Sur quelques effets de la tristesse

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Monte Cristo,

La vengeance est l’action de rendre le mal qui nous a été fait, action conduite sous la haine, engendrée par la tristesse et n’engendrant que la tristesse. En effet, l’homme vindicatif porte sa haine au plus près de sa conscience au lieu de la laisser s’essouffler. Le vengeur, animé par sa passion, est prêt à payer de sa personne pour atteindre son but, c’est-à-dire qu’il est prêt à souffrir beaucoup pour faire souffrir un peu, prêt à tenir dans ses mains la braise enflammée qu’il entend jeter sur celui qu’il veut blesser. Si la vengeance se réalise, il sera pris de remord pour le mal qu’il a causé, comprenant que la satisfaction qu’il obtient en retour est moindre face à la solitude dans laquelle il vient de s’enfermer ; venger ne répare pas l’affront que l’on a subi ni ne rend ce qui nous a été privé. Autrement dit  se venger ne donne pas de joie. Voyez Cersei Lannister, elle n’a jamais été aussi seule que depuis qu’elle s’est vengée. Mais si la vengeance ne se réalise pas, l’homme haineux se renferme dans sa colère, ne pouvant que contempler son impuissance pour réaliser son désir. Cette impuissance peut accoucher de la dépression, c’est-à-dire d’une fadeur de la vie qui nous fait préférer notre propre mort comme ultime recours.

Ne nous arrêtons pas sur nos échecs, ne nous embourbons pas dans la mêlasse de ce que l’on ne parvient pas à réaliser, au contraire concentrons-nous sur ce qui est en notre pouvoir, notre existence a sa propre perfection. Admettez qu’il ne sert à rien de vouloir courir comme un cheval, calculer comme un ordinateur, ou avoir la grandeur d’un arbre, car il s’agit de natures différentes de notre nature humaine. On ne se sent pas en concurrence avec nos téléphones ou avec les poissons, et donc on ne sent pas inférieurs, ni supérieurs à eux parce qu’on ne peut ni nager comme eux, ni rechercher des informations avec la même rapidité. On ne se compare pas en ce qu’il s’agit d’une chose autre que nous. Il en va de même avec les êtres de même nature. Inutile d’envier les qualités de nos semblables quand nous-mêmes avons notre propre perfection.

L’envieux se réjouit de la faiblesse d’un homme et s’attriste de ses vertus, car toutes les fois où il s’imagine ses propres actions, explique Spinoza, il en ressent d’autant plus de joie qu’il les conçoit comme singulières et propres à lui. Au contraire, les choses les plus banales et les plus partagées ne rehaussent point l’idée que nous avons de nous-mêmes car elles ne nous singularisent pas. D’où il vient que certains aient besoin de raconter leur quotidien comme une grande histoire, transformant leur aventure en épopée, car de cette singularité qu’ils s’imaginent d’eux-mêmes ils en retirent de la joie.

Seulement la vertu ne s’acquiert pas dans la comparaison avec autrui ou autre chose. Le sage n’est pas heureux d’être le plus sage, le plus grand, le plus fort, par rapport aux autres, car le sage tout au contraire ne se compare pas, il se satisfait de ses propres forces pour exister et disposer son âme afin de régler les sentiments qui l’animent selon les décrets de sa raison. De là nait le contentement. La seule comparaison qui vaille est avec nous-mêmes, le nous de notre passé, des progrès réalisés en comparaison à notre état initial. Et encore, je dirai qu’il est inutile de vouloir comparer l’adulte avec l’enfant, car l’enfant était parfait en lui-même en tant qu’enfant et ne pouvait pas disposer des qualités que l’on attribue à l’adulte, car il en va de sa nature d’enfant. Pardonnez à l’enfant que vous étiez vos hontes puériles, car elles sont pardonnables d’être par essence des hontes d’enfants.

Il est vain de vouloir la vertu du voisin, et donc il est aussi vain de se comparer à nos semblables pour concevoir nos limites. Pourquoi devrai-je envier Usain Bolt ou une quelconque rock star? Nous n’avons ni le même corps, ni le même métier, ni même n’avons fait les mêmes rencontres, et si Bolt peut se satisfaire de ses performances historiques, il n’aura point pour autant un bonheur supérieur au mien, malgré sa célébrité et sa richesse, à chaque fois que je réalise une action avec ma propre force. Aussi, pour qui cherche le bonheur et la sagesse, rien ne sert de vouloir la vertu d’un autre. L’expérience nous a trop montré que le bien-être n’est pas dans l’apparence, ni dans l’avoir, ni dans la réputation, ni dans la gloire, mais dans l’être, la connaissance et la vérité. Il faut pour être bien avec le monde être bien avec soi-même, et pour être bien avec soi-même il faut s’intéresser de près à la vérité et non pas faire reposer nos espoirs sur l’imagination et le surnaturel.

 19/05/2019

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