Bitch ma bitch

Gérome, Phryné

L’homme des arènes est tout semblable à l’homme des stades, et si le progrès de la technique accélère considérablement pour changer les habitudes, il ne suffit pas à changer la nature de l’homme ; celle-ci évolue selon des temps cosmologiques inconcevables à l’échelle d’une vie. Une vie est un flux inconstant et changeant, chaque naissance une nouveauté, comme un regard neuf sur le monde, un point de vue qui, tout en étant différent, recommence éternellement le même parcourt, les mêmes découvertes, et les mêmes désillusions. Nous sommes toujours nouveaux ; l’expérience de nos anciens ne tient que dans la mémoire des livres mais elle peine à s’inscrire dans notre chair. A la fois la mémoire des sentiments est longue à l’échelle d’une vie, puisqu’il nous arrive vingt ans après de reculpabiliser de la même manière qu’autrefois, mais en même temps, le mordant des sentiments s’use à la transmission d’une génération à une autre. C’est l’idée qui les tient, et donc elle les porte de manière vague et confuse, une expérience sans vécu.

Les religions changent, les régimes, changent, les mœurs changent, les peuples changent, mais quelque chose ne change pas : il y a toujours des femmes pour vendre leur corps et des hommes pour les acheter ; pour tous les goûts et toutes les bourses ; des hommes pour faire marchandage et trafics d’autres hommes.

Quant à savoir ce qu’englobe la prostitution comme contrepartie en échange d’un acte sexuel, il faut pouvoir déterminer ce qui relève d’un choix ou d’une contrainte. Peut-on choisir de se prostituer ? Un individu peut-il avoir un tel désamour de lui-même que, quoi que n’étant pas dans le besoin, il accepte d’offrir son corps à qui peut l’acheter ? Quelle différence entre une femme qui accepte des passes low cost derrière le périphérique et celle qui accepte de coucher parce qu’elle s’est vue offrir une bouteille de champagne à trois cent euros durant une soirée en boite de nuit ? La vénalité ? L’acte volontaire ? La nécessité ? Mais a quel moment quelqu’un n’a-t-il réellement plus d’autres choix, c’est-à-dire ne sait suffisamment rien faire d’autre que d’écarter les jambes pour gagner sa vie ? L’on voudrait défendre ces pauvres femmes à l’ombre de la misère, quand dans un même moment, d’autres acceptent le même acte, le même geste, mais pour des revenus largement supérieurs, soi-disant pour « payer leurs études » ou augmenter leur capitale sans trop d’effort avec en prime une série d’orgasmes.  

Je doute que la grande majorité des prostituées exercent par amour du métier, mais comme dans tout domaine, l’on trouve les amateurs du dimanche appelées « putes » ou « catins » et les professionnelles, appelées autrefois « courtisanes », « lorette » ou « Pompadour » (notez que la réflexion concerne les deux sexes). Peu importe la valeur de l’échange, la spiritualité qui s’ensuit ou le néant existentiel qui accapare celle qui s’oublie pour oublier sa déchéance ; l’enjeu reste le même : remplir sa bourse en vidant celle d’un autre.

Il n’y a pas de vertu sans acte de vertu ; quand on vend son corps, on vend le paquet, c’est-à-dire que l’on vend tout ce qui va avec : l’âme et tous les honneurs qui lui sont dû. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le viole est un crime, une femme violée n’est pas seulement blessée dans son corps, elle est meurtrie dans son être. La triste vérité est que l’on est ce que l’on fait, que l’existence précède l’essence ; mais l’espoir tient en ce qu’il n’y a pas de fatalité et que l’on peut en changer, ou autrement les valeurs ne valent rien. Certaines blessures sont irréparables, mais les cicatrices sont belles.

