Sur l’analyse du psychisme


Résultat de recherche d'images pour "le chat psychanalyse"

Connaitre les causes d’un maux ne suffit pas, ni même n’est nécessaire, pour guérir de ce maux. Par exemple, savoir qu’un cancer a été facilité par un tabagisme excessif ne vous soignera pas ce cancer. Il faut, pour ce faire, des interventions thérapeutiques sur le corps, orientées par le constat que tel traitement avait tel effet récurant sur tel type de tumeurs. De la même manière, vous n’atténuez pas votre douleur au pied parce que vous savez que vous venez de vous cogner dans votre table basse. Il faut, pour ce faire, des actions sur le corps, comme masser votre orteil, voire en poursuivant votre activité pour ainsi ne pas fixer votre attention sur la douleur. Ne plus penser à ce qui nous fait du mal permet, dans une moindre mesure, de lénifier un temps ce qui nous fait du mal ; c’est l’agir, là encore, qui nous y aide le mieux. En résumer, connaitre la cause d’un mal n’est pas soigner ce mal.

Il en va de même pour les blessures de l’âme. Vous n’assouplirez pas nécessairement votre tristesse  par l’analyse de sa cause. Savoir qu’elle s’enracine dans votre petite enfance suite à un évènement traumatisant, qu’elle est liée à un mauvais moment de votre existence, qu’elle émane de votre impuissance pour réaliser vos désirs ou des échecs de votre volonté, tout cela ne suffit pas, ni même n’est nécessaire, pour remédier à la mélancolie qui vous accapare. Le soin est dans l’action, dans ce que vous mettrez en place pour occuper vos jours, dans l’acceptation de vos forces, de vos faiblesses, et de votre destin. Notez qu’un psychologue ne vous guérit pas, il vous aide à prendre conscience de vos propres vertus, il vous aide à objectiver une situation dans laquelle vous êtes engagés corps et âme, d’une certaine manière, il vous aide à vous guérir par vous mêmes. Néanmoins nous ne nous intéressons pas ici aux soins par la parole de l’esprit, mais aux soins par l’analyse du psychisme.

D’après ce qui vient d’être dit, la psychanalyse n’est pas de prime à bord une thérapie, même si elle se présente comme telle. En effet, aussi loin que vous remontrez pour comprendre la généalogie de vos sentiments, l’analyse seule sera insuffisante pour soulager vos peines. Aussi, si l’aide d’un psychanalyste peut alléger votre fardeau, vous êtes en droit de douter de son efficacité quand les années de divan s’accumulent. En outre, nous ne pouvons pas plus affirmer que la psychanalyse soigne de manière avérée que ne soigne un magnétiseur ou un pèlerinage à Lourde, et ce malgré son bon siècle d’existence. Inversement, les effets de la chimiothérapie ou des antidépresseurs, bien plus jeunes dans leur découverte, sont constatés par l’ensemble de la communauté médicale, et plus encore.

Nul doute que la parole libère, beaucoup d’entre nous aimons raconter nos vies, mêmes à de parfaits inconnus (cf Propos sur Raconter sa vie[1]). Attention néanmoins à ne pas tomber dans le piège de la parole, celui qui nous enferme dans notre tristesse. Une oreille attentive est toujours appréciable lorsque l’on traverse des situations compliquées. Mais cette aide doit nous permettre de rebondir afin de repartir de l’avant, et non pas nous enraciner dans l’agréable situation qu’est la complainte et la sublimation de nos malheurs. Il y a un certain plaisir à se contenter de la fatalité et à l’analyser sous tous ses angles, au lieu de comprendre que, si la parole peut vous préserver un temps, seule l’action est salvatrice.

Ce qui m’amène à évoquer un argument mainte fois énoncé, la psychanalyse n’est d’aucune utilité pour les miséreux, car qui est trop occupé à survivre au jour le jour n’a pas le temps de développer les souffrances liés à l’oisiveté de la richesse. Le misérable ne se pose pas la question du pourquoi j’existe, mais plutôt, comme faire pour exister demain ?

