Sur connaitre les étoiles

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Albert Bierstadt, paysage au clair de lune

J’apprenais les constellations dans les livres jusqu’au soir où je levai les yeux au ciel et compris que je n’y connaissais rien. Les livres savent enfermer l’esprit comme ils savent le libérer. Il faut, pour réellement comprendre l’idée d’un philosophe, pouvoir l’inférer à une expérience concrète. La théorie, sans une mise en pratique, ne mène nul part, et qui prétend philosopher tout en se sentant malheureux devrait interroger l’usage qu’il fait de la philosophie.

Regarder un cours de guitare ou de basket sur internet me permettra de progresser qu’à la condition de saisir mon instrument ou de chausser mes baskets pour m’exercer. En philosophie c’est pareil, toute la richesse de la discipline se trouve dans le lien que l’on tisse entre les idées et nos actions.

Remarquez ce syndrome du chercheur. Pointure dans son domaine, encyclopédie vivante de sa discipline, il devient niais, comme un enfant, dans les petites choses de la vie, du bricolage aux relations sociales. C’est qu’à force de se spécialiser et de vivre de sa spécialité, il finit par oublier que son domaine n’est pas toute la vie, voire qu’il en est qu’une infime partie. Se remplir le cerveau et découvrir est une chance, mais je tiens là l’idée qu’une connaissance qui ne vous aide pas à vivre, une connaissance qui n’est pas faite de neurones et de chaire, est une connaissance superficielle. Elle ne vous emmènera nul par. Préférons savoir moins mais bien savoir ce que l’on sait. Plus encore, mieux vaut ne rien savoir mais être capable de raisonner par ses seules facultés d’esprit que de connaitre d’innombrable choses mais de ne pas être en mesure de déplacer les concepts, d’induire et de déduire, avec sa propre volonté. A force de reprendre les idées des autres on en oublie de penser de notre chef.

Une connaissance n’est acquise que lorsque l’on a soi-même parcouru le cheminement qui y conduit. Il faut avoir éprouvé pour pouvoir prétendre que l’on sait. Tous ici pouvons répéter l’équation E=MC2. Moins nombreux sont ceux capables d’en détailler les termes, et encore moins ceux pour qui l’équation fait sens. C’est qu’il nous faudrait repartir du début et la découvrir de nous-mêmes, guidé par Einstein, pour enfin la lire avec la même clarté et la même limpidité que quand on lit un roman ou une BD.

Mais là aussi le savoir nous échappe. Lisez un roman avec plusieurs années d’intervalles et vous n’y verrez pas les mêmes choses. Pas seulement que vous portez une attention nouvelle à l’écriture, mais aussi que votre vécu rentrera en jeu, si bien qu’une idée qui vous avait à peine effleurée l’esprit à la première lecture deviendra pour vous le centre de l’œuvre, enfin elle fait sens en ce que vous pouvez projeter votre propre existence en elle. Notez que l’expérience peut se reproduire en musique, une chanson que vous n’écoutiez que d’une oreille peut finir par tourner en boucle dans vos enceintes.

Aussi je m’abstiens de juger un homme sur ses connaissances. J’ai remarqué bien des enfants ne connaissant rien se faisant plus vif d’esprit que leur propre enseignant, et bien des hommes qui n’ont pas lu de livres d’astronomie mais qui connaissent quand même le nom des étoiles. En confondant les livres avec la réalité, j’ai oublié de lever les yeux au ciel.

30/03/2019

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