Le repos

Caspar David Friedrich

Là, sous son lit de lierre, une pierre en silence

Règne sur un champ de bruyère. Une auréole

Respire la lumière, graciée d’une obole

L’embrume, chaude, floraison et résilience 

*

D’un corps endormi, pâle au soleil de la nuit,

Le teint creux, d’un rêve sans fin, il crâne et rit

Vêtu fièrement d’un linceul nu et cocasse

Pose sur son grabat sa modeste carcasse

*

Les ailes repliées, le cou recourbé, la sève

S’enlise, les racines roucoulent, l’âme s’élève

De sombres couleurs pleuvent sur les gravures de l’arbre

Les bois pleurent un chêne couché aux feuilles de marbre

Naitre femelle et devenir femme

Star Wars : R2-D2 et C-3PO chez le psy - Le Point
Individus genrés et binaires

Personne ne s’est encore fait confisquer suffisamment son bon sens pour en arriver à nier les différences naturelles intra-espèce. On entend par différences naturelles l’aspect biologique qui constitue les individus avant tout fait de culture. Chez de nombreux primates, le mâle est musculairement plus développé que la femelle pour des raisons liées à une combinaison entre l’environnement et à la génétique, en résumé, à l’évolution des espèces. C’est là un fait incontestable propre à de nombreux singes avec qui l’homme entretien un important rapport de dépendance évolutive. Chez d’autres espèces encore, on observera un développement contraire, une prédominance de la force physique de la femelle sur le mâle, comme chez les chevaux, les baleines, où la fameuse menthe religieuse, guillotine vivante.

Ces différences biologiques semblent s’effacer avec la naissance et la mise en place des civilisations. On peut émettre l’hypothèse que les critères physiques de distinctions étaient plus accentués à une époque lointaine, dans les six à un millions d’années qui précèdent notre lignée, et que la constitution des civilisations a eu tendance à les éroder, thèse possible issue d’une observation qui montrerait que le processus de domestication animal nivelle ces critères distinctifs et que les attributs sexuels des animaux sauvages seraient plus marqués que les attributs des animaux domestiques, si bien que chez l’homme domestiqué l’on ne sache plus qui relève de quoi.

Blague à part, ces différences de faits n’impliquent pas une inégalité naturelle en ce que l’inégalité est un concept qui relève du droit, c’est-à-dire qui nécessite une législation. On est égaux ou inégaux devant une loi, quelques soit les différences. Il est juste qu’à travail égal le salaire soit égal, qu’à crime égal la peine soit égale, mais il n’est pas correct de dire que l’homme et la femme sont inégaux selon des caractères physiques, biologiques, et naturelles, pas plus que les arbres ou les cailloux sont inégaux entre eux.

Quant à la société du patriarcat comme idée d’une domination masculine, d’un pouvoir des hommes sur les femmes, non seulement on peut douter de la portée universelle de sa véracité au regard de la variété des cultures, de leur histoire, de leur fonctionnement, nonobstant qu’en plein cœur de ces susdites sociétés patriarcales jugées aléatoirement comme telles de nombreuses reines ont gouverné le monde sans que le résultat ne s’en retrouve meilleur ou pire, mais en plus, on devrait prendre garde à ne pas attribuer un supposé rapport de force d’un sexe sur l’autre dépendant de la condition de l’homme en tant qu’expression d’attributs masculins, en tant que mâle, en tant que viril. Sans doute que le rapport de domination (si rapport il y a, parce qu’il ne semble pas plus important dans les rapports humains que la solidarité, l’entraide, la séduction, etc.) se serait établi culturellement tout en étant d’abord fondé sur une distinction biologique liée à l’espèce, mais cela ne nous conduit pas logiquement à faire de ces critères les causes de la condition des femmes et des hommes dans une société donnée.

A supposer une société entièrement composée de femme où les hommes seraient exclus, et ceux depuis plus de mille ans, et qui grâce à un certain savoir parviendrait à se conserver. Nous verrions s’établir un même rapport de domination, une même violence, les unes asservissant les autres, les unes dominant les autres, luttant pour le pour le pouvoir et la conservation de leur être, et ce parce que la volonté de domination n’est pas un attribut propre à la masculinité, pas plus que ne l’est l’agressivité qui comprend autant la violence physique que la violence psychologique, le travail des hormones que le ressentiment « du faible ». On observe chez certaines espèces d’hamsters une agressivité maximale des femelles envers les mâles, allant jusqu’à la mises à mort des malheureux qui passaient par-là. C’est un fait de l’espèce qui répond à une stratégie de reproduction constitutive de cette même espèce.

La comparaison avec les autres mammifères n’est pas à prendre à la légère, car les lois qui les gouvernent sont aussi les lois qui nous gouvernent, et quoi que la forme en diffère, le contenu reste le même. Œil de tigre, caractère de cochon, rapide comme un lapin. Autrement dit, s’attaquer à l’homme, à sa supposer virilité, au nom de l’égalité des droits, c’est s’attaquer à un faux problème, puisque le problème est celui de l’application de la loi positive et non pas un problème de lois naturelles.