Les fondements théoriques de la psychanalyse sont loin d’être vérifiés, et ils sont loin d’être vérifiables. Je ne m’attarderai pas ici à démontrer pourquoi la psychanalyse n’a pas la rigueur d’une science, pourquoi elle est à la psychiatrie ce que l’astrologie est à l’astronomie ou l’alchimie à la chimie, d’autres l’on déjà fait (cf Livre Noir, M.Onfray, Wittgenstein, Russel, Alain, etc.) Cependant, du seul point de vue philosophique, on doit interroger la pertinence des postulats présentés. On trouve ici l’idée partagée, mais jamais prouvé depuis Descartes, de l’authenticité de l’ego ou du Moi. Chacun faisons comme s’il s’agissait d’une entité évidente allant de soi. Rien n’est moins sûr. Qu’est-ce que ce Moi ?

Supposons que le Moi soit une réalité objective, comme chacun semble ici en faire l’expérience. La théorie freudienne du rêve nous permettait de dire qu’il y aurait dans le sujet une forme de schizophrénie, parce qu’il y aurait ce Moi conscient (cogito ergo sum), et ce Moi caché ou inconscient (découverte de Freud) qui chercherait à s’exprimer à travers des rêves et des symptômes. Autrement-dit, le sujet est comme scindé. Toutefois: 1) comment ce second Moi pourrait-il savoir des choses sur Moi que ma conscience ignore (la théorie du refoulement est insuffisante), et 2) pourquoi voudrait-il me parler à travers des messages codés ? Ma réponse est la suivante : « Je » n’a rien à cacher à « soi-même », tout ce que j’ai vécu, j’en ai conscience, et il n’y a pas de Moi mystérieux, produit de mon expérience, qui chercherait à m’envoyer des signaux sur moi-même à travers un message secret. Pourquoi ? Comme nous allons-le voir, cette théorie manque de cohérence et ne s’inscrit pas dans une pensée évolutionniste.

Pour parer à un éventuel danger, la nature animale à recours à la douleur. Si je mets la main dans le feu, je ressentirai clairement un mal à l’endroit de la blessure. Le mécanisme de la douleur, aussi complexe soit-il, se veut efficace, je n’ai pas besoin de décrypter le déplaisir ou le plaisir éprouvé, il agit, je réagis, et je sauve ma main. Pourquoi en irait-il autrement avec le psychisme, pourquoi nous livrerait-il des messages sur nous-mêmes, sur des choses que nous ignorerons (ce qui est déjà absurde en soi) ayant un sens différent de la manière dont il les présente ? Qu’elle est cette force obscure qui animerait nos rêves? Se fier à l’interprétation des rêves telle que présentée par Freud, c’est rajouter une complexité superstitieuse à la simplicité naturelle. Mais s’il n’y a pas de second Moi, d’inconscient produit du refoulement, ou si sa réalité n’est pas aussi importante que la présente la psychanalyse, alors les rêves ne sont pas non plus des messages codés. Quand je rêve que je loupe mon examen demain, cela signifie seulement que je stresse à l’idée de louper mon examen demain, quand je rêve de sexualité, cela signifie seulement que j’ai envie de partager du bon temps, et je ne vois pas comment mon esprit, indépendamment de ma volonté, pourrait crypter un message que je ne pourrais pas moi-même pas décoder sans avoir recours à une aide extérieure, aide qui voudra être payé pour ca, parce que je ne serais incapable d’interpréter le fait que monter des escaliers, dans mon rêve, signifierait une volonté de toute puissance, ou que le fait de chuter dans les escaliers se rapporterait au désir de manger des fraises suite au plaisir que j’avais de les cueillir avec mon père durant ma petite enfance. C’est accorder au psychisme une autonomie et une force surnaturelles.

Je terminerai par ce point. La discipline propose une vision globale du monde, c’est-à-dire qu’elle offre les maux et les remèdes. Elle peut tout expliquer en ce qui concerne l’homme, tout expliquer, tout interpréter, mais ne jamais rien prouver ni démontrer. Si j’accorde de l’importance à Darwin et à sa théorie de l’évolution, c’est dans la mesure où les sciences modernes, avec la découverte de la génétique, ont confirmé ses hypothèses, hypothèses fondées sur des observations rigoureuses et non sur les spéculations fantastico-mythologiques de son auteur. Nous avons une évidente parenté génétique avec les grands singes, pour ne pas dire que l’homme est biologiquement simiesque. Le darwiniste s’inscrit dans l’ordre du monde présenté par l’ensemble des sciences, et donc avec leur cohérence, les ponts et autres passerelles que l’on peut faire entrent-elles. Les sciences ne disent pas « la vérité », elles hypothétisent et organisent la connaissance. A l’inverse, non seulement la psychanalyse se donne les moyens de tout expliquer sans jamais se remettre en cause (cf l’argument de la falsifiabilité de K.Popper), mais si on admettait qu’il s’agissait d’une science, alors elle pourrait faire monde a part dans le monde des sciences. Psychiatrie, psychologie (en ce qui concerne les soins), et sciences bio-neuronales ou cognitives (pour la recherche) peuvent se passer et se passent très bien des théories psychanalytiques. Un psychiatre n’a pas besoin de connaitre le complexe d’Œdipe pour aider son patient bipolaire à atténuer les effets de ses troubles. La seule connaissance des agents chimiques et de leur utilisation amène à davantage d’efficacité que la recherche du refoulement.

