Sur l’idée de devenir ou de puissance

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Aristote définit la puissance comme la capacité qu’a une chose pour devenir, c’est-à-dire d’être changée ou mise en mouvement. Par exemple, la graine est en puissance un arbre, ou pour reprendre Aristote, une statue est contenue en puissance dans le bloc de marbre. Il faut, pour qu’elle se réalise, l’actualiser, c’est-à-dire être mise en forme par le sculpteur. Le sculpteur est la cause efficiente (ou motrice) de la statue, c’est-à-dire celui qui lui donne forme ; le bloc de marbre est cause matérielle, c’est-à-dire la matière dans laquelle la statue est taillée ; la forme de la statue sera cause formelle, c’est-à-dire si c’est un homme, un animal, une gravure ; et ce en vue de quoi est fait la statue, écrit Aristote, est la cause finale, comme pour décorer, pour offrir, pour représenter un dieu, etc.

Remarquez que le terme de puissance renvoie à la virtualité, c’est-à-dire que l’idée de puissance est toujours d’imagination, jamais réelle. L’être, c’est-à-dire la totalité des étants, est nécessairement, en reprenant les termes d’Aristote, en acte, autrement-dit, là et dans l’instant. Tout ce qui est actualisé. L’enfant est en puissance un adulte, mais en attendant il est bien en acte un enfant, or, en tant qu’il est en acte, il est parfait en lui-même. L’adulte n’est pas un développement plus parfait de l’enfant, ni la statue un développement plus parfait du bloc de marbre, ni l’arbre un développement plus parfait de la graine, il s’agit d’autre chose. Seule l’idée ou l’imagination enlèvent leur perfection aux choses présentes, en acte, car, en poursuivant mon exemple, l’objectif réel de l’enfant n’est pas de devenir adulte, cet objectif est virtuelle, en puissance, projeté par notre capacité d’anticipation, de même que l’objectif du vieillard n’est pas de mourir, mais d’être-là, actuellement, en tant que vieillard, parfait du seul fait d’exister.

Notre faculté d’anticipation, c’est-à-dire de nous projeter dans l’avenir, ou, en terme aristotélicien, de penser la « puissance » est cause de tristesse. Par exemple, espérer, c’est attendre un plus grand bien futur, c’est-à-dire faire dépendre son bonheur du devenir au lieu de l’inscrire dans l’instant. Le bonheur ne s’attend pas demain, il est là aujourd’hui où il n’est pas.

Nous nous faisons schizophrène, car notre corps est par essence toujours d’actualité, dans l’instant, quand notre esprit vagabonde dans l’hier et le demain. Se souvenir, se projeter, c’est être dans des temps qui ne sont pas, et quoi qu’hier est tout contenu dans aujourd’hui (c’est notre histoire), demain n’est pas et ne sera jamais, car dès que le futur s’actualise, il se fait présent.

Pourquoi cet obscur propos sur un sujet ésotérique me demanderez-vous ? En quoi différentier l’acte de la puissance peut-il nous être utile ? Tout l’enjeu est éthique et, en peaufinant davantage, juridique.

En matière judiciaire, on ne s’intéresse pas à ce que peut potentiellement faire un homme, mais à ce qu’il a fait, à ses actes. La prévention ne devra jamais priver un homme de sa liberté pour un geste qu’il n’a pas encore commis, ou alors on ouvre la porte au totalitarisme et à l’erreur judiciaire.

En matière d’éthique le propos 1) nous invite à repenser l’idée du bonheur, certes, mais aussi 2) nous fournit un point d’appui pour penser des questions d’actualité, questions écologiques, questions sociales. Sauver demain nécessite d’agir aujourd’hui.

Prenons l’épineux thème de l’avortement. Les anti-avortement pensent le fœtus sur le modèle du devenir, c’est-à-dire qu’ils vont dire avec justesse que le fœtus est en puissance un homme. Mais il est en puissance, et en puissance seulement, autrement-dit il ne l’est pas actuellement, alors que la femme qui le porte est au contraire actuellement femme. L’une est réellement quand l’autre est de fiction. Il n’y a donc point meurtre. On ne peut considérer le fœtus comme être humain qu’en projetant sur et en lui des critères qui ne lui appartiennent pas à l’instant, et donc qui ne sont pas vrais. Le problème ne change pas si l’on considère divine la cause du fœtus. Suivant cette logique, la cause efficiente du fœtus serait Dieu, la cause matérielle des atomes organisés en cellules, spermatozoïde, ovule, et une substance immatérielle que serait l’âme (ce qui n’est pas du tout le propos d’Aristote), et la cause formelle le fœtus. Mais, que peut-on dire en ce qui concerne la cause finale ? Est-ce devenir un enfant ? Devenir un adulte? Devenir un vieillard ? Mourir ? Est-ce simplement exister ? Et les parents alors, qu’elle place leur attribuer ? Ils ne se font plus créateurs mais intermédiaire de la volonté divine. Nous ouvrons alors un nouveau champ de réflexion. Toujours est-il qu’actuellement, le fœtus reste fœtus, animé par une âme de fœtus, Dieu n’y change rien.

21/08/2019

Un commentaire sur “Sur l’idée de devenir ou de puissance

  1. Une opinion est une opinion. Ce n’est pas un épineux problème mais un problème sans solution, toujours le même, que faut-il faire ? Question à laquelle personne ne peut répondre à la place des autres.

    Alors la seule question est pourquoi certains veulent imposer leurs opinions, en l’occurrence par des lois, la rhétorique ne servant qu’à les justifier ? La réponse est dans 1984… L’objet du pouvoir est le pouvoir. Pour imposer son opinion, il faut du pouvoir, et l’objet de l’imposer est de conserver son pouvoir…

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