C’est le désamour de soi-même qui amène le désamour des autres, mais il faudrait apprendre à ne pas juger le monde à l’aune de sa propre souffrance et à l’ériger en vérité universelle. La vérité est raisonnable, la passion est animal. C’est en primatologue que je voudrai observer l’homme, et ce avant d’établir sa destinée métaphysique, avant le refoulement de ses instincts. On laisse à croire aux individus qu’ils peuvent devenir qu’ils veulent, que l’homme est d’une plasticité sans fin, mais c’est une erreur civilisationnelle, car nous tenons davantage de l’Hydre que de Zeus, du corps que de l’esprit, de la terre que des étoiles.

La mort n’est rien mais la vie est tout

Les philosophes s’évertuent à nous prouver que la mort n’est rien et que, en l’occurrence, si la mort n’est rien, il est vain d’avoir peur de la mort. L’idée de surmonter cette peur instinctive, animale, universelle, est une idée largement partagée qui se retrouve autant chez Platon, Epicure, les Stoïciens, les Chrétiens, Spinoza, Montaigne, Schopenhauer, et mille autres. Pourtant, après deux mille ans de pensées, de théories, d’élucubration, et de système qui nous expliquent pourquoi nous ne devons pas avoir peur de la mort, nous naissons neuf, et nous avons encore peur de la mort, au point où nous préférons la sécurité de nos âmes à tout risque mortel, au point où les vieux même préfèrent sacrifier leur jeunesse pour prolonger leur existence de quelques années. Et nous allons justifier leur cause.

Que la valeur que l’on accorde au courage face à la mort soit largement amoindri avec le temps est chose plausible. C’est une valeur guerrière, d’un autre temps. D’ailleurs, le plus étrange est que même les plus farouches croyants en une vie éternelle ont peur de la mort. J’imagine trop bien le terroriste suer à grosse gouttes, de peur et de crainte, au moment de faire preuve d’une détermination extrême et contre nature qui consiste à ôter la vie d’autrui en perdant la sienne propre. Si l’action enlève la crainte parce que l’esprit est occupé, je sens le cœur qui palpite, le sang qui s’échauffe, les poiles qui s’hérisse, quand il s’agit d’aller mourir volontairement, le signe que ces gens là n’ont pas su se convaincre entièrement sur leurs idéaux, car si leur âme se détermine à mourir, leur corps, lui se refuse d’obéir, car la moindre parcelle de cellule entend encore prolonger la vie jusqu’au bout de ses forces et le fait bien comprendre. Toute peur est peur de mourir.

Aussi serait-il peut être temps de considérer ce que tout le monde à sous les yeux universellement depuis toujours : oui il faut avoir peur de la mort, ou encore, on doit avoir peur de la mort, car nous n’avons pas le choix, nous ne savons pas faire autrement.

En fait, peu importe ce qui advient après la vie, car ce qui arrive à présent est unique et singulier pour une conscience particulière. Et si nous redoutons tant la mort, c’est que finalement nous craignons qu’elle soit la fin de notre singularité, et nous aurions raison. L’enjeu n’est pas de savoir comment mourir, le but véritable est de savoir comment vivre, car on pourrait développer plus d’un argument pour dire que vivre soixante ans d’une vie heureuse vaut mieux que de vivre cent ans d’une vie malheureuse, mais aussi que de vivre seulement vingt ans une vie heureuse vaut moins que de vivre soixante ans d’une vie heureuse. Peut importe que l’éternité engloutisse la durée d’une vie, qu’un ou cent soit égale face à l’infini, car toute l’existence se condense dans ce un et dans ce cent, et que celui qui a cent à certainement plus que celui qui a un. Donc, vingt ans de bonheur valent mieux que dix neuf ans de bonheur.  

Aussi, en matière d’éthique, je ferai exactement l’inverse du pari Pascalien. Je ne parierais pas sur Dieu, car nous avons tout une vie à perdre, alors que si nous nous trompons, Dieu saura nous le pardonner.

L’égoïsme

Chaque individu, en dépit de sa petitesse, quoi que perdu, anéanti au milieu d’un monde sans borne, goutte d’eau dans l’océan de l’univers, ne se prend pas moins pour le centre du tout, faisant plus cas de son existence et de son propre bien être que de celui de tout le reste. Il serait prêt à sacrifier tout ce qui n’est pas lui, le monde, pour prolonger un moment son existence. Cet état d’âme, c’est cela l’égoïsme, et il est essentiel à tous les êtres dans la nature.