Aussi, si vous cherchez la sérénité ou que vous voulez apaiser votre âme, il existe une discipline ancestrale, ayant fait ses preuves, sœur des sciences et moins religieuse que ne l’est la psychanalyse, j’ai nommé la philosophie. Vous y trouverez davantage de vérité et de profondeur que sur le divan d’un analyste. Sénèque, Spinoza ou Schopenhauer seront de meilleurs conseils pour vous guider dans l’existence, et ils vous aideront à faire des économies car vous pourrez, pour la maudite somme de deux euros cinquante chez un brocanteur, enrichir votre esprit en lisant leurs livres au lieu de vider votre bourse chez un psychanalyse autopromu pour éviter, selon les dires philanthropiques du père fondateur, un transfère amoureux.

30/06/2019

[1] https://lepetitcoinphilo.wordpress.com/2019/06/11/sur-raconter-sa-vie/

13 commentaires sur “Sur l’analyse du psychisme

  1. L’homme (et la femme) peut dire des choses incompréhensibles, tel qu’un objet lancé en l’air retombe (une cause et un effet), qu’il ne dit jamais, et des non-sens, c’est-à-dire des choses dont le seul objet est de valoriser le bien (ce que je fais) et le mal (ce que je fais qui vous déplaît). Il serait pourtant possible de sortir de ce cadre en admettant que l’homme est un mammifère qui ne peut rien savoir. Par conséquent, les mots qu’il utilise ne désigne pas des choses qui existeraient indépendamment de lui, mais lui permettent de faire réagir ses contemporains en inventant des choses incompréhensibles et en les valorisant: « ne te mets pas ici car l’objet va retomber » – sous-entendant qu’il est « bien » d’agir en tenant compte de la pesanteur -.

    Ce qui me gêne est principalement le début, car sans connaître la cause, c’est-à-dire sans prévoir quelque chose, nous ne pouvons que faire n’importe quoi, agir au hasatd. J’ai mal, si je n’en connais pas la cause, que dois-je faire? Je ne peux pas le savoir, je vais aller faire un jogging, mettre ma main dans le feu, aller voir un psychiatre, un magnétiseur… le plus sage est d’attendre que cela passe et le moins néfaste est peut-être d’aller prier un dieu quelconque. Vous pourriez dire qu’il serait bon de consulter un médecin, mais faut-il encore que je sache qu’il soigne les douleurs – que je connaisse la cause de la médecine -. C’est à cela que sert la politique, faire n’importe quoi lorsqu’on ne sait pas quoi faire, jusqu’à ce que la situation soit tellement catastrophique que seule une guerre ou une révolution permette de repartir à zéro.

    L’objet de la psychanalyse n’est pas de chercher la cause, car il n’y a pas de cause dans le particulier. La cause de « ma » tristesse est la cause de « la » tristesse. Elle ne peut être différente de celle d’un autre, sinon c’est un accident (le particulier) qui par définition n’a pas de cause. Il ne suffit donc pas de se dire que nous pourrions ne pas avoir d’ego – que ce n’est pas une chose matérielle qui nous habite -. Il faut en tirer les conséquences, que mon ego est le même que le vôtre, de la même façon que mes yeux sont les mêmes que les vôtres, les différences étant – récursivement – d’autres choses dont nous pouvons parler. Il en va de même pour la conscience, l’inconscience, l’intelligence, l’esprit…. Je n’ai pas réfléchi à ce qu’était la psychanalyse – sa cause -, mais je soupçonne qu’elle a un lien avec le bien et le mal. Une psychanalyse sert à rechercher ce que j’ai fais pour ne pas « vous déplaire » (ne pas faire le mal) qui conduit mon corps a se révolter (parce que ce n’était pas son bien). Je ne sais pas si certain y parvienne.

