Sur les défauts

la jeune fille devant le miroir

Otto Dix, Jeune fille devant le miroir

Propos de janvier 2016

Nous ne supportons pas qu’un homme puisse lire en nous comme dans un livre. On se sent nu, on se sent faible, sans plus aucun secret pour lui. L’homme qui se permet de nous rappeler nos quatre vérités se rend désagréable à nos yeux parce qu’il perce notre mauvaise conscience et qu’il révèle notre mauvaise foi. Il ne devrait pas avoir le droit de si bien nous connaître, sans notre autorisation, de nous connaître mieux que nous nous connaissons. C’est toujours un mauvais passage que de se savoir plus imparfait qu’on ne voudrait le croire.

Nous aimons les livres qui écrivent le fond de notre pensée, cette petite chose que l’on a toujours sue, ce germe d’idée mal formée dont on avait l’intuition mais que l’autre a su formuler avec tout le brio qu’on peut lui accorder. L’on reconnaît les grands auteurs en ce qu’ils vous offrent, dans leur page, une image de vous même, un miroir de l’âme. A notre charge d’en prendre compte. Mais après ?

Nous nous connaissons bien des défauts, et bien des fois l’on voudrait faire un effort pour les oblitérer. Mais en dernier lieu, ce sont toujours eux qui nous rattrapent. En retombant dans nos travers, nous nous sentons coupables, coupables de ne pas pouvoir être maître de notre caractère.

Défauts, qualités, ils sont toujours bien relatifs, particuliers et dépendant de situations particulières, quoi que peut-être aussi constitutif de notre être. « Il faut s’accepter comme on est » dit la grande maxime de notre époque. Je pense pourtant que ce ne peut pas toujours être vrai, et d’ailleurs, même si c’était le cas, qui le fait vraiment ? S’accepter comme on est, sans maquillage ?, sans ce beau corps aux formes athlétiques, aux décolletés proéminents et aux mini-jupes à ras le fessier ? Tout autant que nous sommes, s’accepter comme on est, c’est aussi peut être accepter de ne pas se laisser aller selon notre nature animale. Ne rien faire c’est laisser la fatalité l’emporter. A l’inverse, mener ce petit combat au quotidien, un petit rien, peut nous transformer dans le sens que nous préférons. Mais il est plus facile de changer d’apparence que de changer de caractère et d’habitudes.

Des défauts, il y en aura toujours, et il n’y pas de mal à se laisser aller, de temps à autre. L’important ce n’est pas le défaut, l’important c’est la volonté que l’on met pour se corriger. Un élève peut avoir de mauvaises notes à l’école parce qu’il ne comprend pas, parce que l’école n’est pas faite pour lui, etc., mais faisons toujours en sorte de le juger sur l’effort qu’il produit. Nous serions coupables de le laisser baisser les bras. Mais peut importe le résultat final, car je fais le pari que cet élève deviendra un homme plus armé pour la vie que ne le sera jamais l’élève facile pour qui tout va.

Et puis, l’art n’est-elle pas le produit d’esprits tourmentés ? A l’inverse, les artistes fils à papa produisent un art aseptisé. Cherchez les artistes d’aujourd’hui, et c’est bien chez les enfants de la rue que vous y trouverez les meilleurs.

16/01/2016

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