« Fuyez, Télémaque, fuyez : on ne peut vaincre l’amour qu’en fuyant. Contre un tel ennemi, le vrai courage consiste à craindre et à fuir, mais à fuir sans délibérer et sans se donner à soi-même le temps de regarder jamais derrière soi. »

Fénélon

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Sur la matière

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La philosophie idéaliste explique que la matière est une idée. En effet la matière est une production d’un entendement qui ordonne et catégorise le réel. Aussi dira-t-elle que l’atome est un concept que l’esprit plaque sur le monde afin de mieux s’y repérer et ainsi pouvoir s’y mouvoir tout en le manipulant. Les mots ne sont pas les choses elles mêmes, les choses elles-mêmes n’ont pas de noms, ni ne sont individualisées, ni ne sont singulières. Nous pensons la matière comme une chose fixe alors qu’elle est un mouvant permanent, réceptacle de « la volonté créatrice » ou du principe de la causalité. Avec cette philosophie, la matière n’est que cause et effet.

Seulement vous aurez beau décomposer la matière en idée autant de fois que vous le voulez, atomes, noyaux, électrons, quarks, leptons, bosons, etc., il n’empêche qu’à la fin vous ne pouvez toujours pas traverser le mur à votre guise et que vous êtes contraint de passer par la porte. La spéculation philosophique, et le besoin de cohérence logique en sont arrivés à perdre le monde tout en le recherchant. Pourtant le vécu échappe aux idées. Le philosophe a besoin pour se nourrir l’esprit de se remplir l’estomac. Tout se passe comme si la vérité du monde pouvait se passer du langage et de la raison, comme si elle était située en deçà de l’entendement, appartenant au corps seul, ce que Bergson recherchait à travers l’intuition.

C’est la raison pour laquelle je m’attache au critère pragmatique de la science. Non pas que la science dit nécessairement le vrai, mais qu’a partir du moment où elle est capable de réaliser une action dans le monde de manière répétée, le progrès technique par exemple, cela signifierait qu’elle se rapproche au plus prêt de ce que serait la vérité. Aussi se distingue t’elle du miracle par ce critère de la répétition volontaire.

J’aimerai conclure ce propos en reprenant cette idée poétique de Bergson quand ce dernier écrit que se nourrir est en dernière instance se nourrir du soleil. En effet, au bout de toute chaîne alimentaire se retrouve les végétaux, et les végétaux ont la capacité de transformer les minéraux en matière organique. Pour se faire ils utilisent l’énergie solaire, processus que l’on appelle la photosynthèse, et qui consiste à fixer les particules de carbones dans la plante. En mangeant la plante l’animal absorbe l’énergie solaire de la plante, et en mangeant l’animal l’homme absorbe cette même énergie qui se rependra dans tout son organisme. Aussi notre énergie est-elle un morceau de soleil, et cela est d’autant plus vraie que le monde et ses occupants ne sont que les poussières d’une étoiles effondrée sur elle-même il y a des milliards d’années. C’est pourquoi quand vous comparer votre amoureux/se à une étoile, vous ne faites que lui rappeler ses origines cosmiques.

18/09/2018

Sur la philosophie l’éthique et la morale

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Aston Knight

On me demande souvent vers quels métiers débouchent les études de philosophie. Je réponds qu’elles ne débouchent sur pas grand chose, mais qu’à la différence des autres formations qui débouchent sur pas grand chose, la philosophie vous apprend à relativiser ce pas grand chose. Avec la philosophie, vous resterez pauvre, mais vous apprécierez votre pauvreté de la même manière que si vous étiez riche.

Il faut distinguer l’étude de la philosophie du vivre philosophiquement. L’étude de la philosophie est l’acquisition du savoir philosophique, c’est-à-dire des grandes thèses des auteurs de l’histoire philosophique. Être philosophe ce n’est pas se limiter à ce savoir. Bien au contraire, le philosophe peut se passer de la connaissance philosophique en ce que je considère quelqu’un de philosophe à partir du moment où il réunit au moins ces deux critères: il interroge le monde dans le quel il vit, et il essaye d’adapter son mode de vie en restant fidèle à ses idées, même quand ses idées changes. Autrement-dit avoir un début d’attitude philosophique c’est déjà se faire philosophe.