Schopenhauer

Sur l’évolution

Évolution : et si nous descendions du hasard ? -

A proprement parlé, la théorie Darwinienne de l’évolution semble mal qualifiée par ce le concept même d’évolution. En effet, l’idée première d’évolution est associée avec l’idée de progrès, c’est-à-dire d’une amélioration d’un négatif vers un positif, ce qui n’est pas exactement ce que décrit Darwin. Il y a dans l’idée d’évolution darwinienne l’idée d’un changement, non pas d’abord adaptatif, mais « tatilleux », par esquisses multiples, par essais, par brouillons, et à l’aveugle, sélectionné par l’environnement. Il n’y a cependant pas de jugement de valeur ni de hiérarchisation quant au résultat : le chien n’est pas meilleur que le loup, il est différent.

C’est que nous pouvons comprendre l’idée d’évolution des espèces, et celle de l’histoire, de trois manières :

Le premier est l’idée d’une perfection des origines suivit d’une dégradation perpétuelle. C’est une conception que l’on pourrait dire platonicienne, rousseauiste, ou chrétienne, une conception qui suppose l’existence d’un âge d’or pour l’humanité, un âge perdu parce qu’un cataclysme a causé la chute. Depuis le désastre, toute avancée dans le temps nous éloigne de cette perfection originelle. C’est le mythe du péché originel, quand Eve et Adam oseront manger la pomme de la connaissance, celui de l’âge d’or des hommes dans la mythologie Grecque, avant que Pandore ne profane l’interdit, ou celui de l’homme naturel de Rousseau, bon, naïf, protégé de toute immoralité, non corrompu. Avec Platon comme avec Rousseau, nonobstant tout ce qui les distingue, la « société », le développement de l’art, de la poésie, du théâtre, des sciences, en somme tout ce qui crée l’apparence, causeront la perte de l’homme, objet de sa dégradation, éloignement de sa condition naturelle, celle qui était bonne, celle de la race d’or non encore altérée, dont l’une perdra son caractère divin, et dont l’autre verra l’amour propre, c’est-à-dire la volonté égoïste de posséder, richesses, honneurs, gloire, se substituer à l’amour de soi, simple désir de conservation.  

La seconde conception, antithèse de la première, est la conception naïve des Lumières et qui s’enracine aujourd’hui dans la pensée néolibérale du transhumanisme, celle qui pense l’évolution comme un progrès du moins vers le plus. Hier était la barbarie, hier était le chaos, le désordre, et le progrès consiste à parfaire l’espèce humaine, à maitriser la nature, à tout contrôler ; demain sera meilleur qu’aujourd’hui, et aujourd’hui meilleur qu’hier. Au XXI siècle, c’est la conception des ignorants, celle des hommes qui n’ont pour visée de l’histoire que le bout de leur nez, celle des enfants qui voient la mort comme un mal.

Enfin la troisième proposition est ce qui fait la révolution darwinienne, celle qui porte un regard neutre sur l’histoire, sans juger les vicissitudes et les circonvolutions qui construisent les civilisations. Vous la retrouverez chez Schopenhauer (un peu avant Darwin lui-même), à croire que c’était une pensée d’époque ; puis chez Nietzsche et son travail de généalogiste ; et chez Alain pour qui l’homme d’hier n’était ni pire ni meilleur que l’homme de demain ; il est juste autre en étant le même. Même le progrès technique est incapable de le rendre meilleur, ni pire, car la noblesse de l’homme ne réside nullement dans la durée de sa vie. Peut-être existe-t-il des générations plus douées que d’autres, mais au regard de l’histoire, elles se retrouveront vite le creux de la vague, puis s’élèveront de nouveau, oscillant entre bien et mal, grandeur et petitesse, idiotie et intelligence ; l’homme robotique de demain ne saura, ni ne pourra plus que l’homme de Neandertal, car un esprit simiesque dans une machine reste un esprit simiesque, peu importe la carapace, toujours confronté à sa propre finitude, à ses désirs de puissance, de domination, et sa volonté de posséder le monde.   