    Aimé par 1 personne

  2. Je voudrais revenir sur votre commentaire, notamment au sujet de la cause. (Je laisse de côté l’enjeu langagier et le pouvoir des mots que vous soulevez dans votre premier paragraphe).

    Vous préciser dans votre second paragraphe que connaître une cause permet d’éviter d’éventuels erreurs. En effet, en médecine, savoir que tel symptôme est causé par tel pathologie, oriente le diagnostique et permet au médecin de prescrire des traitements adaptés sans empoisonner son patient. Néanmoins, mon argument est que la connaissance de cette cause n’est pas nécessaire. Par exemple, supposons que j’ai mal à la tête. J’ignore si la cause est migraineuse, liée à une insolation, à une fatigue, à des problèmes de vue, au stresse, à une rage de dents, etc, néanmoins le caché d’aspirine saura faire effet. Quand à savoir pourquoi cela soigne, c’est encore un autre problème. On connaît l’action de nombreux traitements sans en connaître nécessairement la cause.

    De manière générale, dans une optique spinoziste, la connaissance des causes réelles est ce que l’on appelle la vérité, et sa recherche est scientifique ou philosophique, et de manière générale, toujours dans une optique spinoziste, la connaissance des causes est ce qui nous permet de sortir de l’ignorance et de l’illusion et ainsi atteindre la béatitude , c’est à dire le bonheur de connaître. Mais dans le cadre de mon propos, c’est-à-dire en s’interrogeant sur les effets réelles d’une « thérapie psychanalytique », je démontre que la connaissance de la cause n’est ni nécessaire (on peut guérir en ignorant la cause), ni suffisante (car le savoir seul ne permet pas de soigner.). En effet, je peut connaître la cause de mon rhume, cette connaissance seule ne suffira pas pour me déboucher le nez.

    Ensuite, dans un troisième temps, vous écrivez qu’il n’a pas de cause dans le particulier et que la cause de « ma « tristesse est la cause de « la » Tristesse. Je suppose que vous vouliez dire qu’à effets similaires, causes similaires, et non pas que le particulier ne connaît pas de cause. Car toute chose singulière à nécessairement une cause qui provoque son existence. Par contre, j’admets avec vous que l’ensemble des causes de « la Tristesse » que peut rencontrer un homme sont valables pour tous les hommes, c’est à dire universellement, et c’est pourquoi il fait du bien de savoir que d’autres ont déjà vécu notre situation, même si la cause qui produit l’effet m’est singulière. Le mécanisme est général, mais l’application particulière, car tout homme ne ressentira pas de la tristesse pour les mêmes raisons.

    Vous dites que le particulier n’a pas de cause « par définition ». Tout au contraire, la définition d’une chose quelconque enveloppe et exprime la nature de la chose définie, c’est-à-dire que la définition d’un effet particulier est nécessairement comprise dans la définition de sa cause générale. Cependant, il faut distinguer la chose de sa cause. Comme l’écrit Spinoza, la définition générale d’une chose n’exprime pas le nombre de ses particularités. Pour reprendre son exemple, la définition de la nature humaine ne suffit pas à rendre cause de l’existence de vingts hommes. La cause de l’existence de ces hommes n’est pas comprise dans la définition de leur nature, le nombre vingt n’appartient pas à la définition de la nature humaine. Kant écrira plus tard l’existence n’est pas un prédicat réel, il s’agit seulement d’une certaine détermination, et que le fait qu’une chose soit possible ne prouve pas qu’elle existe. Par conséquent, la cause qui fait exister ces 20 hommes précisément, et non pas 21 ou 19 hommes, est extérieure à ces hommes particuliers. Il faut donc conclure que tout individu particulier à une cause extérieure pour que ces individus puissent exister, ou, pour vous répondre, que le particulier est nécessairement le produit d’une cause elle même particulière, et ainsi de suite à l’infini.

    Je vais, pour simplifier mon propos, prendre l’exemple suivant. Même si j’ignore la cause de pourquoi je marche, je marche, et même suis j’ignore la cause de pourquoi je pense, je pense, mais la singularité de ma pensée est nécessairement déterminée par une cause (mes lectures, mon expérience, ma langue, mon époque) même si je l’ignore. Cependant, en connaître la cause ne m’empêchera pas non plus de marcher, ni de penser, ni même n’améliorera nécessairement ma manière de penser ou de marcher.

