Sur le peuple enfant

Résultat de recherche d'images pour "tableau cours d'école"
Brueghel, Jeux d’enfants

Une tristesse tout enfantine naît de la compassion que l’enfant éprouve pour ses semblables. Quand bien même il serait la victime, il lui arrive d’être gagné par le remord lorsque la colère de l’adulte s’abat sur son camarade, même quand justice est faite. « Ce moindre mal ne valait pas tant de peine « , songera-t-il au plus profond de lui-même, parfois, il espérera atténuer la sentence qui menace à présent son camarade. Comment comprendre cet élan de compassion pour celui qui nous a fait du mal lorsque vient son tour de recevoir le bâton? Soit que l’enfant s’identifie à l’autre, ressentant un malheur qu’il n’aurait point voulu subir, effrayé par une colère véhémente pourtant destinée à le défendre; soit qu’il est gagné par un intime sentiment de honte quand il pense au regard que le peuple enfant aura à son égard, peuple qu’il croit trahir en recourant à une justice d’adulte. « Que penseront les autres de moi, se dit-il, moi qui n’ai pas su résoudre mon problème seul, moi qui n’ai pas su me défendre comme un grand « . Ne croyez pas que l’enfant ignore le sens des responsabilités, ni qu’il n’ait nul idée de l’honneur.

L’enfant qui, emporté par son élan, cause du mal à autrui, se retrouve embarrassé d’être la cause des pleures de son prochain. Redoutant le jugement des parents, il aura pour solution désespérée de s’auto-mutiler sous le regard du camarade comme pour lui dire: « vois comme je suis désolé, vois comme nous sommes égaux maintenant que moi aussi je souffre de t’avoir fait souffrir« . Il espère ainsi retenir les plaintes du pleurnichard pour qu’aucun adulte n’ait à intervenir. Conscient de sa faute, il préfère une moindre peine au déshonneur du sévère jugement des anciens. C’est que l’enfant aime plaire à ses parents, il se déçoit de décevoir.

D’autres, plus rares à cet âge, se rendront d’eux-mêmes à l’adulte, les yeux en larmes, leur délit comme un poids sur le cœur, effrayés par l’idée d’avoir déçu, et de la possibilité d’une sanction. Comment l’adulte peut-il ne pas céder un peu devant un enfant en pleurs d’avoir commis une faute ? Nul besoin de rajouter de la peine à la peine, il est pour un enfant aussi douloureux d’avoir commis un petit mal que d’en avoir subit un.

Sans doute que ma mémoire me trompe, mais je crois me souvenir d’une époque où les enfants cherchaient à arranger une situation par eux-mêmes avant de recourir aux adultes. Certes le résultat escompté était rarement à la hauteur de l’attente, mais ces enfants avaient une dignité et une maturité qu’ignorent les pleurnichards, ceux pour qui la frustration est un malheur, pour qui la moindre égratignure devrait faire appel à une réparation divine. Quel qu’il soit, l’adulte faisait figure d’autorité, et sa parole, juste ou injuste, obligeait au silence. Aussi il fallait éviter autant que possible que l’enseignant n’intervienne dans les histoires d’enfants. L’adulte était craint, mais craint en tant que maître de justice, disposant de la décision finale. En d’autres mots, il était respectueusement craint. Seulement l’enfant qui « caftait » été nécessairement « un traite », « une balance », en ce qu’il faisait intervenir le pouvoir tout puissant des grands dans la fragile société du peuple enfant. Qu’en est-il de nos cours de récréations modernes, là où chacun dénonce chacun le plus naturellement du monde, là où délations gratuites et autres sycophantes sont choses courantes?

Tout l’art de l’élève consiste à enfreindre les règles sans jamais se faire prendre, mais celui qui échoue à duper l’autorité et est saisi sur le vif, celui-là se doit d’assumer son acte et d’obéir à la règle promise. Il ricanera bêtement lors de sa punition, pour faire croire qu’il ne craint rien, qu’il est fier et intouchable, même quand les autres élèves viendront discrètement s’assurer qu’il se porte bien, alors que son âme sera dominée par une tristesse et une humiliation qu’il voudra cacher derrière son rire moqueur. La conscience morale se forme, à l’adulte de savoir quand une bêtise est réellement grave, s’il doit d’intervenir, ou quand il peut fermer les yeux sur les sérieux problèmes d’enfants.

01/06/2019

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s