Mais contrairement à ce qu’imaginent les esprits peu philosophiques, la philosophie ce n’est pas d’abord parler d’idées obscures et abstraites. Le point de départ de la réflexion philosophique est toujours ce qu’il y a de plus banal, c’est le « cela va de soi », le « ce qui est admis par tout le monde », le stéréotype. Aussi certains philosophes médiatiques se font cracher dessus parce que leurs propositions semblent a priori réactionnaires. Mais en vérité ils ont souvent une plus grande compréhension du problème en ce qu’ils englobent plus d’éléments et font plus de lien avec le reste du monde dans leur réflexion. Partir de la banalité c’est d’abord s’assurer que l’on ne construit pas sur des sables mouvements, au risque, comme dans Sacré Graal, de voir l’édifice s’enfoncer dans la médiocrité de l’esprit. J’entends par esprit médiocre les esprits incapables d’avoir une vue d’ensemble sur les sujets qu’ils abordent. Qui comprend la complexité d’une situation et des différentes branches qui se lient au tronc a déjà dépassé le stade de la stupidité; les conversations sérieuses, originales et ouvertes sont alors possibles. Autrement il ne sert à rien de discuter car personne ne convaincra personne et chacun repartira avec les mêmes convictions qu’il avait au départ, la colère ou la frustration en plus.

La philosophie interroge, mais elle n’apporte pas de réponse. Les réponses sont pour les sciences, les religions et les sages, mais point pour les philosophes. La philosophie est par essence une réflexion enfantine qui se demande le pourquoi des choses. Et quand bien même on lui dirait le pourquoi, elle interrogerait le pourquoi du pourquoi. Aussi le philosophe sait qu’il ne sait pas grand-chose, et souvent doute de ce qu’il sait et ne le tient jamais réellement pour indubitable. C’est un mélange de Socrate et de Descartes. Aucun système philosophique ne tient sans colmatage, aussi les philosophes ont-ils abandonné les systèmes.

Mais un philosophe se reconnait aussi à son éthique. L’éthique ce n’est pas la morale. L’éthique c’est un choix intime d’un mode de vie en respectant certaines règles que l’on s’impose, comme des règles morales mais pas que, alors que la morale est un ensemble de règle sociales extérieures à nous qui dictent notre conduite. Il y a une exception kantienne qui consiste à dire que la morale émerge de la raison humaine, non dictée par un dieu moralisateur. Il n’empêche que la portée de la morale kantienne reste universelle, c’est-à-dire concerne tout le monde, alors que l’éthique est une chose plus intime. Je pourrai aussi dire que l’éthique c’est le choix de suivre ou non les règles morales.

Quand mes propos, ou lors de discussions, je me révèle légèrement péremptoire en matière de morale, certains de mes lecteurs me rappellent à juste titre (ou moi-même pour nuancer mon propos afin d’éviter un débat chronophage) que « chacun fait comme il veut ». Mais après réflexion, cette phrase est terrible et certainement fausse. Dans les faits chacun peut faire comme il veut, mais en matière de morale chacun ne doit pas faire comme il veut. Je fais comme je veux à partir du moment où je ne lèse personne. Mais dès que quelqu’un d’autre ou quelque chose pâti de mon agir, alors je dois le prendre en compte et cesser de faire comme bon me semble. Or la loi est là pour rappeler cette condition essentielle du vivre ensemble, et la morale est l’émergence de règles qui favorisent ce vivre ensemble. Beaucoup d’adultes ont fais comme ils voulaient sans s’apercevoir le mal qu’ils pouvaient causer, à des enfants par exemple. Mais l’enfant est un être, en tant qu’enfant, qui ne doit rien à personne, qui jamais n’a demandé de venir au monde, et donc qui est victime quand il subit les actions négatives des adultes. C’est la définition même de l’enfance. Aussi la loi et la morale ne visent pas d’abord à protéger les adultes des autres adultes, mais à protéger les personnes innocentes comme le sont tous les enfants de moins de dix ans (moyenne approximative).

17/09/2018

Sur les secrets à soi-même, sur la volonté et sur le couple authentique.