    Quant à la question de l’ego, c’est un vrai sujet. Je m’y intéresse en ce moment, et j’espère pouvoir écrire un Propos là-dessus dans un avenir proche.

    J’espère ne point paraître trop péremptoire et j’espère que ma réponse vous fera sens.

    Camille

    J'aime

    • La philosophie pourrait se résumer à une seule question, déjà évoquée par Aristote: est-ce qu’un homme est un voleur (général, aimable, amoureux, malade… tout ce que vous voulez) parce qu’il vole ou est-ce qu’il vole parce que c’est un voleur? Est-ce que l’être (l’homme, l’aspirine, l’œuf…tout ce que vous voulez) existe parce qu’il existe ou est-ce qu’il existe parce que c’est un être? Dit autrement, est-ce que la cause de l’être est Dieu (qu’il soit laïc, comme celui d’Aristote et à sa suite celui de Spinoza, ou pas), comme le suggèrent tous les philosophes, ou est-ce la croyance en la permanence d’un objet perçu (Piaget)? Dans ce dernier cas, la cause de l’être est une chose imaginée par l’homme, qui est immatérielle, c’est l’idée qu’une chose ne se transforme pas, qu’elle est éternelle. Je vois le soleil aujourd’hui, puis demain, et c’est la même chose (bien qu’aujourd’hui nous savons que c’est faux). Vous, un être particulier, êtes une femme, une chose éternelle (pour l’espèce humaine) qui continuera d’exister après votre disparition. Vous n’avez pas de cause, c’est la femme qui a en une. La cause est la croyance qu’une chose doit son existence à autre chose, que la poule doit son existence à l’œuf, alors même que l’existence n’est qu’une croyance, celle que cette poule est une poule et cet œuf un œuf. La cause ne peut donc jamais concerner le particulier. La cause de cette poule est cet œuf parce que c’est ainsi que l’homme peut prévoir la poule, à partir de l’œuf, à partir de la cause universelle, pas parce qu’un œuf (de poule) doit nécessairement donner une poule, qu’il,en a toujours été ainsi, et qu’il en sera toujours ainsi. Il faut croire à la cause (universelle) avant de pouvoir le constater dans le particulier.

      Vous dites que vous n’avez pas besoin de connaître la cause pour agir, nous pouvons élever des poules sans nous préoccuper de savoir qu’elles proviennent d’un œuf. Je suis d’accord et c’est bien pourquoi nous agissons au hasard. Un médecin peut connaître la cause de certaines migraines, personne ne peut connaître la cause de la vôtre, de la même façon que personne ne peut démontrer qu’une poule provient forcément d’un œuf (de poule). Mais peu vous importe la cause de la migraine ou de celle du rhume, ce qui vous importe c’est de savoir comment ne plus avoir cette migraine. C’est la cause qui permet de déterminer le remède qui, en quelque sorte, comble le vide de la croyance en cette cause. Il a lui même une cause et un effet. Lorsque vous prenez de l’aspirine, c’est bien parce que vous connaissez son effet, que l’aspirine est un remède à la migraine. La cause de l’aspirine est bien la migraine (plus généralement certaines douleurs). Vous prenez de l’aspirine parce que vous avez appris à le faire, sans en connaître la cause, ou alors en la connaissant. Peu importe, le résultat est le même. Mais vous agissez bien selon la cause, parce que quelqu’un l’a imaginé (qu’elle existe), ce n’est pas le hasard. Maintenant, supposons que vous connaissiez la migraine, mais que vous ne connaissiez aucune remède, vous ne pouvez qu’agir au hasard. Ce ne sera plus prendre de l’aspirine, mais faire n’importe quoi. C’est bien ce que nous faisons pour tout ce qui concerne ce que Spinoza nomme la « nature humaine », nous mettons par exemple les voleurs en prison, considérant que ce sont des voleurs, que c’est leur nature humaine, pas parce qu’il ont dû l’apprendre sans besoin de savoir pourquoi, de la même façon qu’il faut apprendre la migraine et l’aspirine pour prendre de l’aspirine quand on a la migraine. De la même façon, nous disons que par peur du réchauffement climatique nous devons fabriquer des voitures électriques ou taxer les pauvres, car nous ne connaissons pas la cause et par conséquent nous n’avons pas de remède (en supposant que ce soit un fait, ce qui est par ailleurs discuté; puisque nous attendons depuis 30 ans que le littoral disparaisse). Nous pourrions tout autant danser pour faire venir les nuages, prier un dieu ou sacrifier un taureau.