05/09/2021

La désobéissance civile

Auguste de Prima Porta — Wikipédia

Comment désobéir à une loi dans un cadre législatif et juridique que l’on accepte pourtant en tant que citoyen, c’est-à-dire dans une démocratie légitiment établie ? C’est la question soulevée par Rawls dans Théorie de la Justice à travers le concept de désobéissance civile : « Quand le devoir d’obéir aux lois promulguées par une majorité législative cesse-t-il d’être une obligation face au droit de défendre ses libertés et le devoir de lutter contre l’injustice ? »

Premièrement, la désobéissance civile est un acte pacifique, non violent, qui doit être public, réfléchit, et dont son action, contraire à la loi que l’on cherche à dénoncer, a pour effet de changer cette loi. Il s’agit d’agir au nom de la Justice, idée supérieure au simple cadre législatif.

Or, pour Rawls, la première condition de la désobéissance civile repose sur l’infraction du premier principe de justice, c’est-à-dire le principe de liberté égale pour tous, ainsi que la violation de l’égalité des chances. Toute loi qui entraine une séparation, ségrégation, de droit, entre les citoyens, franchit le premier principe de justice tel que définit par Rawls. Chacun doit pouvoir exercer de la même manière ses libertés fondamentales, celles-ci ne sont plus respectés quand par exemple : le droit de vote est interdit à une minorité, ou l’accès au transport en commun à une autre minorité, comme durant l’Apartheid, ou encore la restriction à tout autre établissement publics et privés pour un quelconque motif discriminatoire, de religion, de sexe, de couleur de peau, ou d’hygiénisme. Toute loi remettant en cause la liberté égale pour tous est d’emblée injuste et légitimise un acte de désobéissance civile.

Rawls soulève deux autres conditions pour un tel engagement public, à savoir que nous ayons fait appelle à tous les moyens légaux dont nous disposons pour remédier à cette difficulté. La désobéissance civile apparait comme dernier recours après avoir fait tout le nécessaire légal pour contrecarrer la décision de la majorité. Rawls souligne que quand les actions passées ont montré que la majorité, antipathique, ne pouvait pas changer sa façon de penser, alors la désobéissance civile se justifiait, notamment quand l’assemblée législative promulguait une loi scandaleuse remettant en cause les principes de justices. D’ailleurs, Rawls ajoute que dans de tels conditions, la désobéissance civile est elle-même trop modérée, car en cas de promulgation de telles lois, la majorité s’est déjà rendue « coupable d’intention ouvertement hostiles ».

La troisième condition de la désobéissance civile est de limiter et borner l’objectif attendu de notre action afin qu’elle ne dégénère pas et ne fragilise la constitution dans sa totalité, constitution qui permet encore notre action de désobéissance en ce qu’elle joue sur les limites de la légalité. Tout Etat qui réprime un acte de désobéissance civile, ou dont une minorité s’impose à la majorité, n’offre déjà plus la structure démocratique nécessaire dans laquelle est rendue possible l’action de contestation.

Pour conclure, c’est toujours la Justice qui est visée par la désobéissance civile, et ce à condition que l’action soit raisonnée, consciente, et sans d’autre ambition politique que de rétablir le manquement de la majorité légiférante. La démocratie n’est jamais une chose faite et acquise, elle est toujours à faire, et plus encore dans les passes difficiles et délicates. Que vaut la République qui s’abandonne à un seul ? La République Romaine avait, dans ses heures sombres, coutume de recourir à un imperator, mais l’imperator renonçait à son pouvoir au bout de six mois de manière inconditionnée, et tous s’y tenaient, car personne ne pouvait supporter une telle charge de responsabilités. Quand l’Etat d’urgence s’enracine, démocratie et République sont menacées, car l’urgence est bien souvent relative aux points de vue de celui qui l’émet, et que le principe de précaution poussait à l’extrême est une dérive trop facile à mettre en avant pour cacher les faiblesses d’une gouvernance erronée.

Monnaie et liberté

« C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour augmenter son aise. Donnez de l’argent et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave ; il est inconnu dans la cité. Dans un Etat vraiment libre les citoyens font tout avec leur bras et rien avec l’argent. Loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils paieraient pour les remplir eux-mêmes… Je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes. » 

Rousseau

Un instant en mangeant

Les doux après-midis

Endormis de juillet

Chantent encore aujourd’hui

En mon âme égarée.

Comment sécher la larme

Me remontant du cœur*

Qui déverse en mon âme

Des nostalgies d’ailleurs

*Des violons de Schubert

Aux promesses d’hier

J’ai cru voir entrouvert

S’étendre la lumière

Le gladiateur est mort !

Vive l’empereur, vive l’empereur !

Embrasse un jour encore

Tourne, danse, et meurt