Des yeux de l’âme

Antoni Taulé (Spanish, born 1945) L'Énigme, 2016
Antoni Taulé

J’ai remarqué, dans le corps enseignant, un peu de solidarité et de partage, beaucoup d’égoïsme et de chacun pour soi. L’entre aide est de façade, un mirage que laisse espérer les sourires, mais dès qu’il s’agit de défendre ses intérêts propres, ragots et coups en douce font la loi. C’est que les enseignants ont leurs vacances à financer, leur crédit à rembourser, leurs enfants à éduquer, et quand vous leur demandez de réfléchir sur un temps et une manière d’enseigner favorisant les apprentissages des enfants, ils réfléchiront d’abord du seul point de vue de leur propre bien-être avant de savoir en quoi un changement peut être utile pour l’élève. Au final, enseigner est un métier comme un autre, désolé de briser ton rêve, toi qui croyais en la dévotion de ce métier. Derrière l’instituteur il y a un homme, et derrière l’homme un consommateur. Je salue avec admiration mes quelques collègues amoureux de leur métier, travaillant sans compter, aimant les enfants, aidant les collègues, car ils se font plus rares qu’ils ne voudraient le croire. Seulement entendez bien que la misérable reconnaissance que vous obtiendrez pour vos efforts, c’est celle que vous rendrons les enfants, car la gloire et le prestige vont à ceux qui savent parler, non à ceux qui savent s’oublier. Qu’importe, seul le regard de l’enfant est important.

J’ai remarqué ces personnes au capital sympathie fort appréciable, grandes gueules s’il en est, toujours enclins pour se parer d’une culture qu’ils n’ont pas, citant des livres qu’ils n’ont pas lu, motivés pour attirer les regards sur eux quelques soient les moyens, par leurs habits ou par leur rire, par les railleries ou par les pleurs, chantant à qui veut l’entendre le bonheur ou les malheurs de leur vie, souvent en catimini, comme avec sérieux, mais s’arrangeant de manière à ce que tous le monde le sache, toujours retirant leur épingle du jeu en manipulant les foules, car n’ayant de soucis que pour eux-mêmes, non par méchanceté, mais par ignorance des autres. On les appelle égocentriques, et vous les reconnaitrez à leur besoin de se psychanalyser en permanence avec vous ou des experts.

J’ai remarqué que la serviabilité était un vilain défaut. Soyez naturellement enclin à offrir vos services, et voilà que les autres s’accoutumerons à votre gentillesse. Exigeant spontanément plus de bonté de votre part, ils attendent toujours de vous voir renouveler ce que vous avez fait quelques fois, et voilà que si vous leur refusez votre aide, vous risquez de passer de l’ami sympathique au collègue rabat joie. A la vérité la gentillesse est un défaut, non pas en soi, mais dans un contexte social où chacun tient pour acquis ce qu’on lui doit mais oublie de rendre ce qu’il doit.  

J’ai ancré en moi une méfiance, celle de ne pas croire d’abord celui qui parle beaucoup, celle de ne point admirer la grande prestance, car les plus grands trésors ne sont pas toujours enfouis dans les plus beaux palais qui ne remplissent le creux de leurs immenses salles vides par quelques courants d’air. Peut importe que le corps soit d’or si le cœur est de pierre.

01/04/2019

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