se laisser engloutir par la nécessité naturelle. L’homme n’est pas définit comme un individu dans la nature mais comme un être de la nature, soumis aux mêmes principes premiers naturels que toute chose existante, et à plus longue échelle, que tout être vivant. Nous sommes faits des mêmes atomes que la pierre, l’air, ou la végétation. L’individu est un pôle de puissance désirant et qui a pour force motrice sa passion et ses désirs, ou devrai-je corriger, qui a pour force motrice non pas « sa » passions et « ses » désirs, mais « la » passion et « les » désirs, c’est-à-dire l’ensemble des forces qui affectent et déterminent l’homme, sa constitution, son action, ses décisions, sa pensée, ses fantasmes etc. On ne choisit pas de tomber amoureux ni de prendre en haine, comme l’on ne désir pas toujours causer le mal que l’on a causé. Si J. Mélenchon et B. Hamon avaient décidé d’agir selon la raison et non pas selon leur seule ambition lors de la présidence de 2016, nul doute qu’ils se seraient alliés. La raison n’était alors pour eux qu’un outil afin de justifier leurs passions, et non pas en vue de construire selon les convictions qu’ils présentaient comme étant les leurs. A la vérité ils n’étaient convaincus que par eux-mêmes et prouvaient à quel point les valeurs de gauches sont incompatibles avec l’organisation politique actuelle et ses représentants.

Avec Spinoza l’individu n’est pas un ego, être d’exception, qui fonderait et ferait exister le monde, tel qu’on a pu le penser après Descartes. Tout au contraire, Spinoza renvoie le narcisse et l’égocentrisme à leur juste place rappelant sans cesse la force des structures qui nous détermines dans le tout du monde, qu’elles soient naturelles comme l’« instinct de survie », ou quelles soient artificielles comme les institutions. Toute décision politique, toute orientation artistique, toute ambition scientifique, toutes font rentrer en jeu ou sont déterminées par un ensemble d’affects ou de forces souvent inconnues, au point où l’ensemble des théoriciens du néolibéralisme, des décideurs politiques, des économistes, parfois des scientifiques, psychologues, chimistes etc., ignorent les présupposés théoriques sur lesquels ils fondent leur pratique, et ils l’ignorent tellement qu’ils oublient l’ensemble des décisions qui furent prises pour mener et construire le monde d’aujourd’hui, allant jusqu’à bâtir sur une structure sans fondement comme nous le rappelle les aberrations des crises monétaire, et nous offrant des pensées qui tiennent pour acquis que le monde actuel est le monde tel qu’il aurait toujours dû être, autrement-dit le seul possible, et que sa forme particulière reposerait sur une sorte de loi naturelle.

Les fondements ne vont pourtant de soi, et il est à déplorer que l’individu contemporain né à la suite du développement d’une forme de société possible qu’est le néolibéralisme puisse se penser comme un être d’exception, c’est-à-dire que se concevant en tant que sujet il centre davantage son attention sur lui-même que sur les structures collectives qui lui permettent  d’être lui-même et lui donnant à croire qu’il peut être, dans sa posture sociale, quelqu’un d’autre. Ce martelage de l’élévation et de l’accès à l’élite par une organisation consumériste se marie parfaitement à l’orientation néolibérale que la politique a suivit au XX siècle. La consommation opère d’autant mieux que les produits de la consommation font croire à une transformation de l’individualité. Il faut pour écouler la production de masse susciter le désir, désir que le système médiatique en concordance avec l’organisation économique fait naître en présentant des icônes, des modèles de réussite à suivre, des rêves à réaliser, diffusant par la même occasion un certain nombre de valeurs tels que l’importance de l’argent, une vision de la réussite sociale, de la nécessité du travail, etc.

Revenir à une ontologie spinoziste, c’est se donner les moyens de repenser le monde en secouant l’édifice néolibéral qui, comme toute chose artificielle, ne va pas de soi.

05/10/2019

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