Lettre pour personne

 

 

Lettre pour personne,

Quelques maux me chantent en tête, et j’ai besoin d’une saigné blanche pour les évacuer.
La solution est que tout est dans la définition de nos noms: l’enfant agenouillé à l’autel, symbolisé par une fleur aux blancs pétales, laissa son jaune cœur succomber au pouvoir ravageur d’une magnifique déesse de la force. Tu m’as cueillis, je fane.

J’ai trouvé mon bonheur, mais mon bonheur ne m’a pas encore trouvé. Et si j’eusse usé de toutes les poésies pour écrire des vers à sa gloire, nulle crainte, j’en inventerai de ma tête. Pourrait-il brûler toutes mes proses, chiffonner toutes mes lettres, effacer tous mes messages, croyez-moi, je saurai en écrire de nouveaux, en écrire de plus beaux le faire jouir de mes mots.

Je n’ai d’âme que pour lui ; il me faudrait quitter le monde pour que son fantôme, comme une ombre, cesse de me pourchasser. Et dans l’au-delà, qui sait s’il n’y es pas déjà ?
Donne un corps à ce rêve, greffe une chair à cette âme, et tranquillement partons ensemble chemin faisant. Je n’aurai de foyer qu’allongé prêt de toi, ta chaude peau pour réchauffer le bout glacé de mes doigts.

Et si tu me connaissais autant que tu le dis, crois-tu que je m’attacherais à cette marotte sans raison? Mon esprit est comme un entonnoir, je suis borné d’un côté quand de l’autre le monde peut s’y verser de tout son gré.

Le plus malheureux dans cette histoire, c’est que j’étais sincère. Point de comédie, point de levain, si ce n’est une tendre mélancolie venant élever quelques larmes a hauteur d’yeux. Sincère dans mes émotions, sincère dans mes rêves, sincères dans mon humiliation, mon ambitieuse humiliation. Elle me couvrait de pennes mais je ne m’envolais pas. Ce lourd plumage me clouait au sol. J’aurai voulu me faire petit et me couler dans les failles de la terre pour suivre le ruisseau jusqu’au bord de la mer. Soit que j’aurai gagné les abysses, soit que j’aurai gagné le ciel, peu m’importe tant que je gagnais une étoile.

Une cicatrice sur mon cœur s’amusait à pavaner sa superbe comme pour m’obliger à me souvenir des restes d’un drame pas si lointain. Le temps ne répare pas ni ne guérit, mais il habitue à tout, aux conditions, à l’injustice, à l’absence, et même à la tristesse. Cette dernière a ceci de consolant qu’elle nous rappelle que l’on est et qu’on existe. Je souffre donc je vie. Je ne voyais pas que je rentrais dans ce cercle vicieux qui nous maintient au fond du tonneau, tonneau de danaïdes. On s’enivre du goût du sel coulant de nos joues sans s’apercevoir que l’on perd la couleur monde. Je pris plaisir à être triste.

Je partageais seul ces instants, à l’ombre du soleil, n’ayant nulle âme pour recueillir dans ses souvenirs les quelques pétales qui s’échappaient de la mienne. J’aimais imaginer que les vieux brigands de grands pères appréciaient se rappeler, en coterie et avec une certaine malice, leurs joyeuses aventures d’antan. Bons camarades de mémoire, n’ignorant pas les secrets des un et des autres, ils se comprennent ainsi tout en étant traversés de silence.

Contrairement à eux, ma vie s’effacera en même temps que s’éteindra ma voix, ne trouvant aucunes lèvres pour la prolonger, ne serait-ce qu’un jour de plus, assises sur un banc sous la frondaison d’un peuplier.
Mais quand ce funeste jour viendra, je vous en prie, ne retenez pas mes atomes, laissez les regagner le ciel, laisser moi m’envoler pour la dernière fois qu’enfin je réalise ma destiné et puisse danser avec la Voie Lactée.

19/09/2018

 

 

 

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