Le ciel mon amour

 

Le soleil, saupoudré de violet, enfonçait sa moitié dans une mer de nuages, qui, à son image laissait scintiller, le long de ses vagues enneigées, de fins reflets orangés.  Les minutes passèrent. Il ne resta à l’horizon que la flamme d’une chandelle portant en elle la dernière lueur du jour. L’éphémère crépuscule laissa sa place à la souveraine nuit, mère des ombres et du sommeil. Enfin cette maîtresse pouvait étendre son voile sur cette partie du monde. Mais plus elle tirait d’un côté, et plus elle perdait de l’autre. Aussi, le jour, son amour, ne la quittait pas d’un pouce. C’est qu’elle aimait s’enfuir et se laisser rattraper.  Ce jeu durait depuis des milliards d’années, et ils ne s’en lassaient point. Ces éternels gamins s’aimaient sans cesse, comme à la première rencontre. Elle s’échappait, lui la retrouvait. Elle l’enlaçait, lui l’embrassait, et le jeu recommençait.

« Que vais-je devenir quand tu partiras ?», demanda t’elle au jour. Elle avait pausé sa tête sur ses épaules. Ils regardaient le monde danser, silencieusement, sans un bruit, sans un chant . Il ne répondit pas. « Qui va veiller sur moi, repris t’elle ? » Il fixa le soleil, sa ligne de vie, perdu dans ses songes. « Pourrais-je exister sans toi ? Je n’en serai pas capable. Jure-moi que jamais tu me laisseras, jure moi que jamais tu ne m’abandonneras, jure le. » – « Mon amour, dit-il, tu es l’unique nuit de cette univers, alors que des jours comme moi, tu en trouveras d’autres, partout où brillent des étoiles. Je t’en pris, la vie est belle ». Elle fronça son regard. « Des jours comme toi, il n’y en a pas d’autre, répondit-elle sèchement. Nul jour dans tout l’univers n’offre de plus beau spectacle que ta lumière sur cette terre. Je ne te survivrai pas, je ne le pourrai pas ». Il la serra contre elle. Une perle glissa le long de son visage et la pluie, doucement, arrosa le ciel. Elle ne retint pas ses larmes, larmes que le jour, comme toujours, saura sécher par un tendre murmure sur le bout de ses lèvres.

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Clair de lune, Turner

 Le ciel est comme le paradis, il nous émerveille mais on ne l’atteint point. Où commence t-il, où s’arrête-il ? Toujours au dessus nos têtes, mais nul ni a jamais marché.

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Promenade près d’Argenteuil, Monet

Deux amoureux qui, au même moment, au même instant, loin l’un de l’autre, embrassent d’un seul coup d’œil les beautés célestes. Leur regard  se croisent au firmament et se disent, « sais tu que je pense à toi, ou que tu sois ». Regardant dans la même direction, ils ont un cœur battant pour deux.

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Camille Pissarro

Elle voulait s’enfuir, laisser ses soucis derrière elle, mais aussi loin qu’elle courait, une tristesse en dentelle la rattrapée. Elle pensa un temps que le problème, c’était elle. Il n’y avait rien à faire, il fallait l’accepter. La fleur du mal avait germée en son cœur. Ses racines s’abreuvaient de son sang et comme les chardons, jamais elle n’était sûre de pouvoir l’arracher. Il lui fallait vivre avec, prendre soin de ne pas se laisser envahir. Sa main se fit verte.

Une fois les soucis élagués, un rideau de lumière vint éclairer cet ancien roncier. C’était devenu un pré de verdure. Les pétales d’une rose éclosent sur une tige épineuse. C’est ce qui rend la fleur plus belle. Ainsi va la vie.

SEURAT
Le nœud noir, Seurat

 

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