Propos sur le rêve et le réel

 

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Dali, la Tentation de Saint Antoine, 1946

Réflexion produite par les enfants de CM2B de l’école George Houdard, 2017.

Qu’une vérité de lycéen vaille moins qu’une erreur de Descartes est chose probable, mais qu’un raisonnement d’élève de CM2 atteigne la hauteur des grands philosophes, j’en suis certain. Lors d’une activité de réflexion philosophique que je menais en classe, le sujet de la différence entre le rêve et l’éveil intéressa les enfants sans que je l’eu moi-même imposé. Le premier argument provenant de ces jeunes bouches fut l’argument cartésien de la ressemblance entre le rêve et l’éveil. « Quand on dort, dit un élève, on ne sait pas que l’on dort, le rêve parait réel, trop réel ». Le propos venait contredire la simple idée que le rêve se passe « dans la tête ».

L’argument de la confusion entre l’éveil et le rêve fut défendu bec et ongle par une poignée d’incorruptibles, mais il ne résista pas longtemps aux assauts répétés et de plus en plus violent des sceptiques. Schopenhauer lui-même, pourtant grand défenseur de l’idée cartésienne, aurait dû s’incliner face à l’émulation et l’imagination de ces pouces de têtes. Je reprendrais au mieux la formulation des élèves avec les termes de leur propos.

Le contre-argument engageant la contre-attaque dit simplement que l’on ne rêve pas toujours de choses censées, mais souvent de choses n’ayant aucune probabilité dans la réalité, c’est-à-dire dans le monde que l’on éprouve éveillé. Remarquez que la distinction est faite entre une réalité extérieure et la perception qu’en a chaque individu. Le monde est, est-il dit, et il est bien avant toute représentation. Les éléments fantastiques n’ont pas de place objective dans ce monde pré-humain.

Alors qu’il existe une « réalité », les éléments du rêve peuvent contredire ses principes, comme la capacité de voler dans le ciel sans aucune aide, ou encore de respirer sous la mer sans scaphandre. Ne parlons pas du « Père Noël qui nous attaque ». Chose insensée !

La contre-attaque se renforça avec la proposition suivante. « Si dans le rêve, on pense, on ne peut pas penser à plein de choses en même temps. On ne pense pas non plus au futur et à demain avec la même intensité que pendant l’éveil ». La perception par le sujet dans le rêve est piégée dans l’instant du rêve. Je ne me souviens pas avoir rêvé écrire une liste détaillée de course pour le lendemain.

La défense n’était pas sans force face à ces grands arguments de philosophes, arguments que j’ai retrouvés spontanément dans la bouche d’enfants n’ayant jamais lu le moindre philosophe mais construisant un raisonnement philosophique à partir de leur seule matière intellectuelle.

La proposition « quand on rêve, on ne sait pas qu’on rêve » vint colmater les brèches creusées par ces démons de réalistes empiriques. Mais je sentais que le château allait s’écrouler sous le poids des projectiles quand une élève riposta comme telle une phénoménologue que « réveillé, on avait conscience d’être dans la réalité, et que l’on pouvait porter son attention vers des choses précises », comme lire ce texte , ce qui n’est pas le cas dans la majorité des rêves où l’on subit le cours des évènements sans faire acte de volonté. Bien sur il existe quelques rares exceptions où le rêveur prend conscience de son rêve. Mais l’exception ne fait point force d’argument sérieux.

Et à un élève de conclure que « dans les rêves, on ne peut pas fermer les yeux. On ne peut pas fermer les yeux pour rêver ». Je croyais rêver.

08/01/2017

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