      Je voulais donc bien dire la cause de la tristesse et pas de ma tristesse qui n’a pas d’autre cause que celle de la tristesse, car aucune chose singulière (particulière) n’a de cause qui provoque son existence. Cet œuf est la cause de cette poule parce que je considère que cet œuf-ci est la même chose que celui-là, ce qui n’est qu’une approximation. La cause est une vérité humaine qui permet à l’homme de prévoir et qu’il doit vérifier pour chacune des choses particulières, ce qu’il ne peut pas faire lorsqu’il n’y en a qu’une ou lorsque cela ne prévoit rien. Lorsque nous ne pouvons pas prévoir, nous agissons au hasard.

      Votre réponse a fait sens, mais j’espère que c’est moi qui ne paraît pas trop péremptoire.

      J'aime

      • Voulez vous dire comme Hume que l’idée de causalité est possible seulement parce que nous faisons l’expérience, par habitude, mais que logiquement rien ne me permet de justifier que le soleil se lèvera demain, si ce n’est l’accoutumance?
        Est-ce votre idée?

        J'aime

      • Il ne me semble pas… Il faut inverser la façon de raisonner. Dans un monde créé par Dieu, les causes sont matérielles, l’homme les découvre. Dans un monde imaginé par l’homme, l’homme doit imaginer les causes et les expérimenter. C’est difficile à appréhender car nous avons l’impression de les découvrir alors que les causes ont déjà été imaginées par d’autres, dans le passé.

        C’est la relation de causalité qui permet de créer l’expérience, ce n’est pas l’inverse. Dit autrement, nous ne pouvons pas expérimenter ce qui n’existe pas encore, prendre de l’aspirine si personne ne l’a inventé.

        Le cas du soleil est particulier car c’est un être particulier. Pendant longtemps, le lever du soleil n’avait donc pas de cause. Il devait se lever de toute éternité et personne n’en doutait (Aristote n’en doutait pas, car pour lui le soleil était un être éternel). S’il ne s’était pas levé, cela aurait été normal pour une raison ou une autre, le dieu soleil ne se serait pas réveillé ce matin-là. Rien ne permettait de justifier que le soleil ne se lèverait pas demain à l’inverse de ce que dit Hume.

        Puis, le soleil a été généralisé, c’est devenu une étoile, la terre est devenue une planète. Le lever du soleil avait alors une cause, l’attirance de la Terre par le Soleil. La planète et l’étoile sont des choses imaginaires (issues de l’imagination humaine). La Terre est approximativement une planète, la planète est éternelle mais la Terre l’est-elle? Le soleil est approximativement une étoile, l’étole est éternelle mais le Soleil l’est-il? Peuvent-ils disparaître demain pour des raisons inconnues? La rotation est également approximative, nous pourrions détecter des erreurs de mesure qui ne respecterait pas la théorie… Nous prévoyons le lever du soleil selon sa cause, nous pouvons en être certain (par la régularité du mouvement), mais nous ne pouvons pas savoir s’il se lèvera demain, comme le dit Hume. Cependant, ce n’est pas la cause qui vient de l’habitude, mais l’habitude qui provient de la cause.

        Hume fait comme si le monde dans lequel il vivait était le même que celui d’Aristote, parce qu’il pense que ce monde a été créé par une chose non-humaine, un Dieu. Il suppose que le monde existe, que ce n’est pas l’homme qui le pense. Et c’est bien là l’erreur d’Einstein, peu importe que Dieu joue aux dés ou pas, car nous ne pourrions pas le savoir.

        J'aime

      • Merci, j’ai essayé d’exprimer ce qui ne « colle » pas dans le raisonnement de Schopenhauer (ou est-ce le vôtre) en commentaire sur le post pointé par le lien.
        Je ferai peut-être un post pour l’expliquer autrement sur mon blog.

        Aimé par 1 personne

  3. Bonjour,

    Je vous suis sur le lien de causalité douteux voire inexistant de la psychanalyse mais le premier paragraphe de votre article m’échappe.