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Poussin, Le massacre des innoncents

Y aurait-il en nous de mystérieuses profondeurs pour nous déterminer mais que l’on ignorerait ? Ne pas connaitre toutes les causes de ce qui nous conditionne est plus qu’une simple possibilité, mais pour autant pouvons-nous avoir des secrets pour nous-mêmes ? Cette dernière question supposerait qu’il y aurait quelque chose en nous que nous ignorons, comme si l’on abritait un second « Moi ». Mais comment ce « Moi » bis pourrait-il savoir des choses que j’ignore sur moi-même ? N’est-ce pas absurde ? En effet, le sujet, c’est-à-dire mon premier « Moi » est le prolongement d’une conscience dans une même entité corporelle, or en tant que ce sujet est conscient rien de ce qu’il a vécu subjectivement n’a pu pénétrer en lui sans qu’il ne le sache. Tout ce qui nous est arrivé, à partir de l’instant où la conscience de soi s’est développée, nous est connu. Petite parenthèse cependant, attention à ne pas confondre cette idée de la conscience du « Moi » avec l’idée de « refoulement », c’est-à-dire  la mise à l’écart d’une situation psychique parce que trop difficile à supporter dans un instant précis. Le refoulement n’est pas quelque chose que j’ignore, mais quelque chose dont j’ai connaissance mais que je mets de côté pour diverses raisons.

Mais dire qu’il y aurait un « Moi » caché qui parfois rechercherait à s’exprimer, par exemple à travers les rêves comme dans certaines théories de la psychanalyse, c’est scinder le sujet en deux, ce qui semble absurde. N’opposez pas ici l’argument de la schizophrénie, car le schizophrène est UN sujet avec plusieurs personnalités, et non pas différents sujets dans un même corps.  Mais là encore on pense mal, et ce qui nous trompe est qu’on envisage cette idée d’un second Moi  a travers le prisme d’une entité spirituelle semblable à une âme immatérielle située à l’intérieure de mon corps, alors qu’il faudrait le penser sur le seul plan du corps lui-même, c’est-à-dire de la matérialité. Le psychisme est de prime à bord un agrégat de neurones et de cellules (en d’autres termes un composés d’atomes). Aussi j’en déduis que l’expression de « l’inconscience » de notre corps est du même ordre que la faim, la soif ou encore que la maladie. En effet, le cerveau (terme qui en faite est réducteur puisque le cerveau est une partie seulement de l’ensemble de l’organisme) signale juste un manque et un équilibre à rétablir, rien de plus. C’est pourquoi il se peut que les séances psychanalytiques soient des supercheries en ce qu’elles n’ont rien à vous révéler sur vous-mêmes que vous ne sachiez déjà. A l’inverse la psychologie a une vraie utilité en ce que vous déversez par la parole ce trop plein émotionnel qui est en vous, mais uniquement de la même façon que les toilettes sont utiles pour votre intestin. Pas de mystère ici, juste un équilibrage corporel, et les seules profondeurs qui existent sont les profondeurs de vos entrailles.

Je voudrai un instant faire un lien avec la distinction entre la volonté et l’agir. La volonté est, métaphoriquement, ce qui en nous et en toute chose nous pousse à agir. Seulement, mon hypothèse est que la volonté n’est pas de l’ordre de la supposition, mais de l’action, ce qui donnerait sens à l’expression « quand on veut on peut ». Vouloir c’est concrètement agir. Dire que « je pourrai faire quelque chose mais que je m’en abstiens parce que je ne le veux pas » est en fait un mensonge que l’on se fait à soi-même, car la volonté ne s’exprime et n’existe que dans l’action, que dans ce que l’on réalise réellement. A la question « qu’est ce que je peux réellement ? », la  réponse serait : « ce que je fais ». Et c’est ici que je relie ce paragraphe avec le début de mon propos. Il n’y a pas quelque chose en vous qui veut pour vous, mais il n’y a que vous, c’est-à-dire votre corps, votre psychisme et votre histoire, qui réalisez ce que vous pouvez et montrez par là ce que vous voulez. Ce que vous pouvez faire, c’est ce que vous faites.

Je reconnais que cette proposition demande un approfondissement que je me ferai un plaisir d’écrire à l’avenir. Mais elle a aussi un enjeu éthique. Beaucoup viennent à justifier leur choix et à argumenter en leur faveur après coup, c’est-à-dire après avoir agit, alors que l’éthique consiste à l’inverse à agir selon des idées longuement réfléchies, ce qui est beaucoup plus difficile à assumer. Seulement les uns s’irriterons devant la vérité qu’ils voudraient se cacher à eux-mêmes, mais qu’ils n’ignoront pas si ont un minimum de lucidité (d’où l’irritation), reprochant aux autres leur propres faiblesses et leur propre erreurs, alors que les autres sauront se remettre en cause devant leur erreurs et accepter de changer leur opinion, mais pas seulement leur opinion, leur action. Ils agiront en responsable, c’est-à-dire qu’ils seront en mesure de transformer leur vie suivant leur désir et leur volonté. Autrement dit, ils seront heureux et sans haine quelques soient leurs peines.

