Sur l’idée de fidélité et les principes

Résultat de recherche d'images pour "otto dix les amants inégaux"
Otto Dix, Les amants inégaux.

La fidélité se traduit-elle seulement par les actes ? Supposons un homme marié. Ce dernier a toujours respecté le principe suivant: reste fidèle à ta femme. Pas de volage extraconjugal donc, pas de liaison secrète, pas de concubine. Pourtant, au fil des ans, par frustration peut-être, par lassitude sans doute, cet homme se dévoile et commence à critiquer ouvertement sa femme devant ses amis, devant ses collègues, devant des inconnus, ne se privant pas pour en dire du mal quand elle n’est pas là, méprisant qui elle est et voyant en elle un obstacle à la réalisation de ses désirs, désirs sexuels, ambitions personnelles, etc. Du fond de son âme l’homme ne veut plus cette femme, quand bien même il est satisfait de voir la table servie chaque soir quand il rentre chez lui. Cet homme peut-il être considéré comme réellement fidèle ?

Maintenant imaginons une femme. Cette femme n’a au fond elle-même que le souci de ses proches, de son mari, de ses enfants, de ses amis. Elle n’inspire pas spécialement à d’autres rencontres ou à changer de vie, pourtant un jour, pour une quelconque raison, elle succombe à son désir et se lance dans une aventure d’un soir. Le moment était loin d’être désagréable, l’inconnu était galant, drôle, respectueux néanmoins, le lendemain, cette femme est gagnée par le regret, car elle a pour le père de ses enfants, si ce n’est encore de l’amour, le plus profond des respects, et elle comprend que céder à ses désirs érotiques n’est pas une condition nécessaire pour être heureuse et entend se servir de cette expérience pour mener sa vie le plus honnêtement du monde. Cette femme peut-elle être considérée comme infidèle ?

Dans le premier cas la fidélité n’a de sens que corporellement, c’est-à-dire dans l’action concrétisée, mais elle n’émane point du cœur et ne s’honore par des valeurs humaines. Dans le second cas l’acte d’infidélité est réel, mais ce serait oublier toute la dimension spirituelle de la fidélité, c’est-à-dire ce qui appartient intrinsèquement à la valeur d’une personne et à laquelle s’attache des idées de respect, de dignité et de noblesse de l’âme. Un acte infidèle ne détermine pas la valeur d’une personne, et inversement.

Il y a en l’homme une dignité qui ne se traduit pas toujours dans les actes. Rappelez-vous Boule de Suif, cette femme forcée contre son gré d’avoir une relation charnelle avec un officier prussien pour satisfaire la demande de ses compagnons de route, et qui, après avoir répondu aux désirs de tous pour contenter chacun (hormis elle-même), se retrouve méprisée par tous, considérée comme une catin. Maupassant (Zola aussi) est passé maitres dans l’art de dépeindre des femmes nobles et dignes par essence, quoi un peu naïves, mais soumises aux contraintes de la pression sociale jusqu’au point où elles payent le prix d’un crime qu’elles n’ont pas commis. Zola et Maupassant sont des peintres réalistes transformant en histoire ce que tout à chacun rencontre au fil des jours.

Dans l’idée la fidélité est un attachement corps et âme, mais celui qui s’attache ainsi ne vous semble-t-il pas fanatique ? Faut-il rester fidèle à un ami qui commettrait les pires crimes du monde ? Nous sommes d’abord fidèles à des principes avant d’être fidèle à un homme, car la fidélité n’est point chose de nature. Dans le premier exemple notre homme est fidèle au principe inculqué, non à sa femme, et dans le second exemple la femme sera considérée comme fidèle du point de vue des valeurs que l’on accorde à un individu, c’est-à-dire de principes que l’on considère comme fondamentaux pour faire société tout en respectant l’intégrité de chacun à la lumière de l’idée de dignité humaine. Chaque jour nous trahissons un peu nos idées, jamais nous ne respectons totalement nos principes de vie, autrement la vie serait invivable car les principes sont rigides et simples quand le vivant est souple et complexe. Ils agissent comme une boussole qui nous indique la direction, mais ils ne sont pas le chemin lui-même. Aussi arrive-t-il, quand l’aiguille indique le nord, que les deux seules routes qui s’offrent à nous partent à l’Est et à l’Ouest. Il nous faut pourtant continuer d’avancer pour espérer retrouver le bon cap. Il n’est point conseillé de se faire âne de Buridan.

Les hommes les moins dignes sont aussi les plus enclins à critiquer, car ils voient dans les autres leurs propres faiblesses. Sans doute pensent-ils animer un sentiment de supériorité en rabaissant autrui.

Faut-il se rendre malheureux en restant fidèle à une idée quand tout le corps inspire à autre chose? Il y a un certain plaisir pour qui se sait vainqueur de ses passions. Néanmoins une passion que l’on étouffe une fois saura revenir avec plus de force la fois d’après, entrainant dans son sillage la frustration et la tristesse. Le désir est notre essence même, et on ne peut le détruire sans se détruire soi. Etre fidèle à soi-même ne signifie pas seulement être fidèle à ses idées et s’y tenir, cela nécessite aussi de connaitre son propre désir en suivant cet antique dicton « connaît toi toi-même ». Aussi, en comprenant vos imperfections au regard de l’idéal humain, ou devrait-on dire, en comprenant votre propre perfection en tant que vous êtes un être réel, vous saurez pardonner à autrui ses propres erreurs et ne point juger de son infidélité comme d’un crime contre l’humanité. Ne nous rendons pas malheureux parce que le monde ne s’accorde pas avec nos idées et appliquons nous plutôt à faire concorder nos idées avec le monde, mais surtout avec ce qui possible. Qui se veut fidèle corps et âme, ou qui désir une totale fidélité de la part d’autrui, devra aussi être prêt à affronter la solitude.

08/09/2019

2 commentaires sur “Sur l’idée de fidélité et les principes

  1. Cet article me fait penser, presque inévitablement, à la question de la confiance … Il y a de cela quelques années, j’ai noté un bout d’interview de Michela Marzano:

    La beauté de la confiance relève de la symétrie, càd Je te fais confiance tout en sachant que tu ne peux pas être tout le temps à la hauteur de mes attentes.
    Il existe donc du “reste” chez moi qui me permet de survivre même si toi tu vas me trahir.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s