    L’analyse d’une cause ne suffit pas, à elle-seule, à résoudre un problème mais elle fait partie intégrante de l’équation puisque si vous ne connaissez pas la cause, vous vous exposez à recréer le problème. Je pense que l’exemple du réchauffement climatique sera assez parlant, du moins je l’espère:

    1. La Terre se réchauffe.
    2. Nous connaissons la cause de ce réchauffement (Cycles de réchauffement de la Terre mais surtout et principalement l’impact de l’Homme.)
    3. L’analyse de cette cause nous aide à résoudre ce problème (changement de comportement chez l’Homme, mise en place de stratégies et inversion de la tendance).

    A l’inverse sans la connaissance ni l’analyse de cette cause nous ne pourrions pas faire le premier pas vers une quelconque résolution du problème.

    Mais peut-être faites-vous une distinction entre un mal collectif et individuel?

    Concernant l’exemple du cancer facilité par tabagisme. Quelle serait l’utilité d’une thérapie médicamenteuse efficace si en parallèle je continue de fumer?
    Il me semble que dans la médecine, l’analyse des causes est simplement effectuée par une personne autre que « moi », plus compétente et donc plus efficace.

    La connaissance d’une cause ne traite pas le mal en tant que tel … mais elle fait partie du processus de création du remède.

    Merci de l’article en tout cas, je vois qu’il suscite l’intérêt et le questionnement. Lien de cause à effet ? ;))

    Johan

    Aimé par 1 personne

  4. Bonjour Johan.

    En effet, je n’en pense pas moins en ce qui concerne la causalité en générale. Mais si je ne me trompe pas, je précise que (et je vous incite à lire ma réponse au premier commentaire d’herve) dans le cadre des théories psychanalytiques, la connaissance de la cause n’est ni nécessaire, ni suffisante, mais je ne dis pas qu’elle est inutile. J’ajoute que c’est d’abord l’action sur le corps qui permettra « d’alléger le mal être », et que la connaissance, si elle permet d’orienter les moyens de compensation, ne suffit pas en elle-même (ça je le précise à l’instant). En somme, je remets en doute les capacités de guérisons de la psychanalyse et la méthode qu’elle propose pour y arriver, car le psychanalyste ne dit pas, « on va découvrir ceci pour vous permettre cela », mais bien, « découvrir ceci sera en soi suffisant ».

    Or vous précisez bien dans vos exemples que la connaissance de la cause permet à rebours d’agir, non pas que la connaissance de la cause elle même est suffisante pour soigner nos maux. Dans le cadre de l’écologie, savoir pourquoi la terre se réchauffe ne suffit pas pour réduire se réchauffement, il nous faut agir. De même dans le cadre du cancer. Notez par ailleurs que suivant ce dernier exemple, nombreuses sont les personnes qui ont été guéries sans pour autant connaitre les réelles causes de leur cancer. Quoi qu’il en soit loin de moi de vouloir nier la connaissance des causes.

    De plus j’aurai pu développer, dans ce cadre précis, un autre argument qui consiste a demander, que recherche réellement le psychanalyste ? Son objet d’étude a-t-il une réalité ou ne s’appuie-t-il pas sur une forme de narcisse, etc, mais je m’engagerais alors dans de trop grands développements dont je doute avoir les capacités pour les mener à bout, d’autant plus que les Propos se veulent relativement courts et simples.

    Je me rend compte que de traiter d’un tel sujet nous a amené sur une question cruciale de la philosophie qu’est la causalité. Je peux vous conseiller Hume en ce qui concerne cette question, voire Schopenhauer et son ouvrage sur la Quadruple racine du principe de raison suffisante, mais vue que les philosophes s’y attardent depuis plus de 2000 ans, je doute être en mesure d’y répondre à mon tour.

    Quoi qu’il en soit votre commentaire est pertinent, bien argumenté et très clair. C’est avec plaisir que je répondrais de nouveau si l’occasion s’en donne.

    Bien à vous

    Camille

    Aimé par 2 personnes

    • En fait, en lisant cette réponse, il me semble que vous seriez intéressée par la psychothérapie imaginée par l’école de Palo Alto (Watzlawick, etc…). Leur critique de la psychanalyse ressemble à la vôtre. Aujourd’hui, je ne pense pas que ce soit mieux que la psychanalyse, mais la confrontation des deux est intéressante.

      Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s