Par exemple. Il est vrai et mainte fois éprouvé que  les petites concessions que l’on fait au début de nos rencontres, quand on veut « construire » un couple (si jamais un couple se construit vraiment) se remplissent et grandissent pour devenir au fil des ans un gouffre de refoulement et de désirs perdus qui séparent les deux protagonistes de l’histoire, une bulle qui bien souvent éclatera violemment dans une rupture lamentable où la raison n’aura plus sa place, au détriment, malheureusement, des enfants spectateurs et victimes de la perdition des adultes insensés. Beaucoup de parents quinquagénaires ou d’enfants de divorcés se retrouveront ici, et il faut être naïf ou manquer cruellement d’expérience pour ignorer ce vécu relativement rependu. Oui les situations se répètent, et aux mêmes configurations de départ l’on tombe fréquemment sur les mêmes conséquences d’arrivée. Mais quand vous dites une simple vérité de ce genre, même cause/même effet, à des personnes qui ne sont pas prêtes à l’entendre, celles-ci s’énervent, et elles s’énervent non pas parce que vous vous trompez (car que l’autre se trompe n’a rien d’énervant en soi), mais parce qu’elles se sentent atteintes dans leur être, dans leur histoire, dans les choix qu’elles ont fais, bref, dans ce qui les constitue, et qu’elles se retrouvent contraintes à lorgner du fond de leur âme leur impuissance et leur propres limites, en somme l’absence de cohérence entre leurs idées et leurs actions, ce faisant donnant raison à ce dicton que « la vérité blesse ». Or la vérité n’est pas dans l’énervement. La vérité est neutre, elle ne veut ni bien, ni mal. En faite elle ne veut rien, juste, elle est. Mais lors d’un débat d’idée, celui qui s’énerve réellement est celui qui est entrain de perdre la discussion car ne parvenant pas à faire comprendre son raisonnement. Il faut savoir qu’aux yeux des spectateurs celui qui perd le débat est celui qui échoue à faire émerger sa vérité et donc se trompe.

Aussi, petite moraline, en matière d’éthique, si  vous n’éprouvez plus de désir physique pour la femme ou l’homme avec qui vous vivez, c’est que votre relation est blette et qu’il est grand temps d’en changer. Un couple ne peut pas se construire sereinement sur la seule proximité intellectuelle ou l’habitude ancrée  de côtoyer l’autre quotidiennement. Un couple n’est pas une simple amitié, cela va bien haut delà que le fait de partager le balai, la vaisselle et des disputes ; une vie à deux, une vie d’amoureux, c’est incarner et donner vie à l’élan poétique des idées, tant bien même le couple serait rattrapé pas la nécessité. Plus encore, un tel couple, vivant sans concession ni frustration aucune, chacun étant pour l’autre et pour lui même authentique, ne craint pas ou très peu la routine et la nécessité. La romance sera présente en chaque chose.

16/09/2018

Les rêveries du dormeur solitaire

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Afremov

Quelle est cette pensée qui trotte dans ma tête ?

Ce sont les suaves chamades rythmées de mon cœur,

Que tu chevauches, légère, à pas de trotteur.

Tes yeux, pour mors, suffisent à dompter la bête.

 

Si long est le chemin qui m’amène vers toi.

Courtes sont mes nuits quand je te rêve et te vois.

Je t’espère à chaque tournant, à chaque croix de pierre.

Mais le sentier se couvre de feuille et me perd.

 

 

Hô ! Comment ai-je pu autant me trompé de route

Pour ne point croiser et partager ton destin ?

L’hiver arrive et tu t’éloignes sous la voute

D’un ciel que je voudrai retenir de mes mains

 

Tu as pourtant mille malices pour me réchauffer,

En dansant avec moi comme une ardente flamme,

Les corps bouillonnant l’un contre l’autre, calcinés,

Nos deux âmes enlacées dans ce brasier s’enflamment

 

Je m’attache à tes lèvres et m’endors à ton cou

La sombre pièce est tiède mais le lit y est doux

Le réveille est glaçant et mon sommier noyé

Je rêve de t’aimer, perché dans mon pommier.

15/09/2018

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Afremov

Sur l’âge. C’était mieux avant.

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Avoir de la bouteille, est-ce la garantie de la sagesse ? L’âge apporte-t-il nécessairement l’intelligence et la maturité ? Tout dépendra évidemment de quoi l’on parle. Cependant le risque de l’âge est qu’il nous entraine à nous reposer sur nos acquis, à nous conforter dans nos opinions et à manquer d’énergie pour repartir de zéro. « J’ai cinquante ans, ce n’est pas maintenant que je vais me remettre en cause » ou encore « j’ai vingt-cinq ans de métier, on ne va plus m’apprendre grand-chose aujourd’hui ». Quand vous commencez à tenir de tels propos c’est que vous êtes las, ou que la sénilité vous guette.

L’âge, est-ce une justification nécessaire pour ne plus se remettre en question ? Est-il bon de s’ancrer sur son passé ? En matière d’innovation la jeunesse apporte parfois une plus grande énergie que se chargera parfois d’étouffer la vieillesse. C’est que nous ne supportons pas qu’un nouveau puisse réussir mieux que nous-mêmes qui connaissons pourtant notre domaine. Seulement ce domaine change quand nous, nous peinons à nous adapter. Par exemple, les jeunes enseignants comprennent mieux les attentes des nouveaux programmes parce que plus proche de leur objectif, ils baignent dedans et se forment à partir d’eux. A l’inverse un enseignant confirmé y verra une obligation de se changer comme il a dû se changer et s’adapter tant de fois, sans qu’au final grand-chose ne change.

Dans une société du mérite l’âge ne serait pas un obstacle à l’ascension sociale. Un jeune plus talentueux pourrait facilement passer devant un vieux roublard. Mais nous ne sommes points dans une société du mérite; certains, parce qu’ils ont du batailler pour en arriver où ils sont, estiment égoïstement que la jeunesse devra connaitre le même sort. Sans doute apprenons-nous à mieux connaitre les hommes, mais sans doute apprenons nous aussi à moins bien nous tromper.

Il est dis habituellement que la vieillesse assagit. En vérité cela dépend du caractère. En effet ce dernier se révèle au grand jour affuté par le fusil du temps. Les personnes aigries se montrent sous leur vrai visage. Certains gagnent en tempérance et en ouverture d’esprit, quoi qu’on peut se demander s’ils n’y sont pas contraint à force de perdre leur énergie vitale, alors que d’autres se renferment dans leur certitude se croyant assurés de posséder la vérité qu’ils étaleront au grand jour à travers une argumentation péremptoire qui se traduit par un « c’est comme ca, et je ne t’écoute même pas ».

L’esprit s’abime comme le corps, et l’on ne pense plus avec autant de rapidité quand les cellules cérébrales s’ankylosent. Voyez ces grands pères qui, même avec toute leur tête, racontent sans cesses ces mêmes histoires, répétant ces mêmes anecdotes, comme si c’était à chaque fois la première fois. C’est qu’à défaut de s’ouvrir sur l’avenir, l’on s’enferme dans son passé et on se remémore les beaux instants. C’est tout l’enjeu du « c’était mieux avant ». Non pas que c’était réellement mieux, mais que c’était un monde que l’on comprenait parce qu’on participait à le construire. Par exemple en matière de musique, les années quatre-vingt nous ont offert autant de mauvaises productions que nous en offre notre époque. Mais parce que c’est mauvais cela ne résiste pas au temps. On se souviendra seulement des chefs d’œuvres.

Il n’est pas vrai que l’histoire était mieux avant. C’était différent, avec son lot de bien et de mal. Il n’est pas vrai que la Shoa était mieux, ni la guerre de cent ans, ni les jeux du colisée. Le présent est infiniment plus agréable pour un plus grand nombre d’hommes qu’il ne l’a jamais était au cours de l’histoire. Mais il n’est pas vrai non plus de dire que l’humanité progresse. L’histoire suit son chemin, toujours neuf mais rarement inédit, apportant avec elle ses nouveaux démons, et espérons le, ses anges.

